‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 3)Chapitre 43 sur 113 · Falloux, Mémoires, 1. 1, p. oo · texte numérisé non relu

Falloux, Mémoires, 1. 1, p. oo

dait aux sentiments de la majorité que par sa volonté de resserrer encore la captivité morale du Président. Celui-ci, s'étant rendu compte des dispositions de ses ministres, leur échappa par un coup imprévu. Sans les avertir ni les consulter, il adressa un message à l'Assemblée. C'est tout naturel aux États-Unis, où le Président, seul responsable, considère ses ministres comme des commis. Ce ne l'est plus du tout dans une constitution qui établit la responsabilité ministérielle. Cette manifestation directe signifiait : « Je ne suis pas lié par mes ministres, ils ont leur politique, j'ai la mienne..» Et c'est en effet sa politique personnelle que, sans souci des opinions de MM. Dufaure, Tocqueville, Falloux, le Président exposait au pays, dans une langue d'une gravité haute et simple. Sa conclusion renouvelait ses déclarations antérieures : « Mes intentions sont conformes aux vôtres. Vous voulez, comme moi, travailler au bien-être de ce peuple qui nous a élus, à la gloire, à la prospérité de la patrie ; comme moi, vous pensez que les meilleurs moyens d'y parvenir ne sont pas la violence et la ruse, mais la fermeté et la justice. J'appelle sous le drapeau de la République et de la Constitution tous les hommes dévoués au salut du pays, je compte sur leur concours et sur leurs lumières pour m'éclairer, sur ma conscience pour me conduire, sur la protection de Dieu pour accomplir ma mission(6 juin). »

Les nouveaux ministres et le Président s'étaient

à peine salués et regardés, ils allaient s'expliquer, quand un appel aux armes retentit à la tribune.

Louis-Napoléon avait trouvé les affaires extérieures en aussi mauvais état que celles de rintérieur. Pendant qu'il installait avec peine son gouvernement, elles avaient continué à s'assombrir.

En Allemagne, le roi de Prusse, ayant rétabli Tordre chez lui, persistait à porter le désordre dans le Sleswig et à y défendre la révolution contre le souverain légitime du pays K Son général Wrangel battait les Danois et s'avançait vers le Jutland. Les menaces de la Russie et de la Suède, soutenues par les bons offices de l'Angleterre, obtinrent à grand'peine à Malmoë un armistice de sept mois.

Cet arrêt contrariait les vues de la démagogie allemande réunie à Francfort, autour du Parlement. Elle entre aussitôt en effervescence, se soulève, massacre deux députés prussiens conservateurs, le prince Lichnowsky et le général d'Auerswald. L'ordre n'est rétabli que par l'arrivée de bataillons autrichiens et prussiens, et grâce à leur protection le Parlement

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