CHAPITRE PREMIER
Voyages d'exploration de Chriatoval Morante et de Grijalïa. — Fernand Cortia.
Vingt-cinq ans s'étaient écoulés depuis la découverte des Antilles par Christophe Colomb; déjà les lies avaient subi la domination espagnole, et le gouvernement de la mère patrie organisait de fréquentes expéditions pour aller à la découverte et à la conquête.
Cuba était de toutes les Iles du nouveau monde la plus importante et celle qui attirait le plus d'Espagnols; celte colonie florissait sous l'administration de Diégn Vcîasqwv, de Léon.
A l'époque des troubles qui suivirent la mort de Nelzahualpilli, rot de Tczcuco, trois aventuriers espagnols, Francisco Hernandez de Cordova, riche hidalgo, Christoval Morante et Lopc Ochoa de Cancedo, armèrent trois vaisseaux à Cuba; Velasquez s'associa à leur entreprise. Ils prirent en qualité de pilote Antonio Alaminas , natif de Palos, qui avait servi sous Christophe Colomb, mirent a la voile le 8 février 1517 et firent route vers l'ouest. Après vingt et un jours de navigation, nos voyageurs découvrirent la pointe orientale de la presqu'île yucatèque, ils l'appelèrent cap Cotoch ou Catoche ', d'après un mot qu'ils entendirent pro-
1 Ce nom a été changé va celui de Puerta de las Duenai.
noneer à un indigène. La beauté dus Édifices et des costumes qu'ils vivent les remplît d'étnnncment. Ils descendirent a terre, furent reçus par une volée de flèches, et regagnèrent leurs bâtiments. Poursuivant leur navigation, ils abordèrent auprès de la cité importante de Cainpèche, où ils furent amicalement accueillis, et où on leur donna, en échange de divers menus objets d'Europe, de l'or, des plumes et des vivres frais. Ils admirèrent les édifices de la ville, bâtis en pierres de taille; mais, étant entrés dans un petit temple, ils y aperçurent avec horreur une monstrueuse idole ayant à ses pieds une victime humaine li'JiîcliL'mciH ésorgée. Du mot tecklan, que les Espagnol? entendirent prononcer, ils firent celui de Vucatan, qu'on appliqua postérieurement à (oute la province.
De Cainpèche, Cordova se rendit au port de Potonchau* et mit pied a terre; il lui fallut livrer bataille à Monochocasac, prince ou cacique du lieu; quarante-sept Espagnols mordirent la poussière, Cordova, blessé lui-même, rentra an port de Cazénas, à la Havane, cl y mourut dis jours après son arrivée. Ses compagnons rendirent compte de leur l'xpéuiLiun à Velasqueî, gouverneur de Cuba, et lui parlèrent des richesses du Yucalan, en ajoutant toutefois qu'on ne s'en rendrait maître que de vive force.
Ni Cainpèche, ni Potonchau ne dépendait du royaume de Montézuma, mais ce prince fut 1res- prompte ment informé de ce qui venait de s'y passer. Alors il sortit de sa sécurité, et le souvenir de ses derniers entretiens avec Nezalmalpilli le remplit de crainte. Il se flatta de conjurer le péril eu prodiguant de nouveaux dons au temple du dieu Huitzilopochlli , considéré comme le protecteur suprême de la puissance mexicaine, et en y faisant immoler un trèsgrand nombre de prisonniers.
Cependant Velasqucz, frappé des rapports qui lui avaient
■ Aujourd'hui Cliainpoton.
