Garibaldi, Memorie, seconde periodo, cap. xi
pour quelque temps il appela son grand ami. • Manin ne se contenta pas d'écrire ; il fit constituer par Lafarina et Pallavicino une vaste association nationale en faveur de l'Unité sous la maison de Savoie, destinée à envelopper ritalie entière de son réseau serré.
La secte cependant ne se résignait pas à la raison. Où Fa-t-elle jamais fait? Elle n'osa pas attaquer Garibaldi, dès lors couvert d'une sorte d'immunité populaire, elle se déchaîna contre Manin. Sans sa notoire pauvreté, elle l'eût accusé d'être vendu; elle lui reprocha d'avoir trahi l'honneur en reniant sa foi républicaine. Manin répondit avec simplicité : — « Penseur, je crois que la république est le meilleur des gouvernements et que l'exercice de la liberté est plus large et plus sûr avec la forme fédérale. Homme politique, je vais avec un soin patient cherchant ce qui est pratiquement possible, et quand je crois l'avoir trouvé, je m'applique à diriger mon action dans la voie que j'estime conduire à cette possibilité pratique (22 janvier 1856). » — Puis il continue son œuvre, sans daigner s'expliquer davantage. De plus en plus le grand nombre le suivit; Mazzini demeura presque seul, enveloppé dans son nuage de phrases vides, soufflant des projets scélérats ou insensés à quelques fanatiques sans cervelle.
Un puriste en politique, tel que Balbo et pe utêtre d'Azeglio, eût repoussé des concours comprojQiettants ; Cavour les accueillit avec autant d'empressement qu'il avait accueilli autrefois Rattazzi
et après le connubio centre gauche, il accomplit sans plus de scrupules le connubio démocratique.
Est-ce à dire qu'il fut dès lors converti à l'idée de rUnité de l'Italie avec Rome capitale? Non certainement. 11 croyait encore avec tous ses amis que rUnité était alors un rêve irréalisable^; son ambition n'allait pas au delà d'un Piémont agrandi par le Lombardo-Vénitien, les Duchés, peut-être les Légations; il ne songeait pas même à la Toscane; il jugeait irréalisable d'acquérir Naples et, à plus forte raison, d'installer son roi à Rome. Il songeait si peu à l'unité qu'il raiUait ceux qui en rêvaient : « J'ai eu une longue conférence avec Manin, écrivait-il de Paris à Rattazzi ; c'est toujours un utopiste, il n'a pas abandonné l'idée d'une guerre purement populaire; il croit à la puissance de la presse dans les temps orageux ; il veut /' Unité de J! Italie et autres balivernes^. » — Quand Boncompagni, en 1856, fut .envoyé légat à Florence, Cavour lui dit clairement: « Toutes nos ambitions s'arrêtent al di qua deir Apennino (en deçà de l'Apennin) ^. »
Entre les nouveaux alliés existait donc encore un dissentiment, mais qui n'était pas fondamental, puisqu'il ne s'agissait que du plus ou du moins.
\ . Minghetti le dit formellement à Pie IX à Bologne : VUnita oranonpuoesserecheiinsogno di Mazzini. » Ricordi,i, III, p. 180.
2. Lettre du 12 avril 1856. « Crede alV efficada délia stampa in tempi procellosi ; vuole rUnitd d^Italia el altre corbellerie. » M. Ghiala a supprimé ce passage dans la reproduction de cette lettre et l'a remplacé par des points (t. Il, p. 373). C'est Rattazzi qui me l'a donné.