‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 154 sur 240 · CHARLES- ALBERT · texte numérisé non relu

CHARLES- ALBERT

commercial, comme l'étranger. » « Ne vous y trompez pas, annonçait P. Faugère, à la fois diplomate et écrivain des plus remarquables, c'est l'unité politique de l'Allemagne ; elle est au fond des cœurs; l'instinct secret des peuples la souhaite et l'attend, qu'elle vienne de la Prusse ou d'ailleurs... Quand les choses seront prêtes, quand la situation sera mûre, il suffira d'un accident, d'un homme, pour amener tout à coup cet événement*. »

*- Le roi, afin d'augmenter les diversions publiques et de s'amuser lui-même, mêlait à l'organisation de l'unité économique de l'Allemagne des intermèdes de toute nature : la pose de la première pierre pour l'achèvement de la cathédrale de Cologne, la création de Tordre du Cygne, la solennelle représentation des tragiques grecs à la cour, le retour de Schelling à l'université de Berlin, l'institution d'un évéché protestant à Jérusalem, des négociations à Vienne en vue d'une réforme de la Confédération, le classement d'Ulm et Radstadt parmi les forteresses fédérales, selon le désir des Etats du Sud. Il espérait ainsi occuper les esprits et les éloigner des désirs constitutionnels.

Le roi de Piémont Charles- Albert suivait à peu près la même conduite dans la même espérance. Personnellement il n'était pas très enclin aux réformes : « Ne supposez pas au prince de Carignan des idées trop libérales, disait à La

i. Sur le ZoUwerein, 1842.

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Ferronnays un ministre de Charles-Félix; il a plutôt celles d'un sultan ; c'est le rêve de la conquête de l'Italie bien plus que celui de la liberté qui Ta égaré. » Néanmoins, Metternich le surveillait de près, redoutant que le conjuré de 1821 ne reparût sous le roi. A tout propos il exigeait le renouvellement des promesses à l'aide desquelles avait été obtenu le pardon de Charles- Félix en- 1825. En 1838, Charles-Albert lui avait dit : « J'ai lu sur le visage de l'empereur François et sur le vôtre que vous ne mettiez pas une confiance entière dans la franchise de mes explications sur un passé malheureux ni dans la valeur de mes engagements pour l'avenir. Veuillez m'écouter et attacher à ce que je vous dirai la valeur d'une preuve de confiance que je ne puis accorder qu'à vous seul. Il y a dans le monde une vaste conspiration; elle semble uniquement dirigée contre les trônes, mais elle l'est en effet contre la paix du monde social. Je ne suis point comme tant d'autres la dupe d'une faction, mais la position d'un roi de Sardaigne est la plus difficile de toutes. Le fait tient aux défauts de l'esprit piémontais, esprit méticuleux, à la fois osé et craintif, chicaneur et cauteleux. La position du chef d'un pays animé d'un aussi mauvais esprit est rendue par cela môme éminemment difficile ; elle n'est jamais libre! et doit ainsi toujours prêter à des soupçons de la part des autres cabinets. L'esprit piémontais est avant tout anti-autrichien ; c'est le vent venu de la France qui alimente en lui cette tendance.

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