‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 3)Chapitre 10 sur 113 · De Terni, 25 février · texte numérisé non relu

De Terni, 25 février

re, sur les assurances de Lafayette,

lurs.

\ce& furent offensés de ce rappel.

r.veut nous faire passer pour poltrons.

:'lorence, cela est de toute impossibi-

Lous fasse tous les torts imaginables,

Lous envoie pas d'argent, nous saurons

iser en vivant à la ration, et, au lieu

intaires, nous serons sous les ordres

^er venu... Nous avons fait ce que nous

fit nous ne reculerons jamais. » Cepen-

obéirent. A Bologne ils se convainqui-

leur rappel était définitif. S'étant re-

Forli, ils y furent saisis par une épidémie

»ugeole. L'ainé y succomba et mourut « sans

^. .o quoique né pour la gloire* » (mars 1831).

I» .<;nse accourut, et par des prodiges de pré-

.0 d'esprit et d'audace arracha à la main

ri chienne le fils qui lui restait et le conduisit

rmnce, bravant la loi de proscription.

«^ prince Louis, que la mort de son frère

lit plongé dans un morne accablement, se sen-

î renaître en touchant le sol natal. Il traversa

i France à petits pas, savourant la douceur de

f^pirer Fair de la patrie, d'entendre la langue

r^Sa mère le conduisit à Fontaine- ^8 fonts baptismaux sur lesquels il ^u. La pensée qu'il serait obligé de *^ iT «* '•her pays retrouvé lui devint I ^ *iigré les remontrances sur l'inu-

tilité de la démarche, il rédigea une lettre au roi par laquelle il le priait de lui permettre de servir comme soldat.

A Paris, ils se logèrent rue de la Paix, à Thôtel de Hollande, d'où ils apercevaient la colonne Vendôme et le boulevard. La reine se croyait des droits à la bienveillance royale. N'avaitelle pas contribué en 1815 à obtenir à la mère de Louis-Philippe une pension de 400 000 francs et une de 200 000 francs à sa tante, la duchesse de Bourbon, mère du duc d'Enghien? C'est donc avec sécurité qu'elle fit prévenir un officier d'ordonnance de la confiance du roi, d'Houdetot.

Le premier mouvement de Louis-Philippe, — et c'était fort naturel, — fut la contrariété. Dans l'excitation actuelle des esprits, alors qu'à presque toutes les vitrines s'étalaient les portraits des Napoléon, Tarrivée d'Hortense accroissait ses difficultés. Louis-Philippe avertit immédiatement Casimir Perier, son premier ministre. Celui-ci se rendit auprès de l'ancienne reine. D'abord sec et dur, il s'adoucit sur l'assurance qu'elle se proposait uniquement de traverser la France, de gagner Londres et ensuite Arenen* berg. Le lendemain d'Houdetot vint prendre Hortense de la part du roi rassuré, et la conduisit mystérieusement au Palais-Royal, dans sa petite chambre de service meublée d'un lit et de deux chaises. Le roi y vint aussitôt, se montra poli, aimable, bienveillant, presque affectueux. « Il connaissait les douleurs de l'exil, et si cela, ne

dépendait que de lui, il les épargnerait aux autres : il espérait que le temps viendrait bientôt qu'il n'y aurait plus d'exilés sous son règne. » Il recommanda à la reine de tenir sa présence secrète, exprima le désir de lui rendre service. Il savait qu'elle avait des revendications à exercer ; il comprenait les affaires et s'offrait à être son homme d'affaires auprès de ses ministre.;. Puis, il fit chercher sa femme et sa sœur et ne. les laissa un instant avec la visiteuse que pour revenir bientôt. Alors, les deux reines assises sur le lit, le roi et M""^ Adélaïde sur les deux chaises, d'Houdetot debout derrière la porte afin d'empêcher qu'on l'ouvrît, se noua une longue conversation sympathique, familière, abandonnée , telle que Hortense eut l'illusion de se retrouver au milieu de sa propre famille. Elle parla alors au roi du projet de lettre de son fils; le roi l'engagea à la lui envoyer.

