‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 2)Chapitre 8 sur 240 · Préface des Discours de Thiers, Voir V Appendice · texte numérisé non relu

Préface des Discours de Thiers, Voir V Appendice

rédigea un rapport mitoyen entre les deux pré^ cédents : il n'accabla pas les ministres, comme dans le premier; il ne les innocenta pas, comime dans le second, et il résuma son jugement sur eux dans cette formule : a Ils ont eu Tintention de la paix, ils n'en ont pas eu la volonté; » la seule phrase amphigourique certainement commise par ce lumineux esprit.

A la suite de Thiers surgit une légion d'historiens, qui, ivres de servilité envers la victoire, débutèrent, dans la création d'une école historique prussienne, aujourd'hui en pleine efflorescence, par des récits éhontés de la guerre de 1870. Décidés d'avance à mettre tous les torts du côté de notre gouvernement, ils ont voulu ignorer ou ils ont altéré les faits les plus incontestables dès qu'ils les jugaient contraires aux thèses prussiennes. Ils n'ont pas daigné accorder aux affirmations les plus solennelles des hommes d'État de leur pays la créance qu'ils ne refusaient pas aux calomnies les plus criantes du ministre ennemi. Ils se sont surtout ingéniés à inventer des accusations de fourberie auxquelles l'Allemagne même n'avait pas songé. Ils se sont acharnés contre le pauvre Empereur, plus encore que contre ses conseillers : la guerre a été un acte de son pouvoir personnel imposé à la nation assujettie I

Si l'esprit de parti ne produisait pas la perversité de l'intelligence autant que celle du sens moral, on aurait sifflé ceux qui attribuaient à la volonté capricieuse d'un seul une guerre

votée régulièrement, selon le mode républicain, par des assemblées libres et manifestement voulue par Timmense majorité de la nation. Loin de là on les applaudit. En vain, John Lemoinne, un des rares écrivains qui, au moment de l'ouverture des hostilités, n'eût pas cédé à l'entraînement général, laissait échapper un cri de justice : a C'est toute la France, c'est tout le monde en France qui a voulu la guerre. C'est un sophisme indigne de gens sérieux de rejeter la faute sur la volonté d'un seul homme. Nous nous rendons la risée de FEurope en répétant sans cesse que c'est l'Empereur qui a voulu cette guerre fatale*. » Les partisans de l'Empire autoritaire, intéressés cependant à justifier une résolution appelée ou votée par eux, ne défendirent l'Empereur qu'en reportant la condamnation sur le régime constitutionnel, objet de leur aversion autant que la république. Ainsi, par des raisons diverses, chacun s'appliqua à fausser les faits pour en tirer des arguments ou des facilités à l'appui de ses rancunes passées ou de ses prétentions présentes. Une conjuration presque universelle fut organisée contre la vérité. Après léna, la belle reine Louise, qui avait poussé à la guerre, était devenue l'idole du peuple, la patronne de la jeunesse. « Comme elle dort doucement! chantaient les poètes. Ah! puisses-tu dormir jusqu'au jour où ton peuple lavera dans le sang la rouille de son épée. Éveille-

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