L'HOMME
Ion flegmatique, il n'était, livré à lui-même, malgré ses dons brillants, apte qu'à gâter, trafiquer, faire et défaire sans cesse, surtout à ne pas faire en paraissant beaucoup faire, incapable de rien créer si ce n'est la confusion et le désordre*. Dès que les sujets s'élevaient au-dessus du lieu commun moyen, son intelligence s'essoufflait. Nul ne se trompait avec plus de facilité et ne pénétrait moins l'avenir. Il avait le flair souvent en défaut du sceptique, non l'intuition prophétique du penseur. Parce qu'il était alerte à se retirer à temps de dessous les ruines branlantes et à profiter des écroulements, on lui a prêté l'infaillibilité à les prévoir; il se déclarait, au contraire, l'ennemi des prédictions ^ Sa perspicacité, en effet, consistait à bien attendre les événements, comme son éloquence à persuader des choses dont on était déjà convaincu. Dans ses relations de famille et d'amitié, on le trouvait affectueux, fidèle, sûr; envers ses inférieurs, bienveillant et facile. C'est par les petits qu'on s'élève, avait-il coutume de répéter. Il se rattrapait dans la vie publique. Là même il n'était pas méchant, mais vicieux à dérouter. Saint-Simon a dit de Dubois, un défroqué aussi à la manière du temps, que tous les vices combattaient en lui à qui en demeurerait le maître. En Talleyrand ils s'accordaient entre eux paisi-
1. Napoléon, Mémorial. — Metternich, Mémoires, t. II, p. 134; t. VIII, 16 juillet 1835, 23 mars 1838. — Pozzo di Borgo à Nesselrode, 14-16 septembre 1814.