L'OPINION EN PRUSSE ET EN PIÉMONT
publique avait été déchargée de 33 millions, et il existait un fonds de réserve de 28 millions.
Ni les tentatives de diversion du roi de Prusse, ni celles de Charles-Albert ne réussirent à détourner les esprits de Tobjet principal de leurs préoccupations : la liberté politique au nord, l'indépendance au midi.
En Prusse, les municipalités des villes et les États provinciaux, isolés pourtant les uns des autres, séparés par des intérêts privés souvent contraires, dénués du facile moyen de communication que donne aux États constitutionnels la presse libre, tous successivement, d'un accent de plus en plus énergique, rappelaient au roi, qui cherchait à l'oublier, la nécessité d'accorder une organisation sérieuse des libertés publiques. Les Diètes des provinces de Prusse se montrèrent particulièrement fermes dans ces revendications (décembre 1844)*. Henri Heine, à l'abri des poursuites, apostrophait le roi en poète : « Ne connais-tu pas V Enfer de Dante, les redoutables tercets ? Celui que le poète y a enfermé, celui-là, aucun Dieu ne peut plus le sauver; aucun Dieu, aucun Messie ne le délivrera jamais de ces flammes chantantes. — Prends garde, ô roi, que nous te condamnions à un pareil enfer ! »
Les controverses religieuses se mêlaient à la fermentation politique. L'exhibition de la tunique de Trêves suscita une âpre dispute (18 août 1844) . Deux professeurs de l'Université de Bonn (Gil-