‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 3)Chapitre 5 sur 113 · A Joseph, le 6 septembre · texte numérisé non relu

A Joseph, le 6 septembre

brave, déclarait la guerre une barbarie organisée. Enthousiaste de Jean- Jacques Rousseau, ami de Bernardin de Saint-Pierre, il préférait les lettres aux affaires. Une maladie précoce, des rhumatismes qui Tempéchaient de se mouvoir et de se servir de Tune de ses mains à laquelle on était obligé d'attacher une plume afin qu'il pût signer, altérèrent son humeur, le rendirent quinteux, susceptible, tatillon, amer, et malgré ses qualités, fort désagréable, à ceux qui l'entouraient. Dans sa voiture à Florence, il avait fait établir deux cordons communiquant extérieurement avec le cocher et indiquant les deux directions opposées : il tirait l'un, puis aussitôt après l'autre, et le pauvre diable de cocher ne savait à quel saint se vouer. Tel il fut toute sa vie. Quand il était roi de Hollande il changeait d'avis, a-t-on dit, trois fois par jour.

Hortense était une svelte personne aux yeux bleus, au teint éblouissant, à la voix vibrante, claire, douce, insinuante; toute séduction et agrément, quoique sans beauté. D'un esprit gai, brillant, léger, d'une humeur capricieuse, avide de mouvement, de distractions, aimant la peinture, la musique, la toilette, le bel esprit des conversations, les parties de plaisir, les fêtes, d'une bonté pour tous qui ne se défendait pas assez de dégénérer en préférence pour quelques-uns, d'une amabilité côtoyant de si près la coquetterie qu'il était souvent malaisé de l'en distinguer, elle détonnait de toutes manières sur

la morosité grave et sentimentale de son tranquille mari. De semblable ils n'avaient que l'opiniâtreté, agréable chez elle, grincheuse chez lui: on l'appelait, elle, la douce entêtée. Ils eurent de la peine à s'accorder à peu près. Cependant de leur union naquirent trois fils, tous légitimes, quoi qu'en ait dit la calomnieuse histoire de la haine. Hortense ne fut jamais pour son beaupère qu'une fille tendre, dévouée, respectée : si la douleur que l'Empereur ressentit de la mort du premier des enfants de son frère (5 mai 1807) fut vive, c'est parce que, sur la tête de ce jeune Napoléon, remarquable par sa beauté, sa précoce intelligence, il avait placé ses espérances d'hérédité. Il est aussi faux d'attribuer à l'amiral hollandais Verhuel la paternité du troisième enfant, Louis-Napoléon (né le 20 avril 1808). L'amiral se trouva en effet aux Pyrénées dans les mois qui précédèrent la naissance, mais à Barèges et non à Cauterets, où il vint une seule fois dîner avec la reine en courtisan cherchant la faveur, non en favori qui en jouit, tandis que le roi Louis, réconcilié avec sa femme à la suite de la mort de leur fils aîné, vivait avec elle dans une complète intimité maritale*.

La mésintelligence entre les époux ne recommença qu'à Paris, sur le refus d'Hortense de venir en Hollande faire ses couches. Le prince Louis naquit rue Cerutti (aujourd'hui rue

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