Oui est responsable de la guerre
a eu aussi une raison vraie et justifiée et que si xîette raison vraie et justifiée n'a pas été supprimée, c'est la Prusse et non la France qu'on en doit accuser (19 décembre 1870) »*. A Francfort, le Tages-Presse reconnaissait l'intention de la cruelle insulte faite à la France. En Suisse, un publiciste éminent, Jules Tallichet, exposait avec autorité dans la Revue universelle de Lausanne (juin et juillet 1871) les diverses phases de la négociation et justifiait en tous points la conduite du gouvernement français. « Qu'aurait fait M. de Bismarck, concluait-il, s'il s'était trouvé dans la position où il avait mis la France? N'aurait-il pas dénoncé avec énergie de tels procédés comme prouvant l'intention de provoquer une rupture ? »
Quelques Français s'associèrent à ces réparations loyales commencées par les étrangers. Le premier fut notre illustre Michelet. La lettre qu'il avait écrite en juillet 1870 pesait sur sa conscience d'historien. Il avait accusé notre gouvernement de vouloir la guerre, ce qui impliquait que la Prusse ne la voulait pas. Il comprit que s'il laissait son nom au-dessous d'une telle contre-vérité, son autorité serait à jamais compromise. Par un mouvement bien digne de son génie il se redressa devant le victorieux et le frappa de la sentence irrévocable. Dès janvier 1871 il publiait à Florence un opuscule [La France devant t Europe) , dans lequel éclatent ses révoltes contre la sèche Prusse de fer. Il persévère dans ses partis pris contre le plébiscite et
i6 L'EMPIRE LIBÉRAL.
FEmpereur, mais ce qui est Tessentiel) il affirme sous toutes les formes notre bon droit. Il s'indigne de ce mot : c'est la France qui Ta voulu, les Français ont commencé ; il rappelle les engagements violés, les provocations constantes pendant quatre années, Tespionnage militaire, les ingénieurs, les officiers surpris sur nos forteresses dont ils relevaient les plans. Il montre Bismarck « depuis trois ans, préparant une diversion militaire parce qu'il sentait que, sans son aveugle bouillonnement, il ne pourrait jamais museler l'Allemagne ». 11 l'accuse d'avoir fui, dans la guerre, les dernières résistances de la liberté allemande. Loin de condamner l'Empereur d'avoir enfin relevé la tête, il lui reproche de l'avoir trop longtemps tenue baissée, « d'avoir lâchement enduré l'engloutissement du Hanovre, de la Hesse, de Nassau, de Francfort, dans la Prusse, d'avoir été sourd à leurs cris ». Après « ce lâche service », ajoute-t-il, « on ne ménagea plus rien. Tous les jours on le provoquait. Les Prussiens ivres venaient nous défier dans Strasbourg. Comme dans les poèmes de Renaud, on voyait un Charlemagne dormir profondément en France sur un trône où l'étranger lui faisait impunément la barbe avec un tison. »
Un publiciste de courage et détalent, M.Fernand Giraudeau, dans un livre bien informé, précis, d'une vigoureuse dialectique*, s'attaquait à la légende de mensonge, déjà en voie
i. La vérité sw la campagne de 1870.
de formation, la confondait et ne laissait subsister aucune de ses falsifications.
Le gendre du maréchal Magnan, Haentjens, l'attaquait à la tribune sans se laisser troubler par les exclamations niaises ou les interruptions violentes*: « Je ne puis, disait-il, contenir Texpression de Tirritation la plus vive, quand j'entends à cette tribune, à une tribune française, soutenir que c'est le gouvernement impérial qui est coupable de la guerre... {Oui! oui! à gauche.) Je proteste de toute l'énergie de mon patriotisme, de toute l'énergie de ma loyauté... [Interruptions), et je déclare en face de mon pays, en face de l'Europe, qui le sait bien, que c'est la Prusse qui a voulu la' guerre, la Prusse qui nous a forcés de la faire, la Prusse qui l'a préparée de longue main et qui l'a provoquée... et je vous défie de venir le contester à cette tribune ! )) {Allons donc! à gauche.)
Un écrivain étranger aux intérêts et au passé de l'Empire, sans relation avec aucun de ses ministres, M. Legrelle, bien que dans l'ignorance du secret des négociations et ne puisant qu'aux documents publics, démêlait la trame prussienne et l'exposait dans un livre d'une émouvante éloquence^. Sa conclusion se rapprochait de celle de Michelet : ce Après quatre années de déboires, de fourberies, d'humiliations et d'ironies patiemment supportées, la