Ricordi,L III,Jo
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triche. Il serait Tobslacle à runification. Quiconque travaille en faveur de Murât trahit nialie\ »
Il excommunia en conséquence Montanelli atteintde ce soupçon : « Madame, écrit-il à Daniel Stern (4 décembre 1856), voici le danger qui me paraît menacer Tltalie. On préparerait à Naples, par de l'argent et des promesses , une manifestation populaire factice en faveur du prince Murât , qui amènerait dans cette ville un proconsul français et par compensation un proconsul anglais à Palerme. Tout homme intelligent doit comprendre que ce serait pour l'Italie un grand malheur. Je peûse^ et je dis hautement que, quiconque favorise cette solution antinalionale , commet un crime. On peut favoriser le muratisme par l'action et parla parole, mais on peut aussi le favoriser par l'abstention et par le silence. Lorsque la patrie est en danger, quiconque ne la défend pas, la trahit. Quand même je me serais trompé dans l'interprétation de la parole écrite et parlée de M. Montanelli, qui pourtant m'a paru et me parait très claire, il resterait toujours le fait incontestable que voici : Les journaux anglais, italiens et belges ont dit plusieurs fois que M. Montanelli était un des chefs de la coterie muratiste. Il n'a jamais démenti ce bruit. Son silence, accréditant la croyance que ces journaux avaient dit la vérité, a mis au service de l'idée muratiste l'autorité très grande qui s'attache à
i. Lettres des 15 septembre et 19 novembre 1856.
son nom. — J'affirme que, quand même on n'aurait à lui reprocher autre chose que son silence, on serait fondé à dire qu'il favorise les intrigues du prince Murât et de ses partisans. J'aime les positions nettes; et je n'ai pas grande confiance dans l'habileté trop habile. — Dès que M. Montanelli aura déclaré publiquement, sans équivoques et sans réticences qu'il désapprouve les prétentions muratistes, je m'empresserai de déclarer que je me suis trompé à son égard. Jusque-là, je persiste dans mon opinion. »
Manin crut qu'il ne délivrerait réellement Cavour et le Piémont de l'embarras républicain, que s'il gagnait à la monarchie de Savoie les sympathies des républicains français. Il s'y employa, se fit véritablement frère quêteur d'adhésions. Dès que son double métier de gardemalade et de professeur le lui permettait, il allait de porte en porte, doux, caressant, insistant, persuasif; s'il n'obtenait pas le concours il demandait l'abstention. Il trouva un auxiliaire précieux en la personne de notre historien Henri Martin.
C'était un personnage singulier que cet Henri Martin. Les délicats de l'esprit ou de la littérature le raillaient volontiers. Sainte-Beuve disait de lui : « Il lui faut toujours une idée fixe, mais bien grosse, bien grosse. » Thiers et Cousin s'en entretenaient un jour. Il est... commençait à dire Thiers. — Si bête! interrompit Cousin. — Ce n'est pas moi qui l'ai dit, riposta Thiers en riant. — Homme à idée fixe, oui; bête, non. Il était
même intelligent et son histoire a certainement du mérite, ne serait-ce que celui du travail opiniâtre. Sa vie sérieuse et probe était de toute manière respectable, il ne manquait pas même de droiture, mais droiture de sectaire, de nature particulière, et qui contre l'adversaire, le damné, se donne toute les licences. Sectaire, c'est là son trait principal ; il Tétait en toute matière et il lui avait fallu un grand effort sur lui-même et surtout le vif désir d'obtenir le prix Gobert, pour qu'il se résignât à rendre justice à nos rois et à Louis XIV. Il s'est rattrapé dans l'histoire contemporaine où, sous un faux air de modération, il est d'une cynique iniquité. Il fît son idée fixe de Manin et de l'Italie ; il prit le dictateur vénitien sous son bras et de son pas précipité, avec son air allumé, il le conduisit partout où il avait accès et surtout dans les bureaux du Siècle^ le journal populaire d'alors.
