‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 140 sur 240 · LES MARIAGES ESPAGNOLS LA REVANCHE « DU GRAND COUP · texte numérisé non relu

LES MARIAGES ESPAGNOLS LA REVANCHE « DU GRAND COUP

§ 1 . COMMENT GUIZOT ET LOUIS-PHILIPPE EN VIN- RENT A CONCLURE LES MARIAGES ESPAGNOLS.

La querelle orientale ne rendit pas moins aigu le désaccord qui régnait depuis tant d'années en Espagne entre le gouvernement anglais et le nôtre, elle en avait seulement détourné l'attention. L'affaire orientale terminée, il redevint l'objet principal de l'activité des deux cabinets; ils se remirent de plus belle à leur lutte d'influence. Le cabinet anglais l'emporta d'abord : la régente Christine favorable à la France fut chassée et remplacée par Espartero dévoué aux Anglais (1840). Espartero avait été renversé à son tour par Narvaez (24 juillet 1843), notre ami, et Christine avait été rappelée (mars 1844). Alors la rivalité s'exerça sur le choix du mari de la jeune reine Isabelle.

Sa mère Christine désirait un des fils de Louig- Philippe, le duc d'Aumale, prince brillant, brave,

séduisant par les agréments de sa personne et les supériorités de son esprit, qui eût flatté son amour-propre et conquis le cœur de sa fille. Elle se heurta à un veto de l'Angleterre aussi absolu que l'avait été celui contre la royauté de Nemours en Belgique ou contre le mariage d'un prince d'Orléans quelconque en Portugal.

Nous écarter ne suffisait pas à Palmerston, il prétendait s'implanter à notre place ; il médita de nous attacher aux pieds, vers le sud, un Cobourg, le prince Léopold, comme pendant de celui qu'il avait placé sur notre tête au nord. L'oncle nous surveillait en Belgique, le neveu nous eût gardés en Espagne . Le facétieux ministre avait même imaginé de présenter ce neveu du roi belge, ce cousin du prince Albert^ ce tudesque de trempe authentique, comme un candidat français. N'était-il pas le parent par alliance de la reine des Belges, le beau-frère de la princesse Clémentine, le frère de la duchesse de Nemours?

Louis-Philippe savait trop qu'un Cobourg, malgré toutes les alliances, demeure un prince allemand; cette candidature lui fit donc l'effet d'un cauchemar, il l'accueillit avec consternation et dès le premier moment lui déclara une opposition intraitable ^ Son ambassadeur à Madrid, Bresson, diplomate clairvoyant et résolu, partagea les appréhensions royales. « Je regarde écrivait-il, un prince allemand comme le coup le plus pénétrant, le plus sensible à l'honneur de

4. Thiers, Discours du 4 février 1847; Théodore Martin, le Prince Albert, t. If, ch. v.^

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la France, à l'existence peut-être de notre dynastie *. » Guizot connaissait trop notre histoire pour contredire. On s'arrêta donc à cette règle : ne pas offrir et ne pas accorder un prince français, en retour ne tolérer à aucun prix un prince allemand ; le mari de la reine devait être choisi parmi les Bourbons descendants de Philippe V. Guizot ne vit aucun inconvénient à porter officiellement sa résolution à la connaissance des grandes puissances européennes et même à l'indiquer à la tribune. 11 voulut qu'on sût tout d'abord et partout, et bien nettement, quelle serait sur cette grave question la politique de la France. « Dire d'avance et tout haut quelle attitude on prendra, quelle conduite on tiendra si tel événement s'accomplit dans un État voisin, c'est de l'imprudence si l'on n'est pas bien résolu à tenir en effet cette attitude et cette conduite; mais si l'on est bien résolu, c'est de la loyauté*. »

A défaut d'un prince d'Orléans pour sa fille aînée, Christine en désira un pour sa fille cadette, l'infante Fernanda. Le duc d'Aumale étant alors marié à une princesse ^napolitaine, elle jeta les yeux sur le plus jeune de la famille, le spirituel et beau Montpensier. Palmerston conseilla de s'opposer à Montpensier pour l'infante avec autant de résolution qu'on l'avait fait à d'Aumale pour la reine ; ce mariage aussi bien que l'autre assurerait à la France la prépondérance sur la politique de l'Espagne.

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