‹ L'Empire mexicain histoire des Toltèques, des Chichimèques, des Aztèques et de la conquête espagnole par le vicomte Th. de BussierreChapitre 19 sur 45 · CHAPITRE DIX-Hl'ITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-Hl'ITIÈME

Mines, arclii lecture, maisons, meubles de l'Analiuac — Peinture , sculpture et astronomie de ces peuples.— Leurs plaisirs 4 leurs divertissements el leur langage.

La description du marché de Tlalilolco nous adonné occasion de parler du développement que l'industrie avait pris dans l'empire de l'Anahuac. Toutefois il est quelques détails auxquels nous devons nous arréier encore.

Les orfèvres, les ciseleurs, les émailleurs, lesbijoutiei'sdcs trois royaumes étaient d'une habileté merveilleuse. L'éloge magnifique qu'en a failCortèsdans ses lettres àCharles Quint 1 , en envoyant à l'empereur divers travaux de ces artistes, ne permet pas le plus léger doute à cet égard. Il est donc évident que les peuples de l'Amérique centrale savaient exploiter les immenses trésors souterrains que renfermait le sol de leur pairie. Non-seulement ils recueillaient l'or et l'argent qui se trouvaient dans le sable des rivières et des torrents, ils cherchaient aussi ces métaux précieux dans les entrailles de la terre, au moyen de puits et de galeries; ils

• Mous citerons quelques passages de ces lettres dansla seconde partie de notre travail.

en suivaient les filons, et ils construisaient avec beaucoup d'art les fourneaux dans lesquels ils les purifiaient. De même ils exploitaient le cinabre, la pierre d'obsidienne, le plomb, l'éiain et le cuivre.

En alliant et en trempant ces deux derniers métaux, ils réussissaient à faire des instruments pour sculpter le porphyre et les roches les plus dures, et pour tailler toutes les pierres Unes que l'on trouvait en Amérique.

Quant a l'architecture domestique et monumentale des peuples de J'Anahuac, les écrits des conquérants espagnols et des missionnaires qui foulèrent les premiers le sol américain et l'aspect des ruines que l'on découvre dans les solitudes du nouveau monde nous donnent a ce sujet de précieuses indications.

Il parait que les maisons des pauvres, répandues dans les campagnes, étaient construites en briques crues et en roseaux et de la plus simple apparence. Elles étaient couvertes en gazon ou en feuilles d'aloès, et ne renfermaient en général qu'une seule pièce servant a toute la famille.

Mais le luxe architectural brillait dans les villes si nombreuses qui peuplaient l'Amérique centrale, en particulier l'empire de l'Ànahuac.

Les Ghichimèqucs , en arrivant dans la vallée, y avaient trouvé un grand nombre de cités, de temples, de palais, de pyramides, construits par les Toltcques, ou par des peuples encore plus anciens; ces produits d'un art antérieur servirent de modèles aux envahisseurs du Nord, ils les copièrent lorsqu'ils voulurent ériger eux-mêmes des monuments religieux ou civils'.

1 On trouve en différents litu\ i'.c l'Ainmriiin ci'utrali 1 . ainsi nue lions le disions on commençant cet ouvrage, des monuments qui ramante»!

à la civilisation première du pays. Les plus anciens de ces nmnu ils ,

qui si' I mu veut dans l'Ahiilinin- , smil lis ili'u\ Ljiundfs [ij mm Lies tic Suri- Juan de T™til!iiiiu-.:in , siltuVs iLms In pl..in<> h h [in-lij uh-.s 1 il' lus de Me.ùe e; suivant la tradition , ils ont servi de modèle au grand temple de IluiizilopocbtU, Elles formaient quatre immenses assises, et étaient consacrées au

Dans le dernier empire de l'Anahuac, les maisons et les édifices en général reposaient sur des socles très-hauts, pour prévenir l'invasion de l'humidité, et n'avaient guère qu'un étage, ù cause de la fréquence des tremblemenls de terre. L'architecture affectait de préférence l'antique forme pyramidale.

