‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 216 sur 240 · MAUVAIS EFFETS EN SUISSE, EN ITALIE · texte numérisé non relu

MAUVAIS EFFETS EN SUISSE, EN ITALIE

ET EN FRANCE DE l'apparente ALLIANCE AUTRICHIENNE

En 1847, il y eut donc une apparence d'alliance autrichienne et non une véritable alliance. Cette apparence fut des plus funestes au gouvernement de Louis-Philippe en Suisse, en Italie, en France. Preuve nouvelle de cet axiome de

Texpérience que les demi-partis ont toujours été et seront toujours une cause d'infériorité ou de péril.

En Suisse, cette politique produisit la mauvaise humeur, en Italie, l'antipathie*. Palmerston s'était en réalité montré beaucoup moins secourable à l'Italie que Guizot : il avait reconnu l'inviolabilité des possessions territoriales de l'Autriche et pris pour leur sauvegarde un engagement auquel Guizot n'avait pas souscrit; il n'avait mis aucune menace au bout de ses déclarations en faveur de l'indépendance des princes italiens, tandis que Guizot avait annoncé que si les Autrichiens s'avançaient dans les Légations, il occuperait aussitôt un point quelconque de l'Italie, et à cet effet il avait réuni des troupes à Port-Vendres et à Toulon. Mais Palmerston s'était déclaré en dehors de l'alliance de Metternich, même quand il lui concédait beaucoup; Guizot, au contraire, mettait un point d'honneur à accréditer plus d'intimité et d'entente qu'il n'en existait réellement et se targuait de l'alliance, même quand les actes la démentaient. Par suite l'Angleterre, qui, depuis 1815, s'était en toute circonstance déclarée en Italie autrichienne contre nous, parut, en 1847, protéger, malgré la France, l'Italie contre l'Autriche. Ajoutez que

\. Massimo d'Azeglio, le plus modéré des patriotes, écrivait à Eugène Rendu : « Votre gouvernement s'enfonee chaque jour ici dans la déconsidération ; il ne saurait tomber plus bas dans l'opinion (19 décembre 1847). » AM.Doubet, 5 janvier 1848.

n'ayant rien à attendre de l'Angleterre, les Italiens lui tenaient compte de la moindre sympathie, et qu'ayant beaucoup attendu de nous, ils étaient irrités du moindre refus.

En France, la perspective d'une alliance avec celui que l'on considérait comme le grand prêtre de l'absolutisme et l'oppresseur des peuples discrédita Guizot plus que le refus de la réforme électorale. Le prince de Joinville, patriote ardent, se révoltait « de la nécessité de faire cause commune avec l'Autriche pour faire le gendarme en Suisse et lutter en Italie contre nos principes et nos alliés naturels ». Lamartine accusait Guizot « de s'être montré sacerdotal à Rome, autrichien en Piémont, russe à Cracovie, Français nulle part ». Thiers démontrait les impossibilités morales de l'alliance autrichienne, u Les Autrichiens étaientles ennemis invétérésde notre pays. Nous ne pouvions nous allier à ceux qui oppriment les Italiens et veulent attenter à l'indépendance suisse, et achèvent de partager la Pologne. Nouerions-nous cette alliance, au moindre sang versé en Italie, en Pologne, elle serait brisée par un mouvement irrésistible, involontaire de nos cœurs. »

De nouveau, ce converti à la politique des nationalités réclamait le respect du droit des peuples. 11 ne conseillait ni la propagande ouverte, ni la propagande perfide, « mais quand la liberté se sera développée quelque part naturellement, légitimement, sans aucune complicité de notre part que d'avoir produit autrefois Montesquieu,

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