‹ L'Empire mexicain histoire des Toltèques, des Chichimèques, des Aztèques et de la conquête espagnole par le vicomte Th. de BussierreChapitre 21 sur 45 · I/EMPIRE MEXICAIN · texte numérisé non relu

I/EMPIRE MEXICAIN

d'Acalan , de Vcrapaz et de Nicaragua, qu'avait :i il. possédées très-anciennement les Toltûques. L'empire prit ainsi une extension de plus de quatre cents lieues.

Jfontézuma, exalté par ces nouveaux avantages, oublia loules ses craintes, et résolut de mettre à jamais hors d'état de lui nuire le plus puissant de ses collègues. Dans ce dessein, il envoya à Nctzahualpilli un ambassadeur chargé de dire à ce prince que les dieux étaient irrités de l'interruption de la guerre sacrée, parce que depuis quatre ans on ne leur avait sacrifié aucun captif de Tlaxcalia ni des autres provinces d'où l'on tirait habituellement les victimes qui leur plaisaient le plus. L'ambassadeur devait ajouter que, pour relever l'honneur du nom Chichimèque et Acolhua, il était urgent de faire sur le territoire des Tlaxcallèrpies une expédition à laquelle Montézuma se réunirait avec son année.

La ruse du roi de Mexico eut un plein succès. Nctzahualpilli répondit à L'envoyé que, malgré lt;s fu'uuds changements qui étaient au moment de s'effectuer dans l'empire, ses guerriers les plus vaillants allaient se mettre en marche pour donner, une fois encore, des preuves de leur courage dans les champs de Tlaxcalia.

Puis le roi réunit son conseil afin de tracer le plan de l'expédition. Désirant éviter toute querelle avec Montézmna, qui devait se mettre en personne à la tète de ses troupes, Nctzahualpilli se décida à rester à Tezcuco et à charger du commandement Acallcmacotzin et Tequanchiialzin, deux de ses (ils, qui s'étaient distingués dans les guerres pré-

Ccpendant un avis secret, parti de Mexico, annonçait aux chef* de la république de Tlaxcalia que le roi de Tezcuço allait envoyer contre eux une puissante armée, non pas pour l'exercer et pour se procurer des victimes, conformément à la eotitume établie par leurs ancêtres, mais afin de ravager leur territoire et leur capitale et de s'en emparer. Le

porleur du message (lisait en ouirc que Mnntéziuna, indigné «'«ne semblable trahison, engageait les Tiaxcallèques à prévenir leurs ennemis, et qu'il se trouverait lui-même sur les lieux pour les soutenir, si cela devenait nécessaire.

Le sénat ajouta loi à cette communication perfide et en éprouva un profond ressentiment ; car Nefzahualpilli, on ne l'a pas oublié, s'était engagé non-seulement à respecter le territoire des Tlaxcaltèques, mais môme à venir à leur secours en cas d'attaque, en reconnaissance des services qu'ils avaient rendus à son père. Les chefs de la république remercièrent Montézuma de son avis, et préparèrent une embuscade dans un ravin nommé Tlalpcpexic , voisin de la montagne de Uuauhtepec, et où les Tezcucains avaient coutume de passer la iiuil lorsqu'ils partaient pour la guerre sacrée.

Ceux-ci élaient sans défiance; cependant, disent les annales du pays, plusieurs présages sinistres jetèrent l'effroi parmi eux après qu'ils se furent établis dans le ravin. Une quantité de vautours, oiseaux de mauvais augure, qui se nouri'iïisent de cadavres, ne cessèrent de voler un-dessus de leurs télés eu décrivant de grands cercles; des llaunucs sortirent de terre, d'immenses tourbillons de poussière obscurcirent l'air. Quatre des plus vaillants capitaines de l'armée eurent durant la nuit des songes identiquement semblables. Ils révèrent tous quatre que, revenus aux jours de leur enfance, ils couraient en pleurant se réfugier dans les bras de leurs mères. Tout cela donna, beaucoup à penser au* ebefs et aux soldats , ajoute le chroniqueur indigène, et leur lit comprendre qu'un malheur les menaçait. Ils passèrent donc la plus grande partie de la nuit à veiller ensemble. Dès le point du jour ils prirent à la hâte quelque nourriture, craignant de n'en pas avoir le temps dans la journée. Taudis qu'ils mangeaient, une cigale colossale vint tomber au milieu des officiers et se briser en deux morceaux. Effrayés de ce nouveau présage, les capitaines ordon-

nèrenlaux soldais de s'armer à la hâte et de sortir du ravin; mais au moment où ceux-ci se mettaient sur pied pour obéir à cette injonction, les Tlaxcalleques, qui les observaient, fondirent sur eux sans leur donner le temps de se mettre en bataille, et les massacrèrent presque tous. Les chefs succombèrent après des prodiges de valeur, un seul d'entre eux réussit à s'échapper et porta à Tezcuco la nouvelle du désastre. Les deux fils du roi furent entraînés couverts de blessures a un temple voisin du champ du carnage, cl sacriliés aux idoles. Le sang des morts et des blessés coulait dans le ravin comme une rivière, et Monte™ ma, posté avec son armée sur les flancs d'une montagne voisine, assistait sans bouger à ce terrible spectacle et se réjouis.-ail de voir moissonner la fleur de la jeunesse de Tezcnco.