Les demeures des rois et des grands s'élevaient sur plusieurs vastes soubassements qui présentaient autant de majestueuses terrasses. La dernière de ces terrasses supportait une suite de corps de logis entourant des cours carrées au milieu desquelles se trouvait un temple, un autel, ou un bassin. Des escaliers extérieurs de dimensions colossales conduisaient à ces corps de logis, de gigantesques serpents sculptés en pierre leur servaient de rampes, et de fantastiques statues les décoraient. Des bas-reliefs couvraient les fills des colonnes et des pilastres, habituellement mono-

eo'éil et a la lunP , on moulait au\ aiilels plaies a leur* sommclo par un l.irsp esraliir fn pi.'ms il.: liiNc P.usiïurs n niâmes de pyramides J.jui,-, de neuf 3 M\ mètre*. di-.[W.-, <~\ furme u> rue- . dhvMtiwnl aux qualre (dt*9 iW deux Rrands inoiumeulu l£ tradition alfinue qu'elles étaient dedïtei out étoiles, et qu'nu \ .■nf.evf^suil W. cIikIs dp liibus.

A l'est de M groupe, nn lm»f, dans une éiiaisse tarât, une suite pyramide également ancienne, dite de l'auaalla . qui est a ù\ ou sept étages; elle est Mtie en belles pierres de taille et couverte d'hiéroglyphe.

i-l <li; jl.'lil>;-i llirlli'J s y liillli:illiMl t lH^iuSl'ls.

De tous les monument! pyramidaux du pajs, le plus célèbre est l'ancien Icocalll de Cliolullan , fondé par Qu citai eohuatl , et qu'on appelle aujourd'hui la montagne faite de main d'homme. Ses quatre assises, construites en briques et en argile , s'élèvent sur une ^aste plaine. Dédiée autrefois au dieu de l'air, la pyramide porte aujourd'hui sur sa plate- forme, qui a 1,300 mètres carrés de surface , une église entourée de cyprès et consacrée ù Holre-ltame de loa Remedios.

Citons encore parmi les anciennes constructions la pyramidede Xochicalco, ou la maton des fleuri, masse de roc haute de 1 1 7 mètres, taillée de imiiu d'hommes et entourée d'un large fossé. Ce monument a une plate-forme de 9,000 mètres carrés, entourée d'un mur en porphyre parfaitement taillé. Ces pierres sont couvertes de bas-reliefs de taille colossale. Parmi les figures qui les décorent , on remarque des crocodiles et des hommes assis, les jambes croisées, à la façon des Oricntau*.

Utiles, qui soutenaient les galènes extérieures des grands édifices.

La plupart dos maisons étaient bâties en pierres taillées de couleur rouge clair, légères et poreuses, unies au moyen d'un ciment ou d'un mortier de chaux , aussi solide que (in; de fort élégantes corniches décoraient extérieurement les demeures des personnes appartenant aux classes élevées; celles de la majorité de lu population étaient si parlai te me u l blanchies et lisses, que les Espagnols, en arrivant pour la première fois dans l'Anahuac, crurent voir des villes d'argent. Les pavés se composaient soit de grandes dalles, soit d'une sorte de béton très-bien fait.

Les maisons se terminaient généralement par des terrasses, entourées de parapets, ornées de Ileurs et d'arhusles, et (le l'aspect le plus gracieux. On s'y tenait le soir pour jouir de la fraîcheur. Sur quelques-unes des terrasses s'élevaient des tours servant de belvédères.

Un stuc coloré très-fin, et assez semblable à relui que l'on a découvert à l'ompei et à llerculanum, servait habiltiellement de revêtement aux appartements de la noblesse. Des arabesques, des grotesques, ries représentations d'animaux, de (leurs, de pf miles ;m\ brillant'.:?; couleurs, mais d'un dessin incorrect, décoraient les parois sluquée.s. L'orne ni cul. il ion des temples et. des habitations des rois, des princes et des riches clin aliers eh il in (miment plus recherchée encore; tantôt on se servait, pour parer ces somptueuses demeures, des tissus les plus lins et des plus belles mosaïques en plumes, tantôt on y employait le marbre, l'albâtre, le jaspe, le porphyre, les lames d'or ou d'argeni et même la cornaline, la turquoise et l'émcraudc.

L'ameublement consistait principalement en nattes, tapis et fourrures de différentes sortes; on avait pour s'asseoir et s'étendre des carreaux plus ou moins grands; on faisait usage de tables très-basses et des meubles divers qui servent à conserver les objetsdoiHonahesoin dans une maison bien

ordonnée. Les peuples du nouveau monde aimaient passionnément les bonnes odeurs : dans la plupart des appartements des grands seigneurs, il y avait des vases suspendus ou placés sur des trépieds, et dans lesquels on brûlait des parfums. Toutes les maisons des hautes classes possédaient leurs bains et leurs oratoires particuliers.

