Mémoires^ t. I", p
riage sa liaison publique avec raméricaine M"^ Grand.
Partisan de l'alliance anglaise avec Mirabeau, il en devient Tennemi avec Bonaparte.
Nullement martial, ni soucieux de Texpansion de la France, il eût préféré à toutes les époques une politique de paix ; cependant il ne refusa à personne de s'adapter à une politique de guerre.
Ministre des relations extérieures du Consulat et de l'Empire, sa sagesse se réduisit à être toujours de Favis de Napoléon, quel qu'il fût, à l'approuver, à l'admirer, à le défendre, à devancer par le conseil le désir en formation encore indécise dans l'esprit du maître. Eût-il été étranger ou contraire à l'enlèvement et à l'exécution du duc d'Enghien, comme Cambacérès le fut, il les eût néanmoins justifiés. Mais il avait énergiquement poussé aux dernières extrémités à l'égard de l'infortuné prince. « Vers deux heures du matin, chez la vicomtesse de Laval, nonchalamment étendu dans un fauteuil, il tira lentement sa montre sans que sa voix ni son visage décelassent la moindre émotion, et il dit : « En « ce moment le dernier des Condéacessé d'exister*. » Il n'exprimait pas une opinion de commande en répondant, le lendemain, à l'un des principaux fonctionnaires de son ministère, qui se présentait à lui la figure bouleversée : « Eh bien! étes-vous fou? Pourquoi faire tant de bruit? Un conspirateur est saisi près de la fron-
i. ViTROLLES, Mémoires f t. !•', p. 235.
tière, on ramène à Paris, on le fusille : qu'est-ce que cela a d'extraordinaire * ? » Il sa défendait personnellement en s'efforçànt d'établir, dans, une note au duc de Baden, la légalité de l'enlèvement.
De même, il ne fut pas seulement résigné à la conquête de l'Espagne. Croyant plaire, il en suggéra le projet : c'était une des plus belles portions de 1 héritage du grand roi, et l'Empereur devait le recueillir tout entier. « Il n'y a plus sur le trône, disait-il dans un mémoire remis à Fontainebleau, qu'une seule branche de la maison de Bourbon, celle d'Espagne, qui, placée sur nos derrières quand il s'agit de faire face aux puissances d'Allemagne, sera toujours menaçante. Lors des guerres que la France pourrait soutenir soit vers le Nord, soit en Italie, elle paralyserait une partie de nos forces et serait un objet continuel d'inquiétude. Le ijcioment est venu de déclarer que la dernière branche de la maison de Bourbon a cessé de régner. Un prince de la maison impériale occupant le trône d'Espagne, le système de l'Empire sera complet. La Prusse écrasée, la Russie affaiblie en hommes et en argent par une guerre malheureuse, la Confédération du Rhin consolidée, l'existence du royaume d'Italie assurée, les liens de l'amitié resserrés avec l'Orient, ne laissent rien à craindre de la malveillance de L'Autriche. Votre Majesté a donc devant elle le
i. Mémoires du chancelier Pasquier, t. II, p. 178.
temps qu'il lui faut pour tenter et mettre à fin une entreprise qui n'exigera qu'une campagne et remploi d'une armée de 30 000 hommes. L'Espagne surprise n'y mettra aucun obstacle sérieux; dégoûtée de son gouvernement, préparée à des innovations nécessaires, elle recevra en libérateurs les soldats de Votre Majesté K »
Une fois cependant, en 1805, il parut avoir une idée personnelle. Il conseilla une alliance avec l'Autriche, dont la conséquence devait être une irréconciliable et permanente hostilité entre la France et la Russie. Dépouillée de ses possessions en Italie et en Souabe, augmentée de la Moldavie, la Valachie, la Bessarabie et d'une partie de la Bulgarie, l'Autriche serait postée ainsi sur le Danube en sentinelle d'avant-garde contre la Russie. Les Russes, comprimés dans leurs déserts, porteraient leurs inquiétudes et leurs efforts vers le midi de l'Asie, où le cours des événements les mettrait en présence et en opposition avec les Anglais aujourd'hui leurs alliés ^
Cette politique, dénuée de prévision et de possibilité même alors, dénoterait un fort médiocre jugement si elle ne marquait plus encore de corruption. « L'attribuer à une préoccupation sur l'équilibre européen, a dit le chancelier Pas quier, serait une naïveté un peu trop forte. » Il voulait que l'Autriche fût maintenue à tout prix, « parce que ses meilleures affaires s'étaient
1. MoNTHOLON, Récits de ia captivité, — Thiers, t. VIII, p. 251. — Mémoires de Pasquier, t. Il, p. 329, 351, 352.