‹ L'empire libéral; études, réits, souvenirsChapitre 22 sur 155 · A M. Gréard, 17 mars · texte numérisé non relu

A M. Gréard, 17 mars

Cette opposition, quoiqu'elle n'eût guère prise sur Topinion publique, agaçait le gouvernement. Cependant il ne fit pas usage contre elle de la force dont il disposait. II ne songea jamais à intimider les commérages hostiles par les basses délations de police en usage chez les gouvernements scélérats; il ne se servit pas du droit dont Louis XIV avait souvent usé, de ne pas approuver les nominations académiques déplaisantes. L'Empereur reçut avec bonne grâce les harangues discourtoises des récipiendaires ennemis; il ne se vengea du refus de Berryer de venir lui rendre la visite d'usage que par une lettre spirituelle de Mocquard à son ancien ami : « L'Empereur regrette que dans M. Berryer les inspirations de l'homme politique l'aient emporté sur les devoirs de l'académicien. Sa présence aux Tuileries n'aurait pas causé l'embarras qu'il semble redouter. De la hauteur où elle est placée, Sa Majesté n'aurait vu dans l'élu de l'Académie que l'orateur et l'écrivain, dans l'adversaire d'aujourd'hui que le défenseur d'autrefois. » A l'Académie des Sciences morales et politiques on intervint, un décret ajouta aux trente membres qui la composaient dix membres nouveaux, choisis parmi les amis et serviteurs du gouvernement*.

Les journaux intimidés se rangèrent docilement à la discipline nouvelle et l'on n'eut que bien rarement à les frapper. La résistance aux

K Décret du 14avriH85o.

tentatives des députés parlementaires du Corps législatif était confiée à Morny, c'est dire qu'elle fut à la fois ferme et souple. La liberté de parole fut toujours respectée. Rouher, alors président de section au Conseil d'État, y voulut être dictatorial. « Il ne comprenait pas, dit-il un jour, qu'on parlât des privilèges du pays quand il ne devait être question que des prérogatives de la Couronne*. » Morny désapprouva ces façons et grâce à lui la résistance fut à chaque instant tempérée par des concessions. On retira, devant le mécontentement de la majorité, deux lois, l'une sur une indemnité à accorder à la veuve du maréchal Ney, l'autre édictant la mort et la confiscation comme peine de l'attentat contre la personne du souverain et contre l'ordre de successibilité au trône; sur les doléances des commissions du budget et de leurs rapporteurs, le gouvernement promit de ne pas ouvrir des crédits supplémentaires ou extraordinaires pendant les sessions, de soumettre les crédits supplémentaires ouverts hors session à la sanction de la Chambre dans la session qui suivrait la clôture de Texercice, les crédits extraordinaires dans la session la plus prochaine. Montalembert, redoublant chaque jour de violence afin d'obtenir « l'amnistie de ses quatre dernières années et une réintégration glorieuse dans sa ligne primitive^ », avait écrit à Dupin, à propos d'un discours de ce dernier dans un comice, une lettre violente contre TEm-

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