Los diverses ti'ibii? riiicimik'ijiiiv; ;i v;i ii-n i adopté tous les ai'ls du dessin de leurs devanciers tollèques, aussi bien que leur architecture. Us surent s'approprier entre autres le talent de transmettre le souvenir des foils au moyen des peintures hiéroglyphiques; ce genre de peinture remontait à la plus liaule antiquité dans l'Anauuac. Cependant, pour la perfection du dessin, il n'atteignit jamais le linî de l'écriture hiéroglyphique des Égyptiens.

Les peintures de l'Analiuac étaient de différentes sortes.

Les unes avaient pour objet la représentation propre des dieux, des rois, des grands hommes, des animaux et des plantes.

Le but des secondes était ïéo-r.qibique ou lopograpluque : elles donnaient, avec une iidélité qui causa un élonnemcnl extrême aux Espagnols, la carie d'une province, d'un district, d'une cote, d'un fleuve, ou d'une ville.

Les dernières eutin, les plus nombreuses de toutes, représentaient symboliquement les faits, les idées, et étaient destinées à perpétuer le souvenir de tous les événements importants, passés ou présents. L'histoire, le rituel du culte, les lois, ordonnances et jugements, la lisle des dil!ere:iis tributs, les tableaux généalogiques, le calendrier, la marche des saisons, les traités sur la médecine et l'astronomie, même un certain nombre d'hymnes et de poésies se conservaient de la sorte. Les sujets de l'empire avaient aussi l'idée du genre d'écriture désigné sous le nom de phonétique, et certains signes simples conventionnels servaient a indiquer les éléments, le jour, la nuit, les mois, les dates, la parole et les nombres.

Plusieurs milliers d'individus attachés aux académies étaient sans cesse occupés à composer ou à copier des manuscrite, sur papier d'agave, sur toile de coton, ou sur parchemin. Les couleurs de ces manuscrits hiéroglyphiques sont vives, tranchâmes et ont encore de l'éclat; mais les détails y sont multipliés à l'infini, et le dessin en est généralement mauvais. Les ligures humaines, que l'on y trouve en tresgrand nombre, sont courtes et trapues; les télés, vues toujours de profil, bien que l'œil se présente en face, sont ilëniiSnréiiieiil grosses; les pieds ont presque l'air de grilles d'animaux. 11 ne faut pas perdre de vue cependant que les hommes employés à peindre ces manuscrits étaient non des artistes, mais des scribes, qu'ils travaillaient vite et ne ivpn' sentaient que ce qui était indispensable à l'intelligence du récit, et que de plus ils devaient s'attacher fidèlement a. certains types traditionnels.

Les conquérants chichiméques de l'Anahuac imitèrent également, sans toutefois jamais les égaler, les sculptures de leurs devanciers ' . Le ciseau des artistes des trois royaumes multipliait les images des dieux, des rois et des héros, mais leurs statues et leurs Ixis-relifs présentaient les mêmes incorrections et le même système de dessin que leurs peintures. Ce sont des formes fantastiques dans lesquelles , comme le dit M. de Humholdt, le caractère de la figure humaine disparaît sous le poids des vêlements, des casques à tètes d'animaux carnassiers et des serpents qui entortillent le corps. L'illustre savant explique cette bizarre condition de la sculpture par l'influence d'un culte abominable, qui ciilrdenail la férocité dus mœurs, et par le respect religieux pour les signes, respect qui perpétuait l'incorrection des formes et habituait le peuple à des réunions de parties monstrueuses, en assignant à chaque idole un type individuel dont il n'était pas permis de s'éloigner.

1 Ou troiiTC de beaux spécimens de la première sculpture américaine dans le Yutalaii, à l'altnque, Milla, Oasaca, etc.

□igiiizcd b/C

Au nombre des sculptures découvertes dans l'Anahuac, se trouve la pierre énorme désignée par M. de Humboldt sous le nom de calendrier mexicain, et dans laquelle on remarque une grande quantité de cercles concentriques, avec leurs divisions et subdivisions.

Faisons observer à ce propos que les Aztèques et les autres peuples de l'empire avaient hérité des connaissances astronomiques des Tolfcques, mais que ces connaissances n'étaient appliquées; par eux qu'à l'exercice du culte cl aux usages de la vie civile. Les peuples de l'Anahuac avaient deux calendriers : le civil, appelé compte du soleil, et celui dit rompu <h

Les trois cent soixante- ci nq jours do l'année solaire se divisaient en dix-huit mois de vingt jours, auxquels ou ajoutait cinq jours complémentaires nommés nemmitewi (vides), et considérés comme néfastes.

