Mémoires du maréchal de Gastellane
Laffitte). Joséphine annonce joyeusement la nouvelle à Louis : «. C'est un prince! Il est beau, il est charmant; il sera grand homme comme son oncle : espérons qu'il ne sera pas boudeur comme soïi père. » « J'espère, ajoutait Napoléon à Hortense, qu'il sera digne de son nom et de ses destinées. » L'enfant, baptisé à Fontainebleau en 1810, eut pour parrain l'empereur et pour marraine Marie-Louise.
L'Empereur n'était satisfait de son frère ni comme roi de Hollande, ni comme mari. Il le trouvait trop bon comme roi et pas assez comme mari. Il ne le lui laissait pas ignorer : « Un prince qui, dès la première année de sa vie, passe pour être si bon est un prince dont on se moque à la seconde. L'amour qu'inspirent les rois doit être un amour mâle, mêlé d'une respectueuse crainte et d'une grande opinion d'estime. Quand on dit d'un roi que c'est un bon homme ou un bon père, si vous voulez, peut-il soutenir les charges du trône, comprimer les malveillants et faire que les passions se taisent ou marchent dans sa direction ? Ayez dans votre intérieur ce caractère paternel et efféminé que vous montrez dans votre gouvernement, et ayez dans les affaires ce rigorisme que vous montrez dans votre ménage*. » Louis, fatigué de ces remontrances et ne pouvant être ni roi ni mari à sa guise, se débarrassa à la fois de son royaume et de sa femme. Il abdiqua au profit de ses enfants
L PjiVKENSTEIN, 4 Evril 1807.
«t s'enfuit à Tœplitz. Il s'y consola en dissertant avec Gœthe sur la rime française et sur les^rois unités. (( On voit bien, disait Gœthe, que les causes de son abdication sont nées avec lui. »
Napoléon riposte en décrétant : « qu'il n'y a plus de royaume de Hollande (10 juillet 1810) ». Cet acte lui parait avoir « cela d'heureux qu'il émancipe la reine, et cette infortunée fille va Tenir à Paris avec son fils, le grand-duc de Berg; cela la rendra parfaitement heureuse* ». Il n'a pas cependant méconnu toujours les torts d'Hortense: « Quelque bizarre, quelque insupportable que fût Louis, il l'aimait, et, en pareil cas, avec d'aussi grands intérêts, toute femme doit être maîtresse de se vaincre et avoir l'adresse d'aimer à son tour^ »
Restée seule à Paris, Hortense contracta avec le général de Flahaut une liaison depuis longtemps dans les données publiques de l'histoire. Le père de Flahaut, beaucoup plus âgé que sa femme, emprisonné sous la Terreur, parvint à •s'évader. Dans la cachette sûre où il vivait, on raconta devant lui que son avocat venait d'être arrêté comme soupçonné de lui donner asile ; il quitte sa retraite, se rend à la Commune, justifie l'innocent, est envoyé à la guillotine. Sa femme, restée veuve très jeune, se consacra à l'éducation de son fils, et publia quelques romans, « qui n'offrent pas le développement de