Le roi de Mexico, ayant réussi de la sorte, jeta complètement le masque, li retourna à sa capitale et fit défendre aux villes et aux villages de la province de Chinampa de paver désormais à soncollègue le tribut qu'ils lui devaient. Et lorsque Nelzaliitalpilli envoya à Tenochtiilan des amhassadeurs charges de sommer Montézuma de rester fidèle aux traités, ce dernier leur répondit avec hauteur que bientôt il serait seul maitre cl seigneur de l'empire, que les deux autres royautés de l'Analmac allaient s'éclipser, et qu'il [.'ii-ii^.'uit le roi de Tezcuco à ne plus le fatiguer de représentations inutiles.

Cet insolent discours affecta d'autant plus douloureusement Netzahualpilli que, privé de ses plus braves guerrière, il ne pouvait songer a en tirer vengeance. Il confia lo gouvernement du royaume à deux de ses parents dignes de sa confiance, se retira, avec la reine et quelques serviteurs dévoués, au palais d'été de Telzcolzineo, et y passa six mois, loin des affaires, occupé A chasser et à observer le cours des astres. 11 mourut peu de jours après être revenu dans sa capitale, en l'année 1515, âgé de cinquante-deux ans. Il en avait régné quarante-quatre.

On chercha d'abord à cacher la mort du roi, mais ses enfants et ses parents en furent prompte ment informés et se 'réunirent pour la célébration de ses funérailles. Les grands du royaume et les ambassadeurs des deux autres rois assistèrent a la cérémonie. On brûla avec le corps une trèsgrande quantité de bijoux, de panaches et de magnifiques ouvrages en plumes; on sacrifia en l'honneur du défunt cent esclaves nulles et cinq femmes; l'urne d'or renfermant ses cendres fut déposée dans le temple de Huitzilopochtli à Tezcuco.

Xetzahualpillï n'avait pas désigné son successeur. Tellahuehuequitillzin, l'aîné de ses fils légitimes, passant pour timide et faible d'esprit, fut déclaré incapable de porter la couronne, et quelques-uns des grands du royaume s'opposaient à ee qu'on lui substituât L'un des deux autres princes légitimes, CnauatMrh ou I\tlil\ocbill , parce qu'ils étaient tous deux de la première jeunesse. Montézuma profita adroitement de ces discussions; il envoya a Tczcnco un ambassadeur pour solliciter les voix des électeurs en faveur du prince Cacatna, (ils de Netzahualpilli et de la sœur ainéc du roi de Mexîco-Tenocblillan. t'e jeune homme s'était déjà dislingué, dans les guerres précédentes, par sa valeur et ses talents; mais sa naissance semblait l'exclure du trône, il était bâtard; la princesse mexicaine avait été au nombre des femmes de Xetzahualpilli , sans jamais porter les titres de reine et d'épouse légitime, Cacama 1 était très-dévoué a son oncle Montézuma, ei ce dernier comprenait qu'en plaçant une de ses créatures sur le trône de Tezcuco, il en deviendrait eu réalité le mailre. La proposition du roi de Mexico souleva d'abord une formidable

du royaume se décidèrent à réunir dans une salle les trois princes, Cacama, Coanacoch et Ixllilxochitl , et à leur an-

' Cacama signifie pe(it épi croissant à côté de l'épi principal. Ce Qom conveuait parfaitement à un bâtard.

noncer que Mnnlézuma voulait qu'on proclamât roi Cacama, et qu'il n'y avait pas moyeu de se soustraire à ses exigences. Coanacoch, auquel !e trône revenait de droit à défaut de l'aîné des princes légitimes, n'éleva aucune objection et déclara que cette élection lui semblait sage et convenable en tons points.