Dans leurs hiéroglyphes , les Aztèques représentaient l'année par un cercle autour duquel se rangeaient (es emb<'mes des dix-huit mois, et au milieu duquel on voyait la lune éclairée par le soleil. Treize années formaient un cycle ou tlatpxlli, quatre tlaipillh une- ligature ' .l iulimuh'iUi \ de cinquante-deux ans, et deux ligatures une vieillesse ou un siècle ■huehuctUiili) de cent quatre ans. L'année Unissait au solstice d'hiver. Pour Taire concorder le calendrier avec la marche du soleil, les Aztèques intercalaient treize jours tous les cinquante-deux ans, et c'était pendant ces jours

t->>li|-klil- ' -il- bl "' I ' ■ <i ■ ■ mI

du feu sacré, décrite précédemment.

Le jour se comptait à partir du lever du soleil, et était divisé en huit parties.

Le calendrier rituel, lable;m chronologique des fêles, ?e fraction uaif en petites périodes de treize jours.

Il nous reste à parler des habitudes, des divertissements , des jeux des habitants de l'Anahuac, et de leur langage. Ces peuples aimaient passionnément les réunions, 1rs plaisirs de

la socifilé et la bonne chère; aussi trouvnit-nn dans toutes les ïnaisrms riches fin vastes salles destinées au\ assemblées ni aux repas. L'art culinaire était très ru honneur chez les nations civilisées de l'Amérique centrale; les conquérants espagnols ont célébré leurs talents en ce genre. Us excellaient surtout dans la pâtisserie , et composaient de la plus line Farine de mais une grande variété de tartes et de gâteaux. Le gibier, le poisson, les volailles, les œufs, les légumes, le cacao, paraissaient sur leurs tables sous différentes formes 1 ; le mais , le maguy , l'acajou et le palmier leur fournissaient des baissons fénneulées, très-piquantes, ayant de l'analogie avec notre vin de Champagne; enfin c'est d'eux que nous vient le chocolat.

Lorsqu'un riche seigneur appartenant a l'ordre de la chevalerie donnait un grand repas, i! faisait couvrir fa lahle de vaisselle d'or cl d'argent cl de coupes aussi précieuses par letravail que par la matière. Pour tenir les plats à la lempé-

l'Anahuac que cet usage a passé en Kumpc. Apres le repas,

du tabac ; leur Imte faisait représenter un ballet devant eux, leur offrait en présent de riches babils renfermés flans des corbeilles et ne les congédiait qu'au milieu de la nuit.

Les habitants de l'Amérique centrale avaient la passion rie la danse; on formait les enfants des deux sexes à cet exercice dans les collèges et dans les monastères, parce qu'il rentrait dans le cérémonial du culte public. Le ballet servait d'accompagnement nécessaire à toutes les fêles sacrées ou profanes, à toutes les réjouissances: tantôt il Était entrecoupé de dialogues deslinés à rappeler d'anciens exploits et des faits célèbres cousin nés dans les annales du pays, alors il prenait les proportions d'un drame historique; tantôt on le dansait simplement, soit en fde, soit en ronde. Parfois

i .Malheureusement il faut ajouter qui- d'affreu* ragoûts de chair humaine (taient servis dans les festins d'apparat.

Digilized b)C<H

les hommes senls y figuraient, en d'autres occasions les femmes s'y mêlaient. Les nobles qui dansaient se revêtaient de leurs pins riches habits, et tenaient à la main de gros bouquets ou des éventails; les plébéiens portaient de fantastiques costumes et des coiffures représentant des télés de divers animaux. Lorsque le ballet se dansait en ronde, la musique, placée an milieu, commençait d'union lent et grave ; insensiblement elle s'animait , la danse suivait ce mouvement, ceux qui y étaient engagés entonnaient de gaies chansons, observant tous la même mesure, levant ou baissant la tête, le corps et les bras avec grâce et ensemble. Des échansons circulaient de temps en temps dans les rangs des danseurs, pour leur offrir des boissons rafraîchissantes, du chocolat ou des pâtisseries. Le plus solennel ballet se célébrait dans la cour du temple de Huitzilopochlli; nous en avons parlé en faisant la description de cet édifice. Les prêtres, les princes et les grands y figuraient; souvent plus de deux mille personnes se mettaient en mouvement à ta fois à cette occasion.

