‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 14 sur 240 · Au duc de Broglie, 29 avril · texte numérisé non relu

Au duc de Broglie, 29 avril

blement, sans bruit et sans combat. Il était, avec un naturel parfait, joueur et rapace, raffiné en calculs, retors en fourberie, dépourvu de la notion du bien et du mal, d'un cœur subalterne sous Taristocratique des manières, ne sachant qu'obéir ou trahir, sans susceptibilité parce qu'il était sans honneur, d'une effroyable effronterie dans ses affirmations contraires à la vérité*, comme revêtu d'une enveloppe dure et polie sur laquelle l'injure et le mépris glissaient ^ « Si on lui donnait vingt coups de pied, on ne s'en apercevrait pas sur son visage », disait Lannes. Élève au séminaire de Saint-Sulpice, « tourmenté d'une espérance inquiète et vague », il aperçoit dans une chapelle de l'église une jeune et belle personne. Un jour de pluie, il la suit, lui offre la moitié de son parapluie, monte chez elle, et pendant deux ans y revient chaque jour pour apprendre une théologie toute spéciale ^ Le jour de la Fédération, encore évêque, il montait les marches de l'autel portant avec componction le calice ; il aperçoit La Fayette à la tête de la garde nationale : « Ne me faites pas rire », lui dit-il. Il est là tout entier. Dès le début, les observateurs le virent comme il ne cessa plus d'être. « C'est, écrivait Morris à Washington en 1792, un homme de haute naissance, d'esprit et de plaisir, généralement décrié par la multitude et la publicité de ses

Page 1