LouTs Blanc, Histoire de dix ans, t. H, p
pathies sur ceux que nous abandonnions; on chantait la Varsovienne de Casimir Delavigne ; avec Bérenger le peuple répétait :
0 roi des deux I entends ma plainte.
Père de la liberté sainte, De ce peuple unique soutien, Fais de moi son ange gardien.
Dieu, donne à ma voix la trompette Qui doit réveiller du trépas, Pour qu'au monde entier je répète :
Hàtez-vous, Thonneur est là-bas.
COLÈRES DU PARTI POPULAIRE FRANÇAIS; IL DÉ- FEND LA CAUSE DES PEUPLES VAINCUS.
La révolution belge, secondée par le gouvernement français et ensuite par le gouvernement anglais, se consolida et aboutit à la fondation du royaume de Belgique ; les soulèvements italiens, allemande, polonais, n'étant pas soutenus de même, ne tardèrent pas à être étouffés. Le rétablissement du pouvoir pontifical dans les légations n'offrit aucune difficulté : nulle part les Autrichiens ne rencontrèrent de résistance : ils entrèrent à Bologne sans même avoir chargé leurs armes.
La lutte de la Pologne fut longue, terrible, digne d'admiration. « Je suis roi de Pologne, avait dit Nicolas, je la roulerai ; le premier coup de canon tiré par les Polonais anéantira la Pologne . » Il tin t parole : il réprima inexorablement,
il noya dans le sang le reste des libertés octroyées par Alexandre ; il déclara que le royaume de Pologne avait cessé d'exister et que l'insurrection avait délié les engagements du traité de Vienne. Tout ou rien, avaient dit les infortunés Polonais, ce fut rien. Dans la conviction que le parti aristocratique avait été la véritable cause de la guerre civile, Nicolas, en ordonnant, par Tukase de novembre 1831, la transportation en Russie de cinq mille Polonais, interdit expressément de les choisir en dehors de la noblesse; Tordre du jour envoyé aux troupes employées à achever les vaincus, enjoignit, sous des peines sévères, de respecter les maisons et les propriétés des paysans.
Loubeçki ne se consola pas de la catastrophe que l'aveuglement de ses concitoyens ne lui avait pas permis de prévenir. Retiré à Pétersbourg, il finit sa vie comme un saint, bon, sobre, charitable, résigné. On le trouvait le plus souvent enveloppé d'une robe de chambre usée jusqu'à la corde, coiffé d'une vieille casquette, une pipe à la bouche, occupé à raccommoder des montres. Il ne refusait pas de revenir sur les événements sinistres auxquels il avait été mêlé; mais son dernier mot, accompagné d'un sourire navré, était toujours celui de Kosciusko : Finis Poloniœ.
Dès qu'on apprit à Paris que Tordre régnait à Varsovie, que « les Français du Nord » étaient anéantis, « les affaires furent suspendues, les théâtres fermés, la population s'en allait par les rues consternée, silencieuse, et comme affaissée
SOUS le poids d'une irréparable humiliation. La Pologne! la Pologne! ce seul mot sortait de toutes les bouches. Le lendemain l'abattement s'était changé en rage, sur tous les points se formaient des groupes d'où la fureur publique s'exhalait en imprécations et en menaces. Des boutiques d'armuriers pillées, des barricades essayées donnèrent durant quelques jours à la capitale l'aspect d'une ville en révolution ^ » « Dors, ô ma Pologne, s'écriait Lamennais, dors en paix dans ce qu'ils appellent ta tombe ; Moi, je sais que c'est ton berceau. »
Le poète qui exprimait la passion publique, Barthélémy, s'écriait :
Noble sœur ! Varsovie I Elle est morte pour nous ! Morte un fusil en main, sans fléchir les genoux, Morte en nous maudissant à son heure dernière, Morte en baignant de pleurs l'aigle de sa bannière, Sans avoir entendu notre cri de pitié, Sans un mot de la France, un adieu d'amitié. Cachons-nous! Cachons-nous! Nous sommes des infâmes. Rasons nos poils, prenons la quenouille des femmes; Que le teint de la honte embrase notre front*.
On a cru souvent habile de concéder quelque chose, espérant la désarmer, à Terreur que l'on combat. Casimir Perier connut cette défaillance. Les troubles réprimés une première fois par les Autrichiens dans les Légations recommencèrent après leur départ. Casimir Perier conçut l'idée heureuse, dont la réalisation eût évité
i. Louis Blanc, t-JU, p. 472.
2« La Némésis, i 6 septembre.
alors et depuis dlnextricâbles complications, de confier la garde et la défense du patrimoine du Saint-Siège aux troupes italiennes du Piémont*. Le Pape repoussa cette sage combinaison, il préféra rappeler les Autrichiens. On pouvait le regretter, mais c'était son droit. Souverain indépendant il n'avait aucun compte à rendre de sa résolution. Néanmoins Casimir Perier, sans avoir obtenu le consentement préalable de Grégoire XVI, envoie une troupe dans les États pontificaux et s'empare par surprise d'Ancône (22 février 1832). C'était « un acte de flibustier^ », une façon de brigandage. Voilà les formes révolutionnaires qui reviennent, dit-on en Europe.
Ce procédé, reconnu par Casimir Perier luimême <( un peu irrégulier' », ne réussit pas, quoique ce fût son but, à satisfaire la passion démocratique « qui vivait alors plus de la vie des autres nations que de la sienne propre* ». '( Honte, écrivait l'éminent journaliste Armand Carrel, mille fois honte à l'impertinent et lâche système qui veut proclamer l'égoïsme politique de la France. — Périsse Tordre public qui règne à Varsovie, à Francfort, à Turin, à Milan, à Rome^ » L'écrivain n'était pas moins prononcé pour la cause de l'Italie : « Nous avons toujours