‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirsChapitre 19 sur 155 · Gâstellane. « Vous savez comme il écoute bien · texte numérisé non relu

Gâstellane. « Vous savez comme il écoute bien

que mon fils sera ainsi? — Non, répondit-elle, car il a de la sévérité dans le visage. — Tant mieux! S'il doit gouverner, il ne faut pas qu'il -soit faible. »

Son infériorité était que, très instruit des théories de la guerre et de la diplomatie, très familier avec les idées générales de la politique et de l'histoire S il ignorait les détails et ne les aimait pas, sauf les détails militaires . « Gouverner c'est bien, disait-il tristement, mais il faut encore administrer. » Etil en était incapable. Il le sentait, -cela le rendait défiant de lui-même, et donnait autorité sur son esprit à des hommes qui lui étaient inférieurs, mais qui, connaissant les routines de l'administration, des finances, et de la législation, lui en imposaient ou l'embarrassaient par de prétendues impossibilités techniques auxquelles il ne savait rien opposer.

Les ministres en abusaient. Par courtisanerie, pour ne pas compromettre leur position, ils se donnaient rarement le courage et la peine de dire non, puis ils agissaient comme s'ils l'avaient dit, suivant leurs volontés et non les siennes, ne

i. Castellane, 7 août 1873. « L'Empereur qui sait beaucoup. » Sa compétence en matière militaire frappa le colonel RooN, Mémoires, t. I, p. 252 : « Ses traits s'animent parfois, et d'une façon surprenante aussitôt qu'un sujet favori est introduit dans la conversation. C'est de cette façon vive qu'il s'est exprimé sur différents sujets militaires (notamment sur l'artillerie). Il le fit avecune étonnante connaissance des choses et un intérêt visible. Cette conversation montra la franchise et la libre allure de sa pensée ainsi que sa compétence en matière militaire. »

les heurtant pas, les tournant. Par un très petit exemple on jugera de leurs procédés. Un beau logement était vacant dans un des bâtiments de l'État. — Vous le donnerez, dit TEmpereur, à M. Guignant, un savant fort estimé. — Certainement, Sire, répond le ministre d'État. — Mais celuici avait résolu de réserver Tappartement à un autre savant, son protégé, M. Beulé. Il découvre dans un coin de l'édifice quelques mauvaises chambres inhabitables ; il les attribue à M. Guignant, qui ne peut les occuper, et installe M. Belilé dans le beau logement. — Avez-vous faites que je désire pour M. Guignaut? demande l'Empereur quelques jours après. — Certainemement. Sire. -

n en allait ainsi dans les affaires plus importantes. L'Empereur n'était pas sans s'en apercevoir parfois ; souvent il en était avisé par la dénonciation d'un rival aux aguets, par la lettre d'un informateur subalterne, par le hasard. Alors il gourmandait le ministre pris en faute : « Je suis responsable de fait et de droit de tout ce qui se passe, écrivait-il à Vaillant, et j'en ignore cependant une grande partie. Si j'envoie directement un officier prendre des informations sur les lieux, tous les agents se concertent pour les lui déguiser, et s'il signale un de ces mille abus inséparables de la nature des choses, on lui garde rancune au lieu de lui savoir gré. » (7 février 1856.) A Persigny, il écrivait : « 11 faut bien que les ministres se pénètrent de l'esprit de la Constitution qui les rend responsables

vis-à-vis de moi seulement, ce qui revient à me rendre responsable de leurs actes. Ils ne doivent donc rien faire d'important sans mon assentiment. » (9 février 1863.) Les ministres s'inclinaient, promettaient de ne plus recommencer, et recommençaient incontinent, sauf à prendre mieux leurs précautions afin de n'être pas surpris de nouveau.

« Gouverner par lui-même, a dit Saint-Simon de Louis XIV, fut la chose dont il se piqua le plus, dont on le loua et le flatta davantage et qu'il exécuta le moins. » Il serait injuste d'*applîquer sans restriction un jugement pareil à Napoléou 111. Surtout dans la première portion de son règne, il a réellement gouverné lui-même; dans les hautes sphères, il a été vraiment le maître de sa politique. Même alors, et à plus forte raison plus tard, quand l'implacable maladie eut affaibli son activité, il n'a pas été dans les détails de l'exécution plus obéi que Louis XIV ni moins mal secondé*. G'était vrai dans la politique intérieure et surtout dans la politique extérieure.

4. Castellane. « J'ai dit à Sa Majesté qu'elle avait les meilleures idées du monde, mais qu'elle ne pouvait pas faire les détails, et que sous ce rapport elle n'était pas bien secondée. )>

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