‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 213 sur 240 · A lord Minto, H novembre · texte numérisé non relu

A lord Minto, H novembre

constitutions libérales, en déclarant tout haut « que le gouvernement de Sa Majesté ne verrait pas avec indifférence une agression de l'Autriche contre les princes réformateurs ».

En Suisse, il consentit à se prêter à une tentative de médiation entre les belligérants, afin de conjurer la guerre civile, à la condition expresse toutefois, qu'en cas de refus, on n'en viendrait pas à une coercition matérielle. Le Sunderbund vaincu et dissous, pendant que se poursuivaient les négociations, il refusa d'entrer dans une conférence tendant à empêcher les Suisses de modifier librement leur constitution fédérale, ce qui, selon lui, était leur droit indiscutable. A quoi bon une conférence, alors qu'il n'y a plus à conférer sur rien?

j:^ 3. GUIZOT ADOPTE EN PRINCIPE l'aLLIANCE

AUTRICHIENNE ET EN FAIT SE CONDUIT PRESQUE TOUJOURS COMME PxVLMERSTON.

Si Talliance autrichienne eût été réalisable, Guizot n'aurait pas hésité entre le système de Metternich son allié et celui de Palmerston son adversaire, il eût choisi le premier et rejeté le second. Or quelle fut sa politique?

Les Italiens, Metternich l'avait très bien compris, n'attachaient aucune importance aux réformes intérieures, si ce n'est comme moyen d'accomplir ce qu'ils désiraient uniquement: l'afl'ranchissement national. Les uns espéraient

cet affranchissement de la république unitaire ou fédérative, les autres de la confédération, des princes ; tous réclamaient d'une égale ardeur l'indépendance par l'expulsion de T Autriche. Ce rêve paraissait alors une pure folie et Cobden, qui voyageait en Italie, en souriait. Néanmoins, même ceux qui n'entrevoyaient pas le moyen de le réaliser en nourrissaient le désir. Une médaille frappée clandestinement à Turin et répandue partout montrait d'un côté l'effigie de Charles- Albert, de l'autre celles de Dante, Raphaël, Christophe Colomb, Galilée, entourant un écusson aux armes de Sardaigne et repoussant un aigle en détresse.

Les choses réduites à ce point, voulait-on être agréable à l'Autriche, il fallait ne pas s'obstiner à la distinction captieuse entre les réformes et la révolution, ne plus rêver d'un parti modéré qui n'existait pas pt qui ne se formerait pas, se porter avec elle, à côté d'elle, au besoin par les armes, l'adversaire des réformateurs aussi bien que des révolutionnaires. — Préférait-on se montrer favorable aux Italiens, il fallait s'associer à leur haine contre le barbare étranger, les aider même par un secours armé à expulser l'Autriche et à obtenir l'indépendance complète. — Voulait-on ne se compromettre ni d'un côté ni de l'autre, il n'y avait qu'à arrêter fermement les Autrichiens à la frontière du Piémont ou des États pontificaux, et laisser les Italiens libres de s'arranger ou de se débattre avec leurs gouvernements.

Guizot n'adopta aucune de ces conduites tranchées. Convaincu, lui aussi, « que l'expulsion de FAutriche et la complète indépendance de l'Italie étaient, sauf quelques intérêts de cour et de courtisans, le vœu unanime de la Péninsule^, » il se prononce néanmoins pour les réformes malgré Metternich, contre la révolution de l'indépendance, contre les patriotes italiens ^ Il recommandait en même temps au cabinet de Vienne de prendre en patience les constitutions libérales, à Charles-Albert de ne pas s'abandonner au parti de la guerre contre l'Autriche ^ — C'était la politique de Palmerston plus que celle de Metternich.

Il en fut de même en Suisse. Guizot se prononça en faveur du Sunderbund à la victoire duquel il eut la naïveté de croire ; il obséda la Diète et les cantons de conseils qu'on ne lui demandait pas et qu'on n'écouta pas; il refit en meilleur style les longues dépêches dogmatisantes de Metternich; mais il arrêta ses avertissements solennels au point où ils devenaient comminatoires et de nature à entraîner une coercition matérielle* : il déclara même que la

Page 1