SECONDE PARTIE
été faits, confia le commandement d'une pelite escadre à son parent Jean de Grijalva et l'envoya à la découverte. Grijalva aborda d'abord à l'Ile d'Acozainil', puis il longea les côtes du Yucatan, sur lesquelles s'élevaient un grand nombre de fort belles villes. Huit jours après la découverte d'Acozainil, l'escadre fut en vue de Potoncban sur la côle opposée de la presqu'île. Grijalva y fit débarquer son monde pour venger les compagnons de Cordova qui avaient été massacrés en ce lieu; il repoussa les Indiens et occupa leur ville pendant quelques jours, puis il reprit la mer eu se tenant toujours très-près du rivage. La cote lui offrait le plus magnifique spectacle; c'était une succession de paysages riches et variés, de villes, de villages et de temples bien bâtis au milieu de fertiles campagnes.
Bientôt les Espagnols arrivèrent a l'embouchure de la rivière de Tabasco; les indigènes semblaient dispost-s à s'opposer à leur débarquement , mais Grijalva leur fit porter des paroles pacifiques et leur demanda de lui fournir des vi/ree frais et de se reconnaître sujets de son roi. Les Indiens lut répondirent qu'ils étaient tout disposés à faire avec les étrangers un commerce d'échange; que du reste ils avaient déjà un chef et n'en reconnaîtraient pas d'autres, et que seize mille hommes bien armés étaient prêts à appuyer cette explication, si elle semblait insuffisante. Grijalva n'insista plus et débarqua. On lui fit une brillante réception, ou brûla de la gomme de copal en son honneur, on lui apporta une quantité de gibier, de poisson et de pain de mais, et le prince du lieu lui fit présent de plusieurs colliers en grains d'or et de différents morceaux du même métal, taillés en forme d'oiseaux , de lézards et de poissons.
Un vent favorable s'élant levé, le chef espagnol donna le signal du départ. L'escadre, après avoir reconnu encore l'île d'Agualunco et l'embouchure de plusieurs rivières,
Ot des BirondellK.
découvrit la Sierra-Nevada et aborda à la côle de Chalchkthcuccan 1 , qui dépendait de la couronne mexicaine.
Les Castillans y virent pour la première fois la bannière de M on té zit ma, et pour la première fois aussi ils entendirent parler de l'étendue, de la puissance et des richesses de l'empire de l'Anahuac.
La nouvelle de l'arrivée des étrangers se répandit avec la rapidité de l'éclair. Pinotl, gouverneur mexicain de la province, supposant qu'ils pourraient bien être les descendants de Quelzaleohuatl, futurs dominateurs du pays, les invita à descendre à terre. Moniijo, l'un des capitaines de la flottille, reçut l'ordre de débarquer avec dix-neuf hommes, et fut accueilli avec beaucoup d'honneurs. Grijalva, informé de cette brillante réception, se rendit au rivage h sou tour, et devint aussitôt l'objet des plus grands égards; on lui donna, en échange de quelques bagatelles d'Europe, des objets en or fort bien travaillés et d'une valeur intrinsèque de 15,000 écua.
Pinoll enjoignit aux artistes de sa suite de représenter sur de grandes toiles de colon les navires, les costumes et les armes des Espagnols; puis il s'empressa de prendre congé de ces derniers el de partir pour Mexieo-Tenochtillan. Admis en présence de son souverain, il étala les tuiles sous ses yeux, et lui rendit compte de ce qui s'était passé.
Moutézuma, le cceur rempli d'angoisse, rassembla son conseil ; après une longue délibération , on convint d'envoyer à la cote une ambassade chargée de remettre aux mystérieux étrangers une quantité d'or, de plumes, d'étoffes magnifiques, et de les exhorter à ne pas pénétrer dans le cœur de l'empire, où ils seraient exposés à chaque pas aux plus grands dangers.