On la comblait de prévenances et d'attentions afin que, satisfaite et maniable, elle partît au plus tôt. Elle y était décidée, lorsque le Prince ayant été pris d'une fièvre brûlante, elle dut différer. On a raconté que Casimir Perier aurait dit au conseil : « A l'heure même où Votre Majesté recevait la mère, le fils était en conférence avec les principaux chefs du parti républicain et cherchait les moyens de renverser votre trône. » Le chef du cabinet put se convaincre dès le lendemain de la fausseté de ce rapport, en venant porter lui-même à la reine la réponse aux désirs qu'elle avait exprimés. « On lui accorderait un

passeport; on s'intéresserait à la revendication de Saint-Leu, garantie par les grandes puissances ; on offrait un secours pécuniaire ; mais on ne pourrait accepter le Prince dans l'armée que s'il changeait de nom ; le gouvernement devait éviter d'inquiéter les puissances, car les partis montraient un tel acharnement, que la guerre le perdrait. » La reine remercia des bonnes paroles et refusa le secours. Le Prince s'indigna qu'on lui proposât l'abandon de son nom. «Vous aviez raison, ma mère, fit-il, retournons dans notre retraite. »

Cependant le 5 mai, anniversaire de la mort de l'Empereur, approchait et une manifestation populaire s'annonçait au pied de la colonne Vendôme; on commençait à chuchoter de la présence du Prince, déjà quelque peu populaire par l'équipée des Romagnes. Le 4 mai, d'Houdetot vint notifier à la reine qu'à moins que la vie de son fils ne fût en danger elle eût à quitter surle-champ la France. La reine demanda qu'on attendît que les sangsues mises au cou duPrince, et qu'elle montra, eussent cessé de couler, qu'elle partirait aussitôt. Dès le 6, elle se mit en route. En dehors des aimables paroles, le seul service effectif qu'elle reçut du gouvernement de Louis- Philippe fut de n'avoir pas été arrêtée comme le permettait la loi de 1816.

A Londres, le Prince fut pris, par suite des fatigues de ce voyage précipité, d'une jaunisse dont il eut de la peine à se remettre. On l'accusa néanmoins d'être venu en Angleterre

guetter la couronne de Belgique. Il se crut obligé à un démenti. Son seul désir eût été de combattre « en qualité de simple volontaire, dans les rangs glorieux des Belges ou dans ceux des immortels Polonais, s'il n'avait craintqu'on n'attribuât ses actions à des vues d'intérêt personnel ».

Hortense fit témoigner à Talleyrand le désir de le voir. A ce désir sans dignité Talleyrand répondit par un refus sans courtoisie. Il envoya sa nièce, M""" de Dino, demander en quoi il pouvait être utile. Lorsque la reine eut expliqué qu'il s'agissait d'obtenir, afin de rentrer en Suisse par la France, le passeport visé ou autorisé parles cinq grandes puissances, sans lequel aucun Napoléon ne pouvait se mouvoir, il transmit la demande à Paris, d'où on lui répondit de l'accueillir.

Cette fois Hortense évita la capitale; elle avait été épouvantée par une exclamation de son fils : « Si, en traversant Paris, je vois le peuple massacré, je m'élance dans ses rangs. » Ils tournèrent autour sans y entrer. Ils visitèrent, à Ermenonville, le tombeau de J.-J. Rousseau, à Rueil celui de Joséphine. Ils n'eurent pas la force de se rendre à Saint-Leu. Par la grille fermée de la Malmaison, à cette heure du couchant, mémento quotidien de la mort qui rend mélancoliques même les heureux souvenirs, ils contemplèrent à la dérobée les jardins silencieux, la demeure fermée du Premier Consul, et, eux aussi, ils dirent :

Ma maison me regarde et ne me connaît plus.

Le retour fut triste ; le Prince se retrouvait en présence des pensées douloureuses écartées pendant son voyage. «J'ai bien pleuré, racontait-il à son père en revoyant le portrait de ce pauvre Napoléon, son cheval et sa montre. » Il refuse de s'occuper de Fhéritage de son frère. Il ne tient nullement à l'argent qui vient d'une source aussi malheureuse, il ne demande que les objets ayant servi à l'usage personnel. Il eût voulu s'arracher à ces poignantes émotions en allant combattre en Pologne où l'appelaient les généi::aux insurgés. Un jeune Bonaparte apparaissant parmi eux, le drapeau tricolore à la main, produirait, à les en croire, un effet dont les suites seraient incalculables. Son père et sa mère unirent en vain leurs supplications, leurs ordres pour le retenir. Il quitta Arenenberg clandestinement sous un nom supposé. Cette démarche, identique à celle qui l'avait engagé en Romagne, ne pouvait être attribuée à une affiliation au carbonarisme. Il fut arrêté en route par la nouvelle de la chute de Varsovie.

