Harmonies, Invocation pour les Grecs
De France ragitation se répandait en Suisse^ puis en Allemagne. Partout les Philhellènes, sous la direction d'Eynard de Genève, se constituent en une sorte d'État européen, somment les princes de mettre au service de la cause sainte leurs flottes et leurs canons.
Metternich s'indigne de tout ce bruit : il n'est pas de mépris qu'il ne témoigne à ce qu'il appelait la boutique philhellénique. L'insurrection grecque « était un attentat révolutionnaire que l'oppression même la mieux caractérisée ne pouvait jamais justifier. Les Grecs, loin d'être affranchis, devaient être traités comme des sujets en révolte contre l'autorité légitime. Les souverains devaient à la cause de la paix, du bon ordre et du bon droit, de prêter main-forte au gouvernement outragé, de l'aider à étouffer le plus tôt possible un incendie qui menaçait les trois parties du monde. »
11 semblait que tel ne serait pas l'avis du jeune empereur de Russie, Nicolas, et qu'il accorderait ses sympathies à ses coreligionnaires défenseurs de la croix contre le croissant; c'est ce que son peuple exalté par tant de martyres lui demandait. Par malheur, depuis la révolte militaire des premiers jours de son règne il se croyait surtout appelé à la mission providentielle de terrasser partout la Révolution; en conséquence il ne vit tout d'abord dans les Grecs, selon le souhait de Metternich, que des sujets en révolte dont l'affranchissement serait un fort mauvais exemple, et il était d'autant
moins disposé à les secourir qu'il venait d'arranger à Ackerman (7 octobre 1826) ses différends avec les Turcs.
Cependant, à mesure que les péripéties de la lutte devenaient plus cruelles, la pitié le gagna; la foi l'emporta sur le système ; il entendit le murmure de son peuple, et il en vint à la résolution de travailler, par une action diplomatique concertée avec la France et l'Angleterre, à adoucir le sort des malheureux insurgés, sans les délier cependant de leur lien de suzeraineté avec le Sultan. •
La France consentit aussitôt, l'Angleterre eut quelque peine à se décider. Ses ministres partageaient les sentiments de Metternich. « Une vague jalousie commerciale, les appréhensions au sujet des îles Ioniennes, la crainte des intrigues russes, parut avoir émoussé la sensibilité et l'intelligence de la nation anglaise elle-même ; elle resta indifférente d'abord à une cause qui agitait l'Europe entière*. » La première souscription philhellénique ouverte à Londres n'obtint aucun succès. Ce déboire ne découragea pas l'ardeur des cœurs chauds tels qu'Erskine; Byron s'arracha aux rêveries lyriques, saisit l'épée du soldat et alla terminer dans la mort les pèlerinages d'Harold; un courant sympathique s'établit, puis grossit au point d'entraîner le cabinet, malgré ses répugnances, à signer avec la Russie etla France, le 6 juillet 1827, un traité par lequel
i. Gervinus.
les trois puissances décidaient d'offrir en commun leur médiation à la Porte pour la pacification définitive de la Grèce et la conclusion d'un armistice qu'au besoin elles imposeraient par la force. Une démonstration navale triple fut envoyée dans les eaux grecques.
Mahmoud refusa et de conférer sur la pacification et d'accorder l'armistice : les propositions présentées détruisaient l'obéissance passive des sujets, le droit d'un souverain de régler ses propres affaires, l'inviolabilité de l'Islam qui n'a aucun compte à rendre à des puissances chrétiennes. Les trois amiraux, de leur propre initiative, sans attendre d'instructions, répondent à ces refus en détruisant la flotte turque à Navarin (20 octobre 1827).