GUERRE EN ORIENT
le gouvernement russe, par représailles des mauvais procédés qu'il en recevait, n'avait cependant rien à objecter à cette argumentation \ Il ne pouvait que lui enlever tout motif en mettant fin aux hostilités par un arrangement direct entre les belligérants. Il réussit à le faire conclure à Kutaieh (5 mai). Le sultan concéda à Méhémet-Ali l'investiture de la Syrie entière et d'Adana. Dès lors, le prétexte d'une occupation prolongée était enlevé aux Russes et notre gouvernement les pressa d'évacuer. Nicolas , avant de rappeler ses troupes devenues inutiles, conclut avec la Porte le traité d'Unikiar-Skelessi (8 juillet 1833), par lequel il promettait à la Turquie de la défendre par terre et par mer contre toute attaque extérieure ou intérieure quelle qu'elle fût, et de la protéger si elle était de nouveau en péril, à condition que les détroits seraient clos à tous navires de guerre, sauf les siens. Il n'acquérait ainsi aucun droit positif puisqu'il ne pouvait envoyer ses troupes sans une demande formelle de la Porte, que celle-ci restait toujours libre de ne pas lui adresser ; mais il obtenait la consécration du privilège de
1 . Notre diplomatie comprenait si bien que Nicolas venant à Constantinople de l'assentiment de la Turquie, elle n'avait pas de sujet de l'empêcher, que Victor de Broglie écrivait à notre ambassadeur, l'amiral Roussin : « Faites en sorte que les Russes n'occupent pas Constantinople du consentement de la Porte, bien sûr que s'ils l'occupaient contre le gré de la Porte cela deviendrait tout de suite une affaire européenne et que nous aurions plus d'alliés qu'il nous en faudrait pour les faire déguerpir (22 mars 1833). »
rester le protecteur exclusif de rËmpire ottoman ^n dehors de toute participation des autres puissances européennes.
' Palmerston, occupé à nous brider en Belgique et en Espagne, ne s'était pas ému de cet avantage de la Russie ; notre cabinet eut de la peine à lui arracher, à force d'avertissements et d'insistances, une protestation contre le traité d'Unikiar-Skelessi et la déclaration que, le cas échéant, la France et l'Angleterre n'en tiendraient aucun compte.
Talleyrand ne se plaignit pas longtemps de son indifférence et de ses froideurs. Tout à coup il nous devança. Le chancelier russe Nesselrode, en déclarant dans une note l'Angleterre a l'alliée naturelle de la Russie » avait raillé les défiances anglaises à Constantinople. Palmerston prit mal la raillerie et, avec sa promptitude habituelle de passion, riposta en dépassant la mesure. Il savait l'antipathie personnelle de Nicolas envers Stratford-Canning, diplomate qui pendant son ambassade antérieure à Constantinople montra les sentiments les plus hostiles à la Russie; il le nomme cependant ambassadeur à Pétersbourg (février 1834). Nicolas fait connaître son vif déplaisir de ce choix : Palmerston répond que si son ambassadeur a déplu à l'Empereur en remplissant ses devoirs, cela ne lui paraît pas un motif suffisant de l'éloigner d'un poste auquel ses bons services lui donnaient droit ; si sa désignation n'était pas agréée, le poste resterait vacant. C'est ce qui