L'ambassade partit eu effet, mais elle ne trouva plus Grijalva à Chalchiuhcuccan. Il avait repris son voyage d'explo-
1 De clialchUth , émerande.
SECONDE PARTIE
ration, au grand regret de ses compagnons, qui le pressaient de fonder un établissement dans ces belles contrées. Grijalva crut ne devoir céder ni à leurs vœux, ni à ses propres désirs; Velasquez, craignant de se brouiller avec l'audience royale de Saint-Domingue, avait défendu, pour la forme, à son lieutenant, de se permettre aucune entreprise de ce genre; mais il espérait que celui-ci devinerait le fond de sa pensée, et qu'i] n'hésiterait pas à se rendre coupable d'une désobéissance que te succès justifierait. Grijalva, homme droit et loyal, babitué a l'obéissance militaire, ne se rendit pas compte des intentions secrètes de son ebrf et se conforma strictemenl aux ordres reçus.
Il continua a naviguer vers l'ouest et à se lenir dans le voisinage de la côte.
Les Espagnols reconnurent plusieurs Iles; sur l'une d'elles' ils aperçurent une pyramide assez élevée portant un autel à son .sommet. Ils y abordèrent et y virent, avec une inexprimable horreur, cinq victimes humaines égorgées de la veille et couchées sur la pierre de l'bolocauste. Bienlût après ils prirent terre à i'endroit appelé plus lard Saint-Jean d'L'Uoa, el iis y recueillirent de nouveaux renseignements sur i'empïre de l'Anahuac. Quatre prêtres, vêtus de manteaux noirs, se portèrent il leur rencontre elles conduisirent au temple; une hideuse et colossale idole y trônai! au-dessus d'un autel, sur lequel étaient étendus les cadavres de deux jeunes gens auxquels on venait d'arracher le cœur.
Ici Grijalva cul à soutenir un nouvel assaut de ses compagnons de voyage, qui le suppliaient de prendre possession définitive des lieux. Il se borna h expédier à Cuba Alvarado, l'un de ses officiers, et le chargea de faire connaître à Velasquez de Léon le résultat de son expédition, de lui remettre l'or et les curiosités qu'on avait recueillis et de lui demander de nouvelles instructions, des renforts et des vivres.
' lia la nom mirent Isla de los Sacrilicios.
Tandis qu'Alvarado se dirigeait vers Cuba, Velasquez, inquiet dti sort de Grijalva, envoyait Olid, un. de ses familiers , à sa recherche. Olid et Alrarado se rencontrèrent auprès des côtes du Yucatan et allèrent retrouver ensemble le gouverneur. Velasquez se livra à un violent accès de colère lorsqu'il apprit que Grijalva lui avait trop scrupuleusement obéi, et qu'aucun Établissement n'avait été fondé. Il accusa de stupidité le loyal officier qui, pendant ce temps, continuait à explorer les côtes du continent à travers mille dangers, et découvrait les montagnes de Tustla et de Tustan et les rivages de l'anuco avec leurs populeuses ctii'-s. (lnjidv,ï eut à repousser plusieurs attaques des indigènes, il recueillit un grand nombre de renseignements précieux sur les pays qu'il découvrit , et ii ne renonça à son Toyage que lorsque, manquant d'hommes et de vivres, il lui devint impossible de tenir plus longtemps la mer. Il arriva à l'tle de Cuba le 15 novembre 1518.
, Cependant l'or et les curiosités portés à Velasquez par Alvarado et les merveilleux récits de cet officiel- touchant les pays récemment découverts avaient décidé le gouverneur à préparer un nouvel armement. Il fit partir son aumônier, Benito Martin, pour l'Espagne, afin de solliciter des pouvoirs plus étendus et d'obtenir le gouvernement des pays qu'il se proposaifde conquérir. Ses demandes furent favorablement accueillies par la cour, mais il n'attendit pas le retour de son envoyé pour faire partir sa troisième expédition. Velasquez, qui ne pardonnait pas à Grijalva de l'avoir mal compris, ne lui en confia pas le commandement. Ii le proposa successivement à Balthazar de Bermudes et à. trois de ses parents, qui portaient comme lui le nom de Velasquez; iis refusèrent tous quatre. Eotin le gouverneur, cédant aux conseils de son secrétaire Andrès de Ducro et d'Amador de Lares, trésorier royal de Cuba, s'adressa àFernandCortès.
