Bismarck, discours du 21 avril
reprend et termine le vote de la Constitution unitaire.
Elle établit au sommet un empereur héréditaire, ayant le droit de guerre et de paix, le commandement suprême sur Tarmée, la représentation extérieure, mais avec le concours d'un ministère responsable devant un Reichstag. Ce Reichstag se composait d'une Chambre haute des États, représentant les souverains et les Diètes particulières, et d'une Chambre directe, élue, sans condition de cens, au scrutin secret, par le suffrage universel. Le titre d'empereur allemand fut offert au roi de Prusse (28 mars i849) par 290 voix contre 248 abstentions.
Le roi de Prusse fut très embarrassé : à aucun prix il ne voulait du suffrage universel et le titre même d'empereur ne le tentait pas ; il le laissait volontiers avec sa pompe à l'empereur d'Autriche ; il lui suffisait d'être proclamé chef militaire héréditaire de la Confédération. Schwarzemberg s'amusa fort de cette conception, a Soyez empereur si cela vous convient, répondit-il, mais nous ne vous donnerons pas les troupes allemandes à commander. » Et voilà le pauvre homme mis en demeure. A la rigueur il se fût résigné ; mais cette couronne offerte par la démocratie lui paraissait « un oripeau, un bric-à-brac pétri de fange que ne pouvait accepter un roi légitime, un roi de Prusse ». Il se tira d'affaire par une ambiguïté : « Cet appel me donne un (hoit dont je sais apprécier la valeur, mais je subordonne mon consentement au libre
consentement des têtes couronnées, des princes etdes villes libres de TAUemagne (3avril 1849). »
Était-ce un oui, était-ce un non? On en disserta dans les cercles politiques. A Francfort on décida que c'était un non. En effet, Tofifre de la couronne impériale était subordonnée à l'acceptation de la constitution, et le roi non seulement ne T acceptait pas, mais il la rejeta et fit déclarer par son ministre Brandebourg à la Chambre prussienne sa volonté de ne Faccepter jamais, jamais, jamais!
Le Parlement de Francfort mourut de ce « non » prussien. Furieuse du refus royal, l'insurrection démagogique éclate à Bade, à Dresde, dans le Palatinat bavarois ; à Berlin la Chambre vote la validité légale de la constitution de Francfort. Mais le roi n'en était plus aux effarements de mars 1848 : la Chambre est dissoute (27 avril 1849) ; une ordonnance royale réforme le système électoral, une majorité gouvernementale est élue ; les troupes prussiennes réduisent l'insurrection de Dresde; sous la conduite du prince de Prusse, elles marchent contre celle de Bade. A leur approche les députés de Francfort s'enfuient vers Stuttgard, où la constitution yenait d'être reçue à une voix de majorité. Ilsn'y restent pas longtemps paisibles. La police les disperse, et ainsi disparaît misérablement cette Assemblée composée de la fleur du génie allemand et qui avait un instant donné de si glorieuses espérances (mai-juin 1849). Alors tout fut fini en Allemagne.
En Autriche le dénouement tarda un peu plus, grâce à Théroïsme de la résistance des Hongrois.
Pour en venir à bout l'empereur François- Joseph dutrecourir à Tinterventiondela Russie. Justement Nicolas achevait de régler de concert avec la Porte, par la convention de Balta-Limann, la situation des Principautés. L'occupation mixte russo-ottomane devait s'y prolonger jusqu'à la consolidation définitive de l'ordre; le droit reconnu par le traité d'Andrinople à la nation roumaine d'élire ses princes à vie lui était retiré ; elle serait régie par des hospodars nommés par la Porte pour sept ans. Libre de ce côté, Nicolas accueillit la demande du jeune empereur d'Autriche, un peu par bonté, beaucoup par haine de l'intervention des Polonais dans l'armée hongroise, encore plus par considération de l'intérêt de son empire à consolider l'intégrité de l'Autriche, et surtout parce qu'il trouvait enfin l'occasion d'abattre une révolte. Les troupes russes noyèrent les Hongrois sous le nombre, et Goërgey capitula à Villagos.
Le service rendu était tel qu'il eût constitué l'Autriche en perpétuel vasselage, si, dès lors, selon la parole de Schwarzemberg, elle n'eût pas été décidée à « étonner le monde par son ingratitude ». En attendant, tout était fini en Autriche comme en Prusse.
Le Président n'intervint d'aucune façon dans les affaires allemandes. En Danemark il seconda les efforts de l'Angleterre en faveur de l'indé-
pendance de la nation danoise et de la stipulation d'un armistice. En Hongrie il essaya d'arrêter par des représentations diplomatiques rintervention russe. Il ne se crut pas le droit de conserver la même impassibilité en Italie, où les événemens tournaient décidément au tragique.
Les révolutionnaires européens, pourchassés déjà des autres Étals, s'étaient donné rendezvous en Piémont et avaient renforcé la secte mazzinienne. Leur but était de renverser Charles- Albert et d'établir une république en Piémont comme d'autres l'essayaient h Florence et à Rome. Attentifs cependant à ne pas se laisser pénétrer, ils se contentaient de demander des réformes démocratiques, l'impôt progressif, etc., et surtout de provoquer la guerre de revanche. Dans les rues, dans les cercles, dans les journaux, à la tribune, ils déclamaient contre la médiation diplomatique : à aucun prix, on ne pouvait sans déshonneur abandonner la Lombardie et la Vénétie. Dans la presse et à la tribune, Cavour ne laissait aucun de leurs sophismes sans réfutation, aucune de leurs menaces sans résistance. On le huait, on le sifflait, sans abattre sa vaillance ^ Il s'acheminait à la gloire par l'impopularité.
C'est à la popularité que Gioberti demandait de l'y conduire ; il flattait à outrance « les démagogues sans énergie et sans talent, qui croyaient
1. 28 novembre 1848. « Les murmures me troublent peu ou point : et ce que je pense c'est la vérité, je le dis malgré les tumultes et les sifflets. » (Rumeurs.)
bêtement qu'une nation peutreconquérirson indépendance et sa liberté avec des phrases et des proclamations ' ». Il combattait sans répit les deux hommes de courage et de talent qui s'opposaient à ces insanités, Pinelli et Revel. Il acquit une popularité immense. Dans un voyage à Milan, à Bologne et à Home il recueillit des ovations telles qu'aucun grand homme ou prince n'en avait obtenu, à ce point que Pie IX et les princes italiens, quoique alors il conseillât le respect de leurs droits et l'entente avec eux, en avaient conçu quelque ombrage. Sa punition fut de succéder à ceux dont il avait rendu le gouvernement impossible (15 décembre 1848). Débutant par une maladresse conseillée par ses démagogues, il prononce une dissolution intempestive qui lui amène une Chambre ingouvernable, de laquelle Cavour est exclu (22 janvier 1849). Cependant il ne tarde pas à comprendre qu'à moins de livrer son roi, il est obligé de se séparer des braillards sur les épaules desquels il s'est élevé, et, à moins de trahir son pays, de différer la guerre à laquelle il a poussé. L'habitude italienne du temps était, un péril écarté, de remercier l'Angleterre des services qu'elle n'avait pas rendus et, un péril redevenu imminent, de caresser la France et de l'implorer. Ainsi fit Gioberti. Il envoya comme légat à Paris Arese, l'ami personnel du Prince. Il le chargea d'exprimer à « l'illustre neveu de l'homme le