‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 3)Chapitre 53 sur 113 · Farini, t. IV, p. 246 à · texte numérisé non relu

Farini, t. IV, p. 246 à

plus cruelle. Le choléra et la famine Tachevèrent, elle tomba sous un sabre inexorable (24 août 1849). Manin, son grand dictateur, se réfugia en France et ne la rendit pas responsable de la cruelle nécessité qui, sous la menace d'une coalition européenne, nous avait obligés de respecter le traité de Campo-Formio, malgré notre désir ardent de le déchirer.

Après la chute de Rome et de Venise tout fut fini en Italie comme en Prusse et en Autriche.

Cette ruine de Fespérance des peuples était l'œuvre et la joie du tsar Nicolas, plus imposant et plus adulé, plus triomphant et plus altier que ne le furent jadis Alexandre et Metternich. 11 avait été Tâme de la réaction qui couvrait maintenant TEurope d'un voile de deuil. Quand on l'avait appelé il était accouru, comme dans les Principautés Danubiennes et en Hongrie ; il serait descendu en Italie si Radetsky eut faibli, et dans le Jutland si le roi de Prusse n'eût pas arrêté Wrangel. Où il ne combattit pas il conseilla. Il avait excité l'Autriche à ne pas céder la Lombardie et à exiger le maintien des délimitations territoriales de 1815. Il avait blâmé les concessions de son beau frère de Prusse. « 11 gâte le métier » , disait-il. Il affectait de parler irrévérencieusement du gouvernement pontifical : « Nous ne concevons rien, disait-il à Lamoricière, à ces fonctions temporelles remplies à Rome par des ecclésiastiques, mais peu nous importe la manière dont ces calotins s'arrangent^ pourvu qu'on fasse là quelque chose qui tienne. »

Et oéanmoins il avait envoyé son ambassadeur à Gaëte auprès de Pie IX, rappelé celui de Turin, et laissé sans réponse les lettres par lesquelles Victor-Emmanuel lui notifiait son avènement. Après la réduction de la Sicile il avait écrit au général Filangeri, comme s'il eût été un de ses sujets, pour le complimenter de sa conduite. Il pontifiait et régentait; sa volonté paraissait Toracle des princes ; Taxe du monde politique ne se trouvait plus à Paris, à Londres ou à Vienne; il avait été transféré à Saint-Pétersbourg.

Il semblait qu'on allait assister à une troisième réaction, semblable à celles de 1819 et de 1832 ou même pire. Mais deux différences considérables distinguaient 1849 de 1819 et de 1832. En 1819 et en 1832, les idées libérales sombrèrent en même temps que les idées révolutionnaires. En 1849, les idées libérales surnagèrent au naufrage des idées révolutionnaires. L'empereur d'Autriche lui-même se crut contraint de dire dans son manifeste d'inauguration : « Reconnaissant par notre propre conviction la nécessité et le prix des institutions libres et modernes, nous nous engageons avec confiance dans le chemin par lequel nous devons être conduits à la trans-^ formation et au rajeunissement de toute la monarchie. » En Prusse et en Piémont subsistaient deux constitutions libérales, dont aucune interprétation pharisaïque ne détruirait l'efficacité. D'un bout de l'Allemagne à l'autre, la perpétuité des rentes foncières, les dîmes seigneuriales, les corvées, les droits de mutation, de cliasse, de

justice, les derniers débris de la féodalité demeuraient abolis avec la sanction des princes. Enfin en 1819 et en 1832 personne n'avait l'autorité ni la volonté de s'opposer à Alexandre ou à Metternich. En 1849 au contraire, est entré en scène un personnage puissant et résolu, qui va braver le Tsar réputé invincible, lui résister, l'abattre, relever les causes vaincues, et, assagissant la révolution de 1848, lui rendre les avantages qu'elle semblait avoir perdus à jamais.

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