Guizot, Mémoires, t. VIII, p. 456. « Nous nous refusa
France s'en abstenant, il n'admettait pas qu'une puissance quelconque y procédât seule, en dehors d'elle. Le roi, décidé en principe contre toutes les interventions en Suisse aussi bien qu'en Espagne, ne lui eût pas permis une conduite différente.
Cependant, Guizot s'ingéniant à complaire à Metternich lui fît une proposition singulière : « Intervenez pour votre compte, nous interviendrons aussitôt de notre côté. Ce sera une expédition d'Ancône, faite cette fois d'un commun accord en vue d'un même but à atteindre ». Metternich déclina l'ouverture. « Votre intervention suivant la nôtre, répondit-il, serait considérée, quoi qu'on dise, comme une protestation libérale contre notre absolutisme. Nous partirons ensemble ou je ne remuerai pas. » On ne remua pas. Après avoir beaucoup écrit et professé, Guizot fut contraint encore en Suisse de se ranger derrière Palmerston : il proposa en sa compagnie une médiation, qui, dépourvue d'effet coercitif, constituait une démarche vaine. Palmerston allongea les pourparlers par des pointillés de rédaction, jusqu'à ce que le Sunderbund eût été mis en déroute, ce qui coupa court même à cette démarche inoffensive.
L'impossibilité de s'entendre avec l'Autriche eût été rendue bien plus sensible, si la Révolution de 1848 n'avait pas dégagé Guizot descom-
mes à la déclaration immédiate, collective et menaçante que M. de Metternich nous demandait d'adresser à la Suisse. »
plications inextricables dans lesquelles l'avait jeté l'impatience de l'isolement. Le choc n'eût pas éclaté, comme il le supposait, h Rome ou dans les Légations, mais en Lomhardie. C'était là que la fermentation était parvenue à ce degré où nulle volonté humaine ne l'arrête. Charles- Albert aurait été contraint de tendre la main au soulèvement lombard. Quel parti aurait pris alors Guizot? Se serait-il opposé à l'Autriche? aurait-il sollicité le concours de Palmerston? j'entends le rire méphistophélique de l'Anglais à cette ouverture. Il eût donc été obligé de faire tête seul à une nouvelle coalition, plus animée que celle de 1840, ou de s'abstenir. Il se serait abstenu et il aurait assisté, raillé, désolé, humilié, maudit, à un Novare anticipé et aux mesures sauvages de réaction qui accompagnaient toujours une victoire de l'Autriche sur les peuples qu'elle torturait. Bienheureux s'il n'avait pas été finalement amené à défendre par les armes, à tout risque, l'intégrité du Piémont.