‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 153 sur 240 · FRÉDÉRIC GUILLAUME IV · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC GUILLAUME IV

sainte d'un cœur allemand, avec l'amour plus saint encore d'une âme chrétienne, voulez-vous m'aider à maintenir la Prusse telle qu'elle doit être pour ne pas périr? Voulez- vous m'aider à développer plus richement chaque jour les ressources vivaces qui ont fait de ce pays-ci, malgré son petit nombre d'habitants, une des grandes puissances de la terre? Êtes-vous bien résolus à ne point m'abandonner dans cette tâche, à y persévérer au contraire, à vous obstiner avec moi dans les bons et les mauvais jours ? Répondezmoi donc par le son le plus clair et le plus joyeux de la langue maternelle, répondez-moi avec acclamations : Oui ! » Et un gigantesque oui tonna sur la place et dans les rues adjacentes.

L'attente que manifestait ce oui formidable fut déçue. Le décret du 29 février 1841 se borna à fortifier et à élargir l'institution des États provinciaux : leurs débats obtinrent une certaine publicité, leur convocation devint biennale au lieu de triennale. L'octroi ardemment désiré d'une représentation générale du royaume fut encore une fois éludé. On y suppléa par une diète composée de délégués des Etats provinciaux dont les attributions se réduisaient à prononcer entre les vœux contradictoires des divers États; sur tout autre sujet elle n'était autorisée à s'expliquer que sur l'interrogation du roi.

Les rois de Prusse ont été conservateurs chez eux pour mieux devenir révolutionnaires en Allemagne. A ce prix ils se sont fait pardonner le

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maintien si prolongé de leur pouvoir absolu* Frédéric-Guillaume refusait lesÉtats du royaume, mais en même temps il achevait le ZoUwerein. Cette association, renouvelée en 1842 pour douze années, comprit l'Allemagne entière, sauf les deux Mecklembourg, Oldenbourg, le Hanovre, le Holstein, les villes hanséatiques, les provinces allemandes de T Au triche et le Luxemboui^; elle engloba les provinces orientales de la Prusse, bien qu'elles fussent en dehors de la Confédération ; son empire s'étendit sur une population de plus de 26 millions. Les États souverains qui y étaient entrés furent soumis à un système uniforme de douanes et à un tarif commun, au moyen de la suppression des lignes de douanes intermédiaires, et partagèrent proportionnellement les revenus produits par ce tarif commun.

L'immense portée de ce fait, que Thiers n'avait pas comprise lorsque Mauguin la lui signala, apparaissait de plus en plus aux esprits attentifs. <i C'est l'événement le plus considérable du siècle, écrivait Metternich. La Prusse s'achemine à l'unité politique par l'unité économique et à la domination par l'appât des intérêts matériels. Désormais il ne lui serait plus difficile d'habituer des cours dévouées à son système économique à s'identifier à ses ambitions politiques, à ne tourner plus que vers Berlin leurs regards soit de crainte, soit d'espérance, à considérer enfin l'Autriche pour ce qu'elle était devenue certainement déjà au point de vue

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