Emile db Girardin
TAssemblée. Celle-ci voulut rendre le gouvernement responsable de ces excès de presse, bien qu'elle trouvât naturels ceux non moins graves des journaux monarchiques. Elle cita devant elle le Pouvoir^ le condamna. Les déclamations contre le coup d'jùtat redevinrent à la mode, et les déclarations constitutionnelles du ministère recommencèrent: « C'est une calomnie, dit Baroche. La seule préoccupation de jour et de nuit des ministres, c'est le maintien de ce qui est... Les coups d'État sont impossibles tant que les hommes qui sont sur ces bancs seront au ministère. » Affectant de n'être pas rassurée, l'Assemblée, en se séparant du 11 août au 11 novembre, nomma une commission de permanence, composée des ennemis déclarés de l'Jiilysée, Changarnier en première ligne.
Pendant la prorogation les partis monarchiques affichent de plus en plus ouvertement leurs visées. Le Comte de Chambord appelle à Wiesbaden (10 août) ses futurs ministres ou sujets. Il donne des instructions, arrête des programmes et prononce l'excommunication contre ceux de ses amis qui, avec La Rochejaquelein, adhèrent au système de l'appel au peuple, « négation du grand principe national de l'hérédité monarchique, dont la restauration est l'unique moyen d'arracher la France aux convulsions révolu-
tionnaires ». Louis-Philippe étant mort sur ces entrefaites (28 août), les orléanistes se retrouvent à Claremont, et aux hommages rendus à leur roi mêlent les débats sur la fusion. A Paris, Changarnier fait célébrer une cérémonie funèbre dans le palais même des Tuileries. « Cérémonie très sainte et très respectable dans son objet, mais très hardie dans son local, cérémonie à laquelle il convie les derniers ministres des rois de la dernière dynastie, comme si les Tuileries eussent été une maison patrimoniale et non le palais de la nation et le quartier général de la République, comme s'il n'eût pas eu sur toute la terre de France un autre arpent de sol neutre pour dresser un autel et élever la libre et touchante prière de cœur à la mort* . »
Les journaux commentent, exagèrent, enflent ces manifestations et annoncent le retour de la monarchie. A quoi les bonapartistes répondent par des cris redoublés de: « Vive FEmpereurl » Le seul cri qu'on n'entende jamais nulle part est celui de : « Vive la Constitution ! » Les révolutionnaires ne restent pas non plus muets et inactifs : ils prêchent l'avènement de la sociale et ils le préparent.
A la suite des journées de Juin, à côté des nombreuses sociétés secrètes déjà existantes, s'était constituée sous le patronage de Ledru- RoUin à Londres et de son ami Delescluze à Paris, une société non moins secrète, la Nou-