‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 195 sur 240 · Discours du 20 janvier · texte numérisé non relu

Discours du 20 janvier

Toyez pas cette dépêche. » Le fanfaron n'envoie jamais la dépêche décisive.

Par malheur, les peuples ne pouvant lire audessous des phrases comme les politiques perspicaces, supposaient ce tapage sérieux, et le croyaient l'expression de notre pensée commune. Ils s'en inquiétaient, se disant entre eux : « Ces Français qui prêchent la fraternité uni- Yerselle sont des fourbes, ne songeant en réalité qu'à s'arrondir à nos dépens ; leur désintéressement n'est, comme le prétendent nos professeurs, qu'une ruse : ils veulent nous tenir endormis afin de mieux nous dépecer à l'heure propice ; veillons. » Henri Heine a très bien noté cette influence néfaste : « M. Thiers, par son •bruyant tambourinage, réveilla de son sommeil léthargique notre bonne Allemagne. . . Si jamais nous devenons un peuple, M. Thiers peut bien <lire qu'il n'y a pas nui, et l'histoire allemande lui tiendra compte de ce mérite*. » Metternich écrivait, de même, à Apponyi à Paris (8 novembre 1840) : « M. Thiers aime à être comparé à Napoléon ; eh bien ! en ce qui concerne TAUemagne, la ressemblance est parfaite et la palme appartient à M. Thiers. Il lui a suffi d'un court espace de temps pour conduire ce peuple où dix ans d'oppression l'avaient conduit sous l'Empereur i. L'Allemagne tout entière est prête à accepter la guerre et cela de peuple à peuple. Il a soulevé l'esprit public contre la France dans

i.Lutèce (préface).

toutes les contrées qui entourent ce royaume et bien au delà... »

Les peuples se trompaient. A la vérité, la France, toujours sensible au talent, admirait, comme orateurs ou écrivains, quelques-uns de ces fanfarons, mais elle n'attachait pas à leurs petits manèges plus d'importance que ne le faisaient les diplomates étrangers.

§ 3. — l'opposition systématique.

encore thiers.

Le mal de la fanfaronnade ne datait que de 1830; il en était un autre plus ancien, qui se développa parallèlement avec le premier et souvent à Taide des mêmes personnages et contribua grandement à la défaveur incrédule par laquelle l'Europe répondit à notre désintéressement : le mal de l'opposition systématique.

En Angleterre et dans presque tous les pays, dès que Ton se trouve aux prises avec l'étranger il n'y a plus de partis : en France, c'est surtout alors que les ennemis du gouvernement se découvrent, espérant ainsi le mieux terrasser en l'assaillant par derrière. Quoi qu'il fasse, ils le condamnent ; tout ce qu'il ne fait pas aurait dû être fait : est-il pacifique, ils l'accusent de lâcheté; est-il belliqueux? ils lui reprochent sa barbarie ; réussit-il ? ils amoindrissent ses suct ces; échoue-t-il? ils l'accablent; qu'il réussisse ou qu'il échoue, le bon droit n'était pas de son

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