De V Allemagne, t. I, p
LE PRINCIPE égoïste DE L'ALLEMAGNE. 489
fraternel qui lui était offert. Son Vorparlemant dans sa dernière séance avait écouté sans colère une allusion du député Welcker à la captivité des frères de F Alsace. Il devint hors de doute que si rassemblée de Francfort voyait pendant deux ou trois mois encore ses volontés exécutées, la restitution de TAlsace à la race germanique serait remise en question*. En attendant, elle répudiait le principe des nationalités. Lorsque reprenant la théorie française, Arnold Ruge souhaita la reconstitution de la Pologne, Tindépendance de ritalie, et fit des vœux pour la défaite de Radetsky, le Tilly du temps, une clameur indignée l'obligea au silence. Au contraire, des applaudissements enthousiastes saluèrent les paroles de Jordan de Rerlin, montrant la Pologne abattue, décomposée, morte et incapable de se relever. « Le tenter, ce serait se condamner à rouler éternellement le rocher de Sisyphe. La prudence, dit-on, la justice nous conseillent de rétablir la Pologne. Quelle prudence vraiment, de reconstituer un peuple animé contre nous d'inflexibles rancunes et qui lui-même sera absorbé tôt ou tard par le plus redoutable et le plus détesté de nos ennemis, par la puissance russe! Meparle-t-on de justice? Le seul droit en ces matières est le droit du plus fort. Nous avons conquis la Pologne et nous garderons notre conquête. Aussi bien ce n'est pas tant une conquête de l'épée qu'une con-
1. De Berlin, 17 août 1848, au général Cavaignac. V Allemagne et V Italie en 1848, par Anselme Petetin.
quête de la civilisation. Qu'on cesse donc d'invoquer rhumanité ! En nous emparant de la PologBie nous affranchissons une terre barbare. » Et rassemblée vota : que la conservation de la ligne du Mincio importait à la sécurité de TAllèmagne; que les Polonais, corrompus et avilis, et justement asservis parla supériorité du travail plus encore que parcelle de Tépée, ne méritaient aucune protection; que le duché de Posen resterait asservi à TAllemagne, et qu'on y incorporerait les duchés de TElbe.
Ainsi, sous prétexte d'unité, l'Allemagne prétendait absorber le Sleswig qui est danois, le Limbourg qui est hollandais, la Lombardie et la Vénétie qui sont italiennes, Posen qui est polonais, et la Lorraine et TAlsace qui sont françaises.
Peu de temps après, Otto de Bismarck s'inspirant de l'assemblée de Francfort, à laquelle il prendra bien davantage plus tard, formulait sans j'éticences le principe de convoitise que la nation germanique entendait opposer à l'idéal chevaleresque de la France : « L'unique base et saine pour un grand État — et par là il se distingue essentiellement d'un petit Etat — c'est l'égoïsme politique et non pas le goût romantique, et il n'est pas digne d^un grand État de se battre pour une cause qui n'est point inhérente à son propre intérêts »
Sur cet oracle, l'égoïsme international est