Mémoires, édition française, t. II, p
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glaise, ni la fidélité italienne, ni Talliance autrichienne.
La concentration la plus énergique de FAllemagne serait brisée par une attaque à fond, opérée à la fois par la France et la Russie coalisées. Or, cette attaque combinée de la France et de la Russie, était dans les probabilités d'un avenir quelconque, dès ((ne l'antagonisme devenait la loi des relations entre la France et l'Allemagne prussifiée.En prévision de cette éventuar lité redoutable Frédéric, irréconciliable avec l'Autriche, ménagea toujours la France. Encore après Rosbach, il disait, en invitant nos officiers à sa table : « Je ne puis m'habituer à considérer les Français comme des ennemis. »
Bismarck a été grand tant qu'il est resté fidèle à cette politique de Frédéric. Comment ne pas l'admirer, en 1866, lorsque, assuré, il est vrai, de la bonne volonté de Napoléon III, et, par lui, du secours de l'Italie, mais aux prises avec les hésitations du roi, miné par la camarilla et par les femmes de la cour, battu en brèche par un parlement déchaîné, honni par une immense portion du peuple allemand, il marche néanmoins au but, infatigable, intrépide, héroïque, s'exposant, sans fléchir un instant, aux grandioses responsabilités qui immortalisent ou qui fracassent une mémoire.
Comment, au contraire, ne pas le juger petit lorsqu'en 1870, il prépare le guet-apens HohenzoUern, et que, l'habile résolution de notre ministère l'ayant déjoué, il oblige à la guerre, par
une impertinence intolérable, un souverain systématiquement pacifique depuis la campagne d'Italie, sans la complaisance duquel il n'eût pas même tenté la fortune à Sadowa et qui, partout favorable à Tindépendance des peuples, était décidé, malgré les alarmes de ses diplomates, à n'opposer aucun obstacle au libre développement de l'Allemagne et à ajouter ainsi un service nouveau à ceux déjà rendus par la généreuse France aux peuples germaniques en 1789, 1830, 1848.
L'ingratitude, a ditCavour, est le plus odieux 4es péchés. C'est aussi le plus maladroit des ^calculs. Bismarck a voulu noyer dans le sang ii'une victoire commune les antipathies des États du Sud frémissants encore de leur défaite ré- <5ente. Mieux que ce remède dangereux, la patience eût apaisé les colères. Une unité allemande, qui se fût constituée sans un démembrement de la France, étant sûre d'un lendemain paisible, aurait pu devenir pour tous un bienfait, non une calamité. Dieu punit quelquefois en accordant le succès. L'avenir le démontrera.
Lors de la déclaration de guerre, dans l'effervescence des démentis et des affirmations réciproques, au milieu de la succession foudroyante des catastrophes, les esprits les plus exercés à l'impartialité avaient eu quelque peine à discer-
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ner le bon droit. Ils l'ont aperçu dès que le calme a été rétabli. De divers côtés des voix indépendantes l'ont affirmé.
En Angleterre, le sous-secrétaire d'État Otway déclarait publiquement que nous ne devions pas être traités d'agresseurs. Granville Stappleton*, Junius Lawrence' et surtout l'anonyme caché sous le nom de Scrutator' démontrèrent que l'Empereur avait plus de raisons d'éviter la guerre que de s'y engager, qu'elle était devenue au contraire une nécessité pour Bismarck s'il voulait achever l'unité de l'Allemagne. « Je ne suis pas un défenseur du gouvernement impérial de France, disait Scrutator. Il est tombé pour ne jamais se relever, je l'espère ; mais je me sens contraint d'exprimer qu'on ne lui a pas rendu justice au sujet des négociations qui ont précédé la guerre. . . Je ne crois pas que le gouvernement français prévît ou désirât la guerre quand la conspiration HohenzoUern arriva au jour; c'est la Prusse, non la France, qui a soulevé la tempête ; la Prusse encore, et non la France, qui s'est arrangée de manière à ce qu'elle ne s'apaisât pas sans amener la guerre. »
En Italie le journal alors le plus autorisé, la Perseveranza de Milan, démontrait « que non seulement il a existé un prétexte de guerre offert par l'Allemagne à la France, mais qu'il y