Journal, 12 février
nie? parce qu'on aurait permis à des hommes de vaillante probité tels que Guiter, Bourjat, Chavoix, etc., de jouir dans une retraite honorée de Testime de leurs concitoyens? Les meneurs subalternes étaient moins redoutables encore, tant ils eussent été délaissés, et en peine de se procurer par le travail les ressources que ne leur procurait plus Tagitation politique.
Quand on n'a pas été témoin d'une réaction de la peur on a peine à s'en figurer l'impétuosité et l'aveuglement. Il était impossible au Président de ne pas tenir compte de l'opposition d'hommes qui venaient de risquer leur vie. Il dut se résigner à ne pas couronner le plébiscite par un édit de pacification.
Les proscriptions creusèrent entre lui et les républicains indépendants, non inféodés à l'ambition de Victor Hugo, Ledru-RoUin ou Cavaignac, l'abîme que n'avait pas ouvert le coup d'État^ dans lequel ils avaient vu surtout un appel au peuple : ils s'écartèrent. Le Prince demeura au pouvoir de ceux qui l'ayant détourné de ce qu'il voulait, l'amnistie, le poussèrent à ce qu'il ne voulait pas, la restauration de l'Empire.
Je ne m'étais pas associé à la résistance contre le 2 décembre, mais du jour des proscriptions, avant même que, ma profession brisée, les misères personnelles eussent commencé, le coup d'État, ce fut, pour moi, mon père promené de fort en fort, dans la boue, un petit paquet de bardes sous le bras, et n'échappant à Cayenne pour l'exil que grâce au dévouement du prince
Napoléon ; ce fut mes amis les plus chers emprisonnés, internés ou jetés sur la terre étrangère; les grands esprits, objet de mon admiration, frappés et dispersés. Et j'ai maudit, j'ai détesté, j'ai récité avec fureur les Châtiments , et, dans un livre destiné à passer sous les yeux de l'Empereur tout-puissant j'ai écrit que le 2 décembre avait été la Révolution par le giiet-apem^. Maintenant les années ont dévoré les joies, les douleurs et les ressentiments, il ne reste du triomphateur de 1851 qu'une mémoire hislorique piétinée par la haine, je me sens libre d'écouter les inspirations sereines de la Justice. EUe me contraint, tout en déplorant comme un malheur national la nécessité d'un coup de force et la rupture d'un serment, de reconnaître que le 2 décembre fut un acte de bien public aussi fatal dans sa cause et aussi salutaire dans ses effets que le 18 brumaire. La plupart de ceux qui s'en sont indignés l'avaient ou souhaité, ou conseillé, ou projeté ^ Us ne l'ont appelé crime que parce qu'ils ne l'avaient pas accompli euxmêmes. « Il est difficile de rencontrer un plus notable exemple de la versatilité des hommes et de la vanité des grands mots de patriotisme et de droit dont les petites passions se couvrent ^ » La postérité ne donnera pas raison à ces petites