L'ANGLETERRE CONTRARIE NOS EXPÉDITIONS
Le ministre de la marine d'Haussez se montra plus virulent, « Le roi veut que l'expédition se fasse et elle se fera, disait-il à l'ambassadeur anglais Stuart. — Vous croyez donc que l'on ne s'y opposera pas? répliqua ce dernier. — Sans doute, qui l'oserait? — Nous les premiers. — Milord, s'écria-t-il d'un ton d'émotion approchant de la colère, je n'ai jamais souffert que vis-à-vis de moi, simple individu, on prît un ton de menace ; je ne permettrai pas qu'on se le permette à l'égard du gouvernement dont je suis membre. La France se f... de l'Angleterre. Elle fera, dans cette occasion, ce qu'elle voudra sans souffrir de contrôle ni d'opposition. Ce langage,, je n'ai pas besoin de vous le dire, n'a rien de diplomatique. C'est une conversation entre lord Stuart et le baron d'Haussez, et non une conférence entre l'ambassadeur d'Angleterre et le ministre de la marine. Je vous prie cependant de réfléchir sur le fond, que le ministre des affaires étrangères pourrait vous traduire en d'autres termes, sans rien changer au sens. »
On crut un moment qu'une rupture éclaterait et que nos vaisseaux seraient obligés d'aller prendre station à Gibraltar.
Quelles clameurs à l'annonce que Charles X,: sans s'embarrasser de la suzeraineté du Sultan, conserverait notre conquête et ne tiendrait aucun compte de la demande d'évacuation présentée par le Cabinet anglais* ! Wellington éclata :
1. Voir à ce sujet, dans les Mémoires de Talleyrand, tome V, page 135, une lettre de Victor de Broglie du 18 mars 1833-
206 L*EMPIRB LIBÉRAL*
« Je considérais Polignac comme borné et loyal, c'est un des hommes les plus habiles et les plus faux que je connaisse. » Il déclara à notre ambassadeur de Laval : « que jamais la France, ni sous la République, ni sous l'Empire, n'avait donné à l'Angleterre des sujets de plainte aussi graves que ceux qu'elle avait reçus depuis un an. » Et l'ambassadeur lui annonçant son départ en congé, il ajouta : « Je me sépare de vous avec plus de peine que jamais, car peut-être ne sommes-nous pas destinés à nous revoir. » L'ambassadeur releva le défi de ces paroles : <( J'ignore, milord, ce que vous pouvez espérer de la générosité de la France ; mais ce que je sais c'est que vous n'obtiendrez jamais rien par les menaces. »
Dans chacune des circonstances que nous venons de rappeler, la Restauration trouva en Russie l'encouragement ou l'appui que l'Angleterre lui refusait. En 1823, le Tsar déclara « qu'il nous soutiendrait de tout son pouvoir si l'Angleterre était assez aveugle pour nous assaillir; qu'il considérait l'attaque contre la France comme une attaque générale contre tous les alliés et qu'il accepterait sans hésiter les conséquences de sa déclaration. » Il fit exprimer au cabinet de Londres sa surprise de ce que le gouvernement anglais trouvât alarmant dans la bouche du roi de France le principe par lequel il avait précédemment justifié toutes ses transactions avec la France. Il fut l'auteur principal du traité secret par lequel la Prusse, l'Autriche
et la Russie s'engageaient à faire cause commune avec la France dans le cas où l'Angleterre s'unirait au gouvernement espagnol. On eut même quelque peine à l'empêcher de mettre des troupes en mouvement dès le début de notre action. Le Tsar approuva pareillement nos expéditions de Morée et d'Algérie : le ministre russe à Paris transgressa ses instructions en ne se montrant pas favorable à cette dernière.
DÉLIBÉRATION SUR l'aVANTAGE QUE NOUS LUI