C'est ici le lieu de faire connaître le célèbre conquérant du Mexique.
SECONDE PARTIE
Corlès Était né en l'année 1485 à Medellin, petite ville de l'Eslramadure. Son père, don Martin Cortes de Monroy, était un gentilhomme d'ancienne race', mais pauvre; il destinait son lils au barreau , et l'envoya dès l'âge de quatorze ans à l'université de Salainanque. Feniand se dégoûla promptement d'un genre d'études qui n'allait pas à son génie ardent et embrassa l'état militaire. Une maladie Irès-grave ne loi permit pas de s'embarquer pour Naples, où il vooiait servir sous les ordres dcGonzalve deCordoue. A peine remis, il se décida a partir pour les Indes oecitl en taies, récemment découvertes, et il arriva en 1501 à Saint-Domingue, dont son parent Nicolas de Ovando était gouverneur. Il y passa quelques années, occupé de diverses entreprises commerciales, cl fut au moment de s'associer à la fatale expédition de Darien , commandée par Ojeda , mais une nouvelle maladie l' empêcha de partir.
En 1511, Yelasqucz de Léon fut chargé de coloniser l'Ile de Cuba. Coriés l'y accompagna el s'y distingua par plusieurs actions d'éclat, à la suite desquelles il obtint une concession très-considérable en terres et en Indiens, et exerça les fonctions d'alcade de la capitale de l'Ile. Il se fit beaucoup d'amis par son caractère hardi et ouvert, et épousa dona Catalina Xuares, dont il eut nn lils que Velasquez tint sur les fonls.
Les contemporains de Fernand Cortes font un portrait séduisant de ecl homme illustre. Il était bien fait de sa personne et d'une incomparable adresse à tous les exercices militaires; la beauté extraordinaire de son regard donnait un charme extrême à ses traits tins et réguliers. Il joignait à une bravoure sans égale une perspicacité qui jamais ne se trouvait eu défaut et savait toujours arriver à ses lins. Doué d'une éloquence remarquable et très-insinuant dans ses discours, il se faisait aimer et respecter de tous
' La mère de Cortes se nommait dona Catarin» piiarro Altamitaiio.
ceux qui l'entourai en 1 , el exerçait sur eux une irrésistible influence. Très-grand dans ses conceptions, il ne renonçait jamais à un projet après l'avoir reconnu praticable, mais il joignait à beaucoup d'audace une prudence extrême dans l'exécution , et il supportait avec courage la mauvaise fortune, sans jamais se laisser éblouir lorsqu'elle le favorisait. L'inviolable fidélité que Fernand conserva toujours à ses princes légitimes tempérait son immense ambition, et son avance ne i'empéebn jamais de se dessaisir de ce qu'il avait, avec la plus extrême libéralité, lorsque l'intérêt de sa gloire l'exigeait.
Quelques ombres cependant rembrunissaient le tableau et ternissaient les nobles qualités de notre héros. La conduite de Cortès n'était pas toujours en harmonie avec sa foi ardente et impétueuse comme celle des anciens croisés, et en plusieurs occasions l'amour désordonné des femmes el l'ambition lui firent commettre des actes de cruauté envers ceux dont il redoutait l'opposition. "
Dès que Fernand eut reçu sa commission, il planta sa bannière à sa porte, et fit appel à tous les hommes de bonne volonté. Il n'avait jamais commandé en chef, mais sa grande répulalion de bravoure et d'habileté attira autour de lui tous les gens de cœur, jeunes et vieux, tous les aventuriers hardis qui se trouvaient dans l'Ile de Cuba, et tous les anciens compagnons de Grijalva. Il engagea ses possessions pour faire face aux dépenses occasionnées par les préparatifs de l'expédition, mit sa bourse à la disposition des officiers trop pauvres pour s'équiper convenablement, et acheta une quantité considérable de provisions de bouche el de munitions de guerre 1 .
