‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirs (volume 3)Chapitre 52 sur 113 · I. 10 avril · texte numérisé non relu

I. 10 avril

et fut nommé député en 1842 avec d'autant plus d'entrain qu'on saluait en lui un des favoris du règne futur. Quoique la mort du duc d'Orléans eût détruit ces perspectives, il conserva son siège. Dans des circonstances délicates il soutint fermement le cabinet Guizot, et il acquit le renom d'un homme d'esprit et de courage. Il ne tarda pas à y ajouter celui d'homme clairvoyant. « Si ce mouvement continue, disait-il à Guizot en 1847, si l'on va où il pousse, nous arriverons je ne sais où, à une catastrophe.il faut l'arrêter à tout prix, et on ne le peut que par quelques concessions. » Le 24 février le consterna, compromit sa position financière, le jeta dans un tel découragement qu'il ne se présenta pas à la Constituante et qu'il devint... légitimiste, la forme du désespoir politique du moment. Quand Véron le consulta sur le parti à prendre dans l'élection présidentielle, il ré.pondit d'un ton aigri, presque avec mauvaise humeur: « Je ne connais pas le prince Louis, je ne l'ai jamais vu. » Vieillard le lui fit connaître et voir. Ils se donnèrent une poignée de main sans aucune explication et ils se rapprochèrent par ce qu'ils ne se dirent pas plus que par ce qu'ils se dirent. D'abord Morny le prit d'un peu haut et parut vouloir régenter. Fleury le prévint que cette manière ne réussirait pas. Il s'assouplit, devint déférent, et peu à peu s'avança au premier rang dans la confiance et dans la faveur.

Rome futvite réduite aux extrêmes. Garibaldi, son défenseur, se montra dès lors ce qu'il sera toujours, aussi valeureux soldat qu'inepte général *. Mazzini parla de faire de la ville un amas de cendres sous lequel il s'ensevelirait. Les Romains enfin réveillés ripostèrent qu'ils n'enviaient pas le sort de Saragosse, qu'ils préféraient le Vatican et Saint -Pierre à la meilleure des républiques, et ils ne permirent pas aux torches de s'allumer. Mazzini renonça à s'ensevelir et s'enfuit, Garibaldi l'imita quoiqu'il n'eût rien à redouter de nous, et notre armée entra sans coup férir, au soulagement du grand nombre. Notre occupation fut clémente. A l'exception de Cernuschi, arrêté à Civita-Vecchia et plus tard remis en liberté, on laissa s'é- •vader les triumvirs et tous les hommes compromis avec des passeports anglais et américains, on en délivra de. français à quiconque en voulut. Ni proclamations féroces, ni supplices; on demanda les armes, on ne les arracha pas ; pas d'exactions non plus; tandis que l'occupation autrichienne accablait l'État pontifical, la nôtre ne lui coûta rien*.

La chute de Venise suivit celle de Rome et fut

1. Farini, loStato Ponlificio, t. IV. « Tanto valoroso condottiere quanto inetto générale. »

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