On connaissait également dans l'Amérique centrale les représentations dramatiques, mais elles ne consistaient guère qu'en farces et en pasquinades de mauvais goûl. Les théâtres se composaient d'une scène plus ou moins élevée, converle d'une tenle de feuillage, ornée de mâts et de banderoles; le public se tenait en plein air, el le spectacle avait lien d'habitude après le repas de midi. Les acteurs, le visage couvert de masques sculptés en bois, figuraient presque toujours, dans une première pièce, des aveugles, des sourds, des estropiés et des malades se rendant aux, temples pour y implorer leur guérison. Les coq-à-l'âne par lesquels Ions ces infirmes répondaient aux questions qu'on leur adressait, leurs turlupinades et les coups qu'ils se donnaient, fournissaient le sel du drame. Dans une seconde pièce, les acteurs, déguises en animauxdc différentes sortes, s'expliquaient dans des dialogues vifs, souvent spirituels, et

qui excitaient d'universels éclats de rire, sur la nature et les inslincls des betes qu'ils représentaient. Ensuite les élevés des temples, ayant des ailes d'oiseaux, de papillons ou de scarabées fixées aux épaules, allaient se percher sur des arbres disposés a cet cfîet; les prêtres leur lançaient des boulettes de terre au moyen de longues sarbacanes et leur adressaient une foule de quolibets. Une danse dans laquelle reparaissaient les acteurs des trois pièces terminait la féte.

Ces peuples n'étaient pas moins passionnés pour le jeu du ballon ou du tachtli. Chaque ville de quelque importance possédait un local disposé a cet effet et qui avait de l'analogie avec nos anciens jeux de paume. Les régies du tachtli étaient assez compliquées : les joueurs se dépouillaient de leurs vétemeols, sauf un lé^rr nikruu ; on ne recevait et ne lançait le ballon qu'avec le coude, l'épaule ou le derrière; la grande adresse consistai! k le faire passer au travers d'un

entières dans une partie de ballon.

quête, divers jeux de calcul ou de hasard, tels que les osselets, les dés et une sorte de Iriclrac appelé patoli ; certains joueurs y engageaient leur liberté, après avoir perdu leur fortune.

Les habitants de l'Amérique centrale, les Aztèques en particulier, aimaient beaucoup aussi les bons mots, les énigmes, les jeux d'esprit, et ils avaient le goût de la conversation. Ils estimaient beaucoup l'art oraloire ; les iiii;i«i's, les niiii]ïai'aisiins leur plaisaienl ; ris s'exprimaient avec noblesse, se distinguaient par la solidité des arguments, par la profondeur des raisonnements et par l'élégance des tournures de phrases. Us brillaient surtout dans les discours d'apparat, lorsqu'ils parlaient aux princes à leur avènement, ou en qualité d'ambassadeurs. Dés l'enfance, on leur faisait apprendre par cœur des morceaux d'éloquence , afin, de leur rendre familières les formes du beau langage. Ils avaient le

goût de la poésie, et en saisissaient vivement les finesses et les beautés. Aux fêtes principales de l'année, ils chantaient des hymnes et des ballades héroïques dont les contemporains espagnols vantent la versification harmonieuse et cadencée.

La langue que l'on parlait principalement dans l'Analiuac était le nahuatl, l'ancien toltéque 1 , qui est encore trèsrépandu dans la Nouvelle-Espagne. Ce 'langage ne manque pas de sonorité, il est très-riche, capable d'exprimer les idées les plus abstraites, et se prête à la poésie et à l'éloquence. Les aspirations en sont douces, et il se distingue surtout par les nombreuses transformations qu'il peut faire subir aux mots, par l'abondance des augmentatifs et des diminutife, par la facilité avec laquelle il se plie au style de la conversation et aux formules de l'étiquette. Il est bizarre que celte langue si abondante manque entièrement des lettres b, d, f, g, r et s; les sons, au contraire, qui se rendent par les consonnes 1, t, tl, x, tz et z, y sont multipliés presque à l'infini.

On comprend, d'après tout ce qui a été exposé dans ce chapitre et dans ceux qui le précédent, qu'antérieurement à la conquête on trouvait dans l'Analiuac des institutions, un gouvernemetil , des monuments, un développement industriel et commercial constituant une civilisation avancée sous de certains rapports, bien qu'il faille peut-être retrancher quelque chose des éloges pompeux et des comparaisons brillantes qui abondent dans les rècils des premiers compagnons de Corlès. Mais nous ne saurions trop ie redire, les rites d'une religion qui répandait des torrents de sang humain et l'anthropophagie imprimaient a cette civilisation le plus hideux, le plus dégoûtant stigmate.

' Outre le naiiuall, ou parlait dans l'Amérique centrale plus de vingt langues diverses. Celle iniiltiluil^ bu-n,^-, . ll: : JifferaitTit iisjcutinlletucu! entre eus indique une grande variété de races.

Page 1