Rentré dans sa solitude il apprit que la patrie lui était décidément fermée et qu'une loi frappait les Bourbons et les Napoléon de la même proscription (avril 1832). On replaçait TEmpereur sur sa colonie et Ton fermait la porte de la patrie sur ses frères et ses neveux. Y-a-t'il

un plus saisissant exemple des contradictions au milieu desquelles les hommes se débattent dans leur misérable existence? 11 protesta véhémentement contre cet accouplement légal des vainqueurs et des vaincus de Waterloo.

La patrie fermée, toute vie active interdite partout, Texilé retomba douloureusement sur lui-même. 11 était parvenu à cet âge où Tamour d'une mère ne suffit plus à remplir le cœur : « J'ai tellement besoin d'affection que si je trouvais une femme qui me plût et qui convînt à ma famille, je ne balancerais pas à me marier. Ainsi, mon cher papa, donnez-moi là-dessus vos conseils (15 décembre 1831). » Le père lui répond que l'essentiel « pour éviter les malheurs trop connus dans cet état était de ne pas être amoureux ». Sur cette peu encourageante consultation, il s'étourdit par le travail: il passait ses jours et une partie de ses nuits sur ses cartes et sur ses livres. 11 publia presque coup sur coup les Rêveries politiques (1832) et les Considérations politiques et militaires sur la Suisse (1833). Dans ses écrits de jeunesse on retrouve les convictions que les années ont modifiées dans leur forme, mais dont la substance constitue l'unité de sa pensée. Avant tout le dévouement à cette idée des nationalités que la France démocratique élaborait, en la plaçant comme lui sous l'autorité du prophète de Sainte- Hélène. « L'empereur Napoléon devait mettre un terme à l'état provisoire de l'Europe après la défaite des Russes et l'abaissement du système

anglais. S'il eût été vainqueur, on aurait tu le duché de Varsovie se changer en nationalité polonaise, la Westphalie se changer en nationalité allemande, la vice-royauté d'Italie se changer en nationalité italienne. »

Les nationalités, c'est pour la politique extérieure. Pour la politique intérieure, c'est le socialisme, mot équivoque, bien ou mal famé suivant le sens auquel on s'en sert, qui dans sa langue signifiait, comme dans celle de Saint-Simon, que le but essentiel de la politique doit être l'amélioration du sort matériel, intellectuel et moral du plus grand nombre. Il allait alors jusqu'à la limite extrême : « La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler (art. xii). »

Sur la question même de la forme du gouvernement il entrait dès lors dans la contradiction sous laquelle il s'est débattu toute sa vie: il était à la fois républicain et impérialiste. « Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa constitution, une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures (art. xiv). » Et en même temps il se proposait de rétablir les institutions napoléoniennes. L'antinomie paraît insoluble. Il s'en tire en décidant que le gouvernement serait monarchique à la vérité, mais qu'à l'avènement de chaque nouvel Empereur la sanction du peuple serait demandée. Si elle était refusée, les deux

Chambres proposeraient un nouveau souverain au peuple indistinctement admis à concourir à l'élection.

A la suite des Rêveries il reçut le titre de citoyen de Thurgovie ; après les Considérations, celui de citoyen de la République helvétique; enfin, en 1834, sur la proposition de Tavel, vice- )résident du conseil exécutif, le canton de Berne e nomma capitaine du régiment de l'artillerie cantonale. Ces distinctions fortifièrent ses sentiments républicains. « Tout cela me prouve, écrivait-il à sa mère, que mon nom ne trouvera de sympathie que là où règne la démocratie ^17 juillet 1834). » — « Vous avez bien raison, répétait-il à Vieillard, ce n'est pas dans les salons dorés qu'on me rendra justice, mais dans la rue. C'est là qu'il faut que je m'adresse aujourd'hui pour trouver quelque sentiment noble (28 février 1834). »

La vie à Arenenberg était d'ordinaire sévère et monotone. Du château « situé sur une espèce de promontoire à l'extrémité d'une chaîne de collines escarpées, on jouissait d'une vue étendue mais triste. Cette vue domine le lac inférieur de Constance, qui n'est qu'une expansion du Rhin sur des prairies noyées. De l'autre côté du lac, on aperçoit des bois sombres , restes de la Forêt-Noire , quelques oiseaux blancs voltigeant sous un ciel gris et poussés par un vent glacé*. » Les événements étaient le passage d'un bateau à vapeur, un

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