L'OPPOSITION SYSTÉMATIQUE
Tiime et plus déchaîné qu'en 1823. Les mêmes •écrivains qui reprochaient naguère au gouvernement de ne pas savoir faire justice des insultes d'un potentat barbare et de laisser ainsi humilier la France, l'accusaient maintenant de vouloir précipiter le pays dans une entreprise à peu près impossible et qui, même triomphante, ne produirait aucun résultat utile. Après avoir grossi les périls et les privations auxquels nos soldats allaient être exposés, afin qu'ils n'eussent pas la force de les surmonter, ils vilipendaient le chef auquel le commandement était confié, Bourmont, et ils rappelaient sa triste conduite à la veille de Waterloo, au seul moment où il eût été patriotique de la taire. D'après le député de La Borde, le ministère n'allait en Algérie que pour détruire plus facilement la Charte; il y allait contre la justice ; « la voix de la morale publique et du droit naturel l'obligerait à comparaître à la barre de la France qui lui dirait : « Varus, rends-moi mes légions, rends-moi mes trésors*. »
Après 1830, l'opposition systématique devint à la fois plus imprévoyante et plus venimeuse.
Les attaques de la coalition contre la politique extérieure de Mole sont pénibles à relire et l'on ne comprend plus l'acharnement avec lequel des partisans du principe de non-intervention s'acharnèrent à présenter comme honteuse
1, Viel-Castel, Histoire de la Restauration, t. XX, p. 408-
Tévacuation d'Ancone, réparation d'un véritable acte de piraterie, sous prétexte que l'on n'avait pas préalablement obtenu du Pape des garanties pour l'avenir. Guizot fut le meneur ardent de cette campagne de mauvaise foi. En 1827, Berlin de Vaux ne voulant que renverser Villèle, pour venger la rancune de son ami Chateaubriand, renversa les Bourbons; il ne Tavait pas oublié; lorsque Guizot vint lui demander de soutenir la coalition qu'il organisait avec Berryer, Garnier- Pages étions les ennemis irréconciliables delà dynastie à laquelle il se prétendait dévoué, Bertin lui répondit avec franchise : « J'ai à coup sûr bien autant d'amitié pour vous que j'en ai eu pour Chateaubriand, mais je ne vous suivrai pas dans l'opposition, je ne recommencerai pas à saper le gouvernement que je veux fonder. » Aucune considération n'arrêta l'ardent lutteur : Omnia pro dominatione. Guizot s'est pardonné* son triste rôle dans ce vilain épisode; l'histoire, moins indulgente, a constaté l'effet funeste que produisit au dehors cette campagne de l'ambition impatiente ou déçue. « Le genre d'attaques auxquelles l'opposition s'était livrée pendant la coalition, sur la politique extérieure, et le succès qu'elles avaient paru obtenir, firent soupçonner, bien à tort, la nation de velléités belliqueuses contre lesquelles les puissances croyaient prudent de se mettre en garde". »
A partir de 1840, Thiers fut très irrité contre