Cependant beaucoup de mécontents, jaloux de l'enthousiasme avec lequel la nomination de Cortès avait été accueil-
* Cortès, dans une proleslalion faite par-devant notaire avant son départ, déclara que (oule i'eijKklilinn se faisait à ses frais, sans que le gouverneur Vdasqnez y prit auoune part.
SECONDE PARTIE
lie, se mirent en mouvement pour la faire révoquer. Ils réussirent à gagner un certain Cervantes, espèce de bouffon appartenant à Velasquez, et cet homme, a force de répéter a son maître que Fernand le Iraliissait, réussit a exciter la jalousie du gouverneur. Toutefois ce dernier, dissimulant encore ses sentiments, se sépara de Cortes avec les apparences de la meilleure intelligence.
Notre héros s'embarqua a San-Iago de Cuba le 18 novembre 1518. Parmi ses compagnons se trouvaient Bcrnal- Diaz, le premier historien de la conquête, Olid, Alvarado, Lopez de Àvila, Sandoval, Morla, Pacheco, hommes d'une bravoure à totile épreuve et destinés a jouer un rôle dans la grande épopée du nouveau monde.
Fernand se rendit d'ahord a l'élablissement de iaTrinidad, sur la côte de Cuba , peur y prendre encore des renforts et des provisions. Ce lui là que la haine de Velasquez l'atteignit pour la première fois. Le gouverneur avait expédié au eorrégidor du lieu l'ordre d'arrêter le commandant et de lui déclarer que sa commission élait révoquée. Cortes, sans tenir aucun compte de cette bizarre injonclion, remit à la voile et se dirigea vers la Havane, où il comptait lever encore des soldats. Velasquez l'y poursuivit; il chargea un de ses lieutenants, nommé Barba, d'arrêter Fernand comme traître au roi et criminel de lése-majesté, et de l'envoyer prisonnier à San-Iago. Ordre élait donné à tous les officiers de l'expédition de prêter au besoin main-forte contre leur chef. Cette brutale agression n'effraya pas Cortès. Réunissant aussitôt ses troupes, il leur fit part des desseins iniques du gouverneur, leur dévoila les motifs de sa haine jalouse et se mit à leur disposition. Ses compagnons, qui ne rêvaient que conquêtes et aventures, le supplièrent de rester à leur lète, lui jurèrent une fidélité à toute épreuve et déclarèrent qu'on punirait de mort ceux qui oseraient contester son autorité. Barba fut honteusement é conduit.
Le futur conquérant du Mexique reprit la mer le 11 fè-
vrier l'jlO pour se diriger vers le continent américain. Son escadre se composait de onze navires. Le plus grand des onze, décoré du litre de vaisseau amiral , sorte de barque de cabotage, jaugeait cent tonneaux; sept des bâtiments n'étaient pas même pontés. On comptait liO hommes d'équipage, 553 soldais, dont 13 armés de mousquets, 32 d'arqtiebusos, les autres d'épées et de piques, 16 chevaux et 10 petites pièces de campagne.
Telles étaient les forces avec lesquelles on se disposait à attaquer un vaste empire, défendu par de nombreuses armées, qui, d'après les rapports de Grijalva, ne manquaient pas de courage. Mais nos aventuriers, animés par l'ardeur chevaleresque à laquelle la longue lutte avec les Maures avait donné naissance en Espagne, ne connaissaient pas la crainte. Chacun des compagnons de Corles se croyait destiné- à exterminer des légions d'hommes; quelques-uns d'entre eux, mus par un sentiment plus noble que le désir du pillage et de la conquête, et pleins de zèle pour la conversion des idolâtres, regardaient avec confiance l'étendard de leur chef, nouveau Labarum, sur lequel on voyait, au milieu d'un échiquier d'argent et d'azur, une grande croiï de gueule avec l'inscription espagnole : Suivons-ta, par ce signe nmu vaincront.