Au Siècle, trônait en dictateur Léonor Havin, un ancien député de gauche sous Louis-Philippe, très anticlérical comme on disait. Henri Martin et Manin le convertirent d'autant plus facilement à la cause piémontaise, qu'il savait mettre ainsi un paratonnerre sur son journal en flattant les instincts connus du maître. Le concours delà Presse, des Débats, journaux indépendants, rédigés avec beaucoup plus de talent, mais sans le marne crédit populaire, était déjàassuré. Quelques abonnements opportuns, une pluie de rubans verts, répandue à propos dans le monde des journalistes, achevèrent d'animer les zèles, et peu à
peu, comme après 1830, la défense de l'Italie, le désÎT de sa délivrance devinrent le thème habituel des journaux démocratiques; nos républicains, intransigeants chez nous, se convertirent en Italie en fervents monarchistes ; quiconque ne partagea pas leurs transports émancipateurs fut honni. Ainsi se prépara dans le peuple cet état favorable d'opinion sans lequel les projets de l'Empereur eussent été irréalisables.
Manin, qui avait l'âme haule, fut sincèrement ému du succès de sa propagande et de l'enthousiasme avec lequel nous embrassâmes une fois de plus la défense des faibles. Il manifestait ses sentiments avec effusion dans une lettre à un des rédacteurs du Siècle : « Puisse bientôt l'Italie, indépendante et une, être en état de payer sa dette de reconnaissance envers votre pays, pour l'hospitalité affectueuse qu'y reçoivent ses proscrits, pour les généreuses sympathies qu'y inspirent ses malheurs. Les deux peuples sont frères, et quand les entraves de l'iniquité seront brisées, ils marcheront côte à côte, comme alliés sur les champs de bataille, et comme émules dans la carrière de la science et de l'art (avril! 857). »
Tout en caressant les républicains, Manin se gardait bien de froisser celui sans les canons de qui les canons piémontais eussent été encloués par les Autrichiens ; il écrivait à Lorenzo Valerio : « Tant que Rome a une garnison française, elle ne doit pas s'insurger; avec le plus grand soin et à tout prix, évitez ou écartez toute occa-
sion ou tout prétexte de collision avec les soldats français (28 mai 1856). » Effrayé de l'attentat de Pianoriy et redoutant que d'autres forfaits pareils ne vinssent exaspérer les esprits et les dégoûter du pays d'où venaient les assassins, croyant d'ailleurs nécessaire, lui aussi, de se séparer de Mazzini, il flétrit la théorie de l'assassinat politique : « Il existe un grand ennemi de l'Italie que le parti national doit combattre sans trêve et sans miséricorde : c'est la théorie de l'assassinat politique, la théorie du poignard. Italiens, il est temps que nous nous débarrassions de cette lèpre, que nous nous purifions de cette souillure ; nos mains doivent être nettes! y> (26 mai 1856.)
Ces petites lettres de Manin portées sur leurs ailes légères arrivent en un instant aux extrémités de la péninsule. En 1848, elles eussent fait lapider leur auteur. Mais les temps h présent étaient mûrs: elles le rendent le chef extérieur du mouvement national, elles produisent la concentration patriotique sans laquelle l'œuvre nationale eût échoué en 1859, non moins piteusement qu'au temps où Cernuschi déclarait préférer les Autrichiens à Turin aux Piémontais à Milan. De toutes parts arrivèrent les adhésions; les plus notoires furent celles delfap|anelli, A tto Vannuci, Ruffoni, Salicetiy Meda^ ^V?*^ surtout celle
de Garibaldi. Avec rhomme à la chemise rouge c'était plus que la république, c'était la démagogie prêtrophobe qui s'inclinait devant la maison de Savoie.
Garibaldi n'équivoqua pas et n'opéra pas sa conversion àdemi : « Quand la belle résolution de Manin et de Pallavicino de constituer la patrie italienneavecVictor-Emmanuel,a-t-il écrit, me fut communiquée à Caprera, elle me trouva dans le même credo politique. N'avait-ce pas été la conception de Dante, Machiavel, Pétrarque, et de tant de nos grands hommes? Je puis le dire avec orgueil: J'ai été, je suis républicain; mais en même temps je n'ai pas cru le système populaire exclusif au point de devoir s'imposer par la violence à la majorité d'une nation. Dans un pays libre, où la majorité vertueuse du peuple, librement veut la république, le système républicain est certainement le meilleur. Donc me trouvant dans le cas de voter, comme cela m'est arrivé à Rome en 1849, je voterais toujours dans ce sens, et tâcherais de convertir la foule à mon opinion. Mais la république n'étant pas possible, du moins maintenant, soit à cause de la corruption de la société, soit à cause de la solidarité dans laquelle se tiennent les monarchies modernes, et l'occasion s'offrant de faire l'unité à l'aide des forces dynastiques et nationales réunies, j'ai adhéré d'une manière absolue ^ » Il se déclara dès juillet 1856. En août, il alla visiter Cavour que