Ixtlilxochitl , au contraire , éclata. Ce jeune prince , âgé de seize ans a peine, était passionné, fier et très-bouillant. Au moment de sa naissance les astrologues avaient annoncé à son père qu'un jour cet enfant serait l'ami d'une nation étrangère ci l'ennemi des siens et de son propre "sang; qu'il vengerait les captifs qu'on immolait en l'honneur des dieux et détruirait la religion et les rites du pays. Dès sa plus tendre enfance, Ixtlilxncliitl avait montré, ce qu'il deviendrait. A l'âge de trois ans, il avait tué sa nourrice en la précipitant dans un puits, parée qu'elle se faisait courtiser par un des nobles du palais. Ané de sept ans, il avait réuni un bataillon de jeunes garçons, à la tète duquel il troublait fréquemment la tranquillité des quartiers voisins de la demeure royale. Deux des seigneurs de la cour ayant engagé le roi à faire mourir ce petit prince si turbulent qui pourrail co m promettre dans l'avenir la tranquillité de l'empire, Ixtlilxocbitl s'était rendu chez eux à la tète de quatre jeunes gens de sa garde, et les avait étranglés. Agé de quatorze ans, il s'était déjà tellement distingué dans les combats contre Huexotzinco, que bientôt après il avait été revelu des insignes et du bandeau de vaillant capitaine.

Ixtlilxocbitl exécrait Montézuma depuis ses dernières trahisons; il baissait les Mexicains parce qu'ils étaient sujets de ce prince, et il baissait Cacama parce qu'il était lils d'une Mexicaine; il s'opposa avec la plus grande énergie à une élection tyranniquequi violait tous les droits, et excita un tel tumulte dans le sénat, que Cacama fut obligé de se retirer à Mexico, pour supplier sou oncle Montézuma de lui venir en aide et de le mettre en possession de son royaume.

Ixtlilxochitl, après avoir reproché vivement sa lâche cond use nu! au ce ii Coauaeoch, qui commuait à soutenir le parti de f.acnma, se retira dans les montagnes dti Melzlillan ' emmenant avec lui de nombreux partisans, et engageant tous ceux qui voulaient résister aux prétentions de Monlézuma à se joindre h lui et à ne pas reconnaître Gacaina. Il se. vil bientôt a la léle de cent mille hommes.

Le roi de Mexico lit ramener et couronner son neveu à Tczcttco. Mais Ixllilxochill continua il agir. Beaucoup de villes du royaume d'Acnlhuacan lui ouvrirent leurs porles et le reconnurent comme leur souverain, piiive qu'il était ennemi de Montézuma ; il en prit d'autres qui essayèrent de lui remisier, et resta maître de !a majeure partie (tes fatals tir son père et du nord delà vallée de l'Anahuac.

Irrité de voir ses projets de monarchie universelle compromis par un rival qu'il avait qualifié d'abord d'enfant mutin, le roi de Mexico fit marcher contre ÎMlilxochilI, Xochitl S un de ses plus braves généraux. Lorsque les deux années se rencontrèrent, les chefs convinrent de terminer le différend par une lu tic corps a corps. Le fils de Kclzahualpilli ûfiiit habile à tous les exercices et doué d'une force herculéenne, malgré son jeune âge : il terrassa son adversaire et le fil brûler vif sur un amas do joncs.

Ixtlilxochitl lit alors le blocus de la ville de Tezcuco cl continua à recevoir de divers côtés de nouveaux alliés et de nombreux renforts. Ses frères furent obligés enfin de traiter avec lui, de le reconnaître en qualilc de capitaine général du royaume et de le laisser en possession des provinces du nord. En même lemps, dillércnls Klats voisins l'onnèrenl une ligue secrète dans ie but de renverser la puissance mexicaine et de s'affranchir à jamais du joug du roi de Tenocliiillan. Ileaucoup de provinces, en particulier celle de Totonacapan, qui s'étendait le long des côtes de la mer

1 Signifie des pierres tle In (uns, de meittt, lune, et tell, pierre,

1 signifie fleur.

irritées des impûls excessifs que leur imposait ce prince, profitèrent aussi du désordre généra! pour se soulever.

■Ylontézuma, inquiet des complications qui surgissaient de tous les côtés à la fois , et des difficultés qui se multipliaient, voulut apaiser les dieux en leur offrant de nouvelles hécatombes humaines, cl en faisant construire un temple en. l'honneur de Ccnteoll, déesse de la terre. Sur ces entrel'atles, ses années, commandées par Qiiauhlimotzin , remportèrent encore quelques succès, soumirent les provinces {]<• Mieflanlzinco et de Xallianquizco, leur imposèrent des tributs , relevèrent les espérances du roi et le replongèrent dans ses illusions.

Telle était la situation de l'An ahu a c lorsque le souverain des Aztèques reçut la première nouvelle du débarquement des étrangers qui devaienl renverser son empire., Les Espagnols venaient de mettre le pied sur la terre ferme de l'Amérique centrale.

Fin ne la première partie.

Page 1