L'OPPOSITION SYSTÉMATIQUE
côté, mais avec celui dont il a été le vainqueur ou qui Fa vaincu.
Personne n'est infaillible ni constamment heureux ; r intervention des causes fortuites dérange lès meilleurs calculs; « cette souveraine, secrète et inconnue puissance qu'on appelle la fatalité maintient toujours son avantage au travers des conseils ; » les témérités les plus folles n'éloignent pas toujours la fortune, les prévoyances les plus judicieuses ne la retiennent pas à coup sûr. Aussi, tôt ou tard, l'embarras ou la catastrophe attendue, appelée, éclate. Alors on tombe sur le chef d'État détesté, on le terrasse, et, la patrie eût-elle succombé dans ce drame, on chante victoire.
Nos pères ignoraient ces mœurs. Selon eux, Machiavel l'avait observé pendant ses séjours en France, le roi ne pouvait rien faire qui fût ignominieux ni dans la bonne ni dans la mauvaise fortune ; qu'il fût victorieux ou vaincu, ils déclaraient toujours sa conduite digne d'un roi*. Ce fut sous la Fronde que ces belles mœurs de loyauté commencèrent à s'altérer. Du jour où le vainqueur de Rocroi, cet oiseau de proie intrépide et insatiable, commit la traîtrise de s'allier avec l'Espagne contre son roi, il y eut des gens « qui ne célébraient pas nos victoires avec la même joie qu'ils sentaient nos pertes^ ».
L'émigration, les trahisons de 1814 et de 1815, créèrent des mœurs décidément nouvelles