Rappelons en peu de mots la situation politique des contrées vers lesquelles se dirigeaient les envahisseurs. Le moment était solennel pour le nouveau monde.
L'empire des Mayas (le Yucatan des Espagnols},^! puissant autrefois, venait de se fractionner en une foule de petites souverainetés. Deux grandes monarchies absolues, qui ne se connaissaient pas mutuellement, existaient, l'une, l'empire de l'Anahuac, dans l'Amérique centrale; l'autre, l'empire des Incas, dans le continent méridional. Une foule d'Étals et d'anciens royaumes, les uns tributaires de l'empire de l'Anahuac, les attires indépendants, occupaient les immenses espaces compris entre les deux Océans et s'élcn-
SECONDE PARTIE
daient jusque vers l'Amérique du Sud. Ces États, faligués du joug qui pesait sur eux, ou craignant que L'ambition mexicaine ne voulût le leur imposer, étaient disposés en grande partie à reconnaître des libérateurs et des successeurs de Quctzalcohuatl dans les étrangers dont les prophéties annonçaient la venue , et à se joindre à cu\ pour renverser la puissance qui les écrasait. Les haines, les divisions, les jalousies, régnaient en tous lieux.
Une population très-nombreuse occupait le continent nouvellement découvert. Une quantité de villes splendides el riches, dans lesquelles le commerce et l'industrie florissaient, s'élevaient le long des rivages de l'Océan el dans l'intérieur des terres. Des campagnes fertiles, parfaitement cultivées, les entouraient; la végétation tropicale et l'incomparable flore américaine y étalaient leurs splendeurs avec une profusion inouie : ici, c'étaient des arbres gigantesques aux formes majestueuses, el qu'embrassaient des lianes aux festons élégants; plus loin, des buissons aromatiques dont les suaves parfums embaumaient l'atmosphère; on bien encore des (leurs aux brillantes couleurs, au feuillage large et velouté. L'aspect général du pays répondait à ces magnificences de détail, iirûlant auprès du rivage, bien que rafraîchi par les brises de mer, le climat devenait plus tempéré ù mesure que l'on pénétrait dans l'intérieur du pays, parce que le sol montait graduellement jusqu'au pied des Cordillères : ces montagnes étaient lapissées d'immenses forêts. Leurs cimes colossales et souvent volcaniques se dessinaient à l'horizon; leurs capricieuses aiguilles se perdaient dans la région des nuages.
Les Espagnols eussent pu devenir les bienfaiteurs des pays dont ils allaient s'emparer, en leur portant la civilisation chrétienne et en leur donnant l'exemple des vertus que doivent pratiquer les disciples de Celui qui est mort pour le salut du genre humain. Malheureusement, les premiers venus se bornèrent en général a imposer aux Indiens la
lorme extérieure du culte; cl la luxure des conquérants, leur cruauté, leur perfidie, leur soif inextinguible de l'or, ne' pouvaient pas donner aux peuples du continent américain une idée avantageuse de la religion de ses nouveaux maîtres. Plus lard seulement, la piété des Rois Catholiques et le zélé du saint-siége envoyèrent dans le nouveau monde des religieux de divers ordres pour faire des indigènes de véritables cnl'anls de l'Église. Ils y mirent un dévouement admirable; mais ce ne fut qu'après de longues années du plus rude labeur que ces ouvriers évangéliques parvinrent à déraciner une parlic de l'ivraie que leurs devanciers avaient semée a pleines mains.
La conquête espagnole eut pour premiers résultais, nous le verrons, la destruction des villes, la dépopulation du pays, la conversion des plus belles campagnes en plaines arides, fiévreuses et dépouillées de leur fertilité. Peut-être la justice de Dieu exigea- t-el le celte expiation pour solder le compte de l'abominable idolâtrie qui avail répandu des torrenls de sang humain dans ces admirables contrées.