CONVERSION D'ALEXANDRE
• Il manquait encore à cet ascendant de Metternich l'investiture de l'empereur Alexandre. Elle ne fut pas aisée à obtenir. Le Tsar, retenu par le souvenir du traité de janvier 1815, par son attachement encore entier aux idées libérales, venait d'approuver l'octroi d'une constitution auquel s'était enfin décidé son beau-frère de Wurtemberg, et il était au moment d'accorder son appui matériel à la révolte des Grecs. Ses dispositions dans ce sens paraissaient si bien fixées, que supposant ses frères de la Sainte- Alliance contraires à cette politique, il sortit de la réserve à laquelle il s'était jusque-là tenu à notre égard et dit à La Ferronnays, notre ambassadeur (18 juillet 1820) : « Pour prix du service que vous me rendrez en me soutenant dans mon entreprise en Orient, ouvrez le compas depuis le détroit de Gibraltar jusqu'au détroit des Dardanelles, voyez ce qui est à votre convenance et comptez sur l'assistance sincère et
efficace de la Russie. » Les révolutions d'Espagne et d'Italie, les conspirations militaires en France commencèrent à refroidir ses ardeurs généreuses. Cependant, à la veille de se rendre à la réunion des souverains organisée à Troppau par Metternich, il disait encore à La Ferronnays : « Nous empêcherons bien l'Autriche de guerroyer en Italie comme elle en a tant d'envie. »
En route il s'était arrêté à Varsovie et y avait ouvert la Diète. La turbulence des délibérations, le veto intraitable opposé aux demandes du vice-roi, le mécontentèrent. Arrivé à Troppau, il apprend la mutinerie (septembre 1820) du régiment de la garde impériale Semenowski : il en est profondément affecté. Metternich reprend alors son thème sur la nécessité de réprimer la révolution menaçante partout, et sous une forme particulièrement redoutable, la sédition militaire.
« Vous avez raison, lui dit enfin Alexandre. Entre 1813 et 1820 il s'est écoulé sept ans et ces sept ans me font l'effet d'un siècle; je me suis trompé sur l'esprit public; ce que je regardais comme vrai, je le trouve faux aujourd'hui; j'ai fait beaucoup de mal, je m'efforcerai de le réparer. »
Il ne se convertit pas à demi, il se jeta dans les idées rétrogrades aussi impétueusement qu'il s'était abandonné aux idées libérales; il ne rêva plus que compression, croisade conservatrice, et il chargea ses diplomates, habitués à préparer des documents d'un autre ton, de ré-