Lettre du 5 juillet
que les mises en liberté n'étaient pas aussi considérables qu'on voulait bien le dire *.
Cette folle épouvante se serait comprise si la victoire sérieusement disputée avait été précaire, mais qu'avait-on à redouter après un assentiment presque unanime, écrasant, de journalistes sans journaux, d'orateurs sans tribune, de généraux sans armée, de démagogues sans peuple? Contre la renaissance des hostilités n'était-t-on pas protégé par la prévoyance des nouvelles institutions, par la surveillance d'une administration puissamment armée ? En quoi la société eût-elle été menacée et le pouvoir présidentiel tenu en échec parce que Victor Hugo aurait écrit à Paris les Contemplations ^ les Misérables, la Légende des Siècles au lieu de fulminer les Châtiments à Jersey? parce queQuinet aurait continué en France ses remarquables généralisations historiques, Deschanel ses doctes et intéressantes leçons, Laboulaye ses fortes études constitutionnelles? parce que des avocats de valeur tels que Bac, Bancel, Boysset, Madier de Montjau, Joly, auraient cherché, dans l'exercice d'une profession où ils eussent excellé, l'oubli de leurs désillusions publiques, parce qu'il eût été loisible à Nadaud de recommencer à bâtir des maisons, à Raspail de pourchasser les microbes avant Pasteur, à Victor Schœlcher de promener sur les boulevards sa longue redingote noire de quaker, ses gants irréprochables, sa bonté et sa méloma-