GuizoT, Mémoires, t. V, p
ne sut pas se décider promptement entre les deux partis opposés : il n'eut ni Théroïsme de la guerre, ni la placidité de la paix; il se rangea au demi-parti d'une paix grondeuse, fanfaronne, menaçante. Thiers proposa précipitamment d'entourer Paris de fortifications et d'augmenter l'état militaire. Le roi lui-môme parut « s'être dépouillé de cette vilaine patience qui endure chaque affront ». Sa prière du matin, disait Thiers, est : « Mon Dieu, accordez-moi la platitude quotidienne ; » maintenant le ministre se plaignait d'avoir parfois de la peine à apaiser sa bouillante ardeur : « 11 est plus belliqueux que moi », disait-il au chargé d'affaires anglais, Bulwer. Le plus souvent, ils paraissaient animés l'un et l'autre d'une égale ardeur à « souffler de toute la force de leurs poumons dans la trompette guerrière ».
Palmerston ne se troubla pas de ces menaces et ne s'inquiéta guère de ces ardeurs. « Je ne crains pas, écrivait-il à Bulwer, les matamores de ce genre ; les fanfarons exécutent rarement les menaces dont ils sont prodigues et les hommes de ruses et de finesses ne sont pas toujours hommes de résolutions désespérées \» Il voyait juste : le roi était irrévocablement décidé à ne pas aller jusqu'à la guerre. « Je ne me laisserai pas entraîner trop loin par mon petit ministre, disait-il à l'un de ses ambassadeurs, je ne veux pas la guerre et quand il ne me laissera pas