COLERE DE PALMERSTON
dépêche publique de Bulwer, il ajoutait : « Toute la dépêche, à l'exception d'un simple passage, prouve que le prince Léopold devrait accepter la main de la reine, avec la condition que tinfante vH épouserait pas ensuite un prince français^ et il semblerait d'après la dépêche de Bulwer que cette condition serait acceptée par Christine , Rianzarès et Isturitz, au pouvoir de qui sont aujourd'hui ces questions*. » Comptant sur la pusillanimité de Guizot et sur son parti pris de ne se brouiller en aucun cas, il n'avait pas supposé que celui-ci se risquât au delà de quelques phrases superbes. Son exaspération entretenue par celle du prince Albert '^ égala sa déconvenue. S'il en avait eu le pouvoir, le refrain dont ii rebattait nos oreilles depuis 1830 : Ce sera la guerre, fût devenu : C'est la guerre !
• Il essaya d'abord de l'exciter en Espagne. « Agitez, agitez, agitez, écrivait-il à Bulwer (16 septembre) ; secondez toutes les dispositions hostiles jusqu'à la limite de l'émeute. » Mais l'Espagne ne remua pas.
• Il s'adressa à l'Europe : elle ne pouvait rester indifférente aux changements qui s'opèrent dans la force des nations et dans leur position respective. Mais Metternich répondit : « Nous ne nous en mêlerons pas, » et les autres Cabinets firent de même.
. i. Spencer Walpole, t. H, p. 2 et 3. 2. n résulte des mémoires de Stockman que le prince Albert fut le principal inventeur de la candidature et que jusqu'au dernier moment il en espéra le succès.
Il essaya de faire surgir à Paris le conflit armé, nécessaire à la revanche de son amourpropre. Son ambassadeur, Normanby, reproduisit une conversation de Guizot que celui-ci déclara inexacte en rappelant que tout compte rendu, fait par un agent étranger d'une conversation, n'a un caractère d'authenticité et d'îrréfragabilité que s'il a été soumis préalablement à celui dont on rapporte les paroles. Il ajoutait que si Normanby s'était conformé à cet usage il aurait parlé autrement et peut-être mieux- Normanby maintint l'exactitude de son rapport, et y ajouta une impertinence en déclarant publiquement que Guizot n'avait été invité à l'une de ses fêtes que par méprise. Palmerston prit parti pour Normanby. Sans consulter le cabinet, il informa l'ambassadeur français à Londres que si son agent ne recevait pas satisfaction, les relations cesseraient entre les deux pays. Russell, instruit accidentellement de cette menace, eut le temps d'en empêcher la transmission ; il exigea en outre que Normanby fût averti de tenir une conduite plus réservée à l'avenir*.
Palmerston n'avait pas réussi à provoquer la rupture extrême. Mais, [de ce moment, « une haine profonde contre le gouvernement français s'est emparée de l'Angleterre. Livrée aux influences d'une détestable rancune personnelle, elle cherche ses appuis dans les partis les plus exaltés^ » De ce moment nous sommes en dés-
i . Walpole, t. Il, p. 8.