CHAPITRE HUITIÈME
Cuitlahuatl et GuaUinoAin rois des Aztèques. — Commencement de la nouvelle tampagne de Cartes.
Mexico devint le théâtre d'affreux désordres pendant les jours qui suivirent le départ de Gortès. On massacra les princes et les seigneurs qu'on savait partisans des étrangers. Cent Espagnols qui n'avaient pas pu partir avec le général s'étaient retranchés dans le grand temple. On leur livra un furieux assaut; ils furent pris et sacrifiés à lluitzilopochtli.
Cacama avant élé iinmoié durant la terrible nuit du
SECONDE PARTIE
I" juillet, la seigneurie de Mexico plaça la couronne sur la tète de Cuillabuatl ou Cuillahualzin , ce frère de Moutézuma qui avait commandé les Aztèques pendant les derniers jours de l'occupation de la capitale. On n'aurait pu faire de meilleur choix; plein de courage, d'énergie et de haine pour les étrangers, le nouveau roi mit tous ses soins à rétablir l'ordre dans la ville , à augmenter ses moyens de défense, à relever de leurs ruines les quartiers qui avaient souffert durant la dernière guerre. En même temps, il dépula des ambassadeurs à tous les Étals voisins, pour les conjurer de mettre en oubli les anciennes querelles et de réunir les forces disponibles contre l'ennemi commun. Les ambassadeurs reçurent un accueil favorable en divers lieux; il y en eut d'autres au contraire où la haine du nom mexicain étouffa la voix du patriotisme.
Guitlahuatl lit même partir des envoyés pour la seigneurie de Tlaxcalla, sa plus mortelle ennemie, alin de l'engager à faire cause commune avec lui. Leur arrivée devint l'occasion d'une vive discussion au sénat. Xiculencatl fils, qui avait été vaincu trois fois par Corlès, et quelques seigneurs du même parti, voulaient qu'on acceptât les propositions des Aztèques, et prédisaient que l'alliance avec les étrangers finirait par l'asservissement commun de tous les peuples du nouveau monde. Mais les partisans des Espagnols, à la tète desquels se trouvait le vieux Maxicatzin, étaient les plus nombreux; ils traitèrent le jeune Xicotcncatl de traître et de faux prophète, le privèrent de son commandement et le jetèrent en prison. Les ambassadeurs mexicains, voyant la tournure que prenait l'affaire, se retirèrent en secret. Marina eut connaissance de ce qui s'était passé. Elle en informa Cortès, et celui-ci redoubla de soins auprès de ses partisans, et réussit, à force de prévenances, à gagner ses adversaires. Il sollicita même et obtint la mise en liberté du jeune Xicotcncatl, et cet acte de haute politique le rendit de plus en plus populaire.
Nous disions que, tout en se retirant de Mexico, Femaiid iMiiii ulisnlmuciit décidé à y revenir, el qu'il n'avait renoncé à aucune de ses espérances.
Sa situation était meilleure qu'on n'eût pu le supposer après le revers qu'il venait d'essuyer. Il avait encore autant d'Espagnols sous ses ordres que lors de son premier départ pour Tenochlillan , et il connaissait mieux le pays. Les (lernpoallans et les Tlaxcallans surtout étaient pour lui des allies d'une fidélité à toute épreuve. Corlès, persuadé qu'il ne pourrait s'emparer de Mexico que s'il était matlrc des lacs, résolut de faire construire à cet effet une flottille de treize brigantins. Il fit abattre et façonner les bois nécessaires dans les montagnes voisines, et décida qu'on les transporterait par pièces détachées au lieu où les bâtiments devraient être lancés. Il tira de la Vcra-Cruz le fer, les cordages, et le reste des vaisseaux qu'il avait démantelés précédemment, et lit venir aussi des munitions el plusieurs pièces de campagne. Quelques officiers embarqués sur quatre des vaisseaux de Narvaez se rendirent à la Jamaïque pour y acheter des armes, de la poudre et. des chevaux.
Sur ces entrefaites, la province de Tcpeyacac, voisine de TIaxcalla, et qui s'était reconnue vassale de la couronne de Castille, céda aux sollicitations des Mexicains; ses chefs reçurent une garnison aztèque, firent occuper le chemin qui mène de la Vcra-Cruz à TIaxcalla et massacrer quelques Espagnols qui le parcouraient sans défiance. Cortès ne pouvait laisser impunie une semblable infraction aux traites: il se disposait à demander aux indigènes d'entrer en campagne avec lui , lorsqu'on apprit que les Tepcyacans avaient envahi le territoire de TIaxcalla. Le sénat supplia alors Fcrnand d'embrasser sa cause, et celui-ci Sot assez heureux pour pouvoir accorder comme grâce ce qu'il se disposait à. solliciter comme faveur. Le jeune Xicotencall, parfaitement réconcilié avec le général, fut chargé de rassembler une armée de réserve dans les villes de la république, cl on fit
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demander leurs conlingenis à fiholullan et aux républicains do Huexotzinco. Cortès ec mit en marche à la lôte rte quatre cent vingt Espagnols et rte six mille archers tlaxcallans ; une armée indigène que les hisloricns de la conquête font monter à cent cinquante mille hommes se réunit bientôt a lui. Acatzinco, Tcpcyacac et les antres Tilles de la confédération des Tepeyaeans furent prises et pillées durant une campagne rte quelques semaines; on réduisit leurs habitants en esclavage'. Les Mexicains, qui occupaient plusieurs cités dans ces parages, furent battus en toute rencontre par Cortès ou par ses lieutenants, La seule attaque dirigée par Salcedo contre la ville de Tochlcpee fut malheureuse, et coûta la vie à quatre-vingts Espagnols, t'n détachement commandé par Ordaz et Davila vengea ces derniers. Il se rendit maître de Toclitepec, la cité fut pillée, la garnison massacrée, le sang imligcne coula a flots.
Cette série de succès eut d'incalculables résultats pour le capitaine général; elle rétablit le prestige attaché à son nom, releva le courage rte ses compagnons d'armes, et rendit plus étroits les liens qui l'unissaient aux Tlaxcallans, Une foule de princes indigènes et de cités puissantes lui envoyèrent des députés pour contracter alliance avec lui.
Bientôt après l'armée de Corlès se trouva augmentée de deux cents hommes et de vingt cavaliers européens. De ce nombre étaient cent fantassins que Velasquez rte Léon envoyait a Sarvaez; car le gouverneur de Cuba ignorait encore les deslinées de cet officier. Fernand n'eut pas de peine à attacher les nouveaux venus à sa fortune. Au même moment, un navire chargé de munitions arriva à la Vcra-Cruz, le général acheta la cargaison et la paya généreusement. La joie que ces chances heureuses lui tirent éprouver fut troublée cruellement ; quelques-uns de ses soldats et de ses plus chers compagnons réinsèrent de courir les hasards
1 Corlès fonda une colonie espagnole et une pince forte » Tepejacac , et lui donna le nom de Segvra de la Frontera.
d'une nouvelle campagne contre Mexico, et demandèrent à retourner à Cuba; parmi eux se trouvait cet André de Ducro auquel Cortès avait sauvé la vie. Ni présents, ni prières ne purent triompher de leur répugnance; Cortès chargea en conséquence Alvarado de les conduire à la Vera- Cruz et de présider à leur embarquement.
Après leur départ, notre héros se voyait encore à la léte de cinq cent cinquante hommes d'infanterie, dont quatrevingts arquebusiers, de quarante cavaliers, et de neuf pièces de campagne. Une immense armée indigène se disposait à le suivre. Tandis qu'il faisait ses derniers préparatifs, un nouvel et terrible auxiliaire vint le seconder, La petite vérole, précédemment inconnue sur le continent américain, y fut apporlée par un nègre de Cuba. Elle s'étendit avec une rapidité effroyable, envahit des provinces entières, et dépeupla Cempoallan et un grand nombre d'autres villes, qui, depuis lors, sont restées presque sans habitants. Parmi les victimes du fléau étaient le vieux Maxicatzin, l'un des chefs de la seigneurie de Tlaxcalla et l'ami le plus dévoué de Cortès; Cuitlahuatl , successeur de Montfzuma sur le trône de Mexico; Totoquihua II, roi de Tlacopan, et Zivanga, roi du Michoacan, État puissant limitrophe de l'empire de l'Anahuac.
Les Mexicains placèrent la couronne sur la tète du prince de Tlatclolco, Quauhtemotzin ou Quauhlemoc, plus connu sous le nom de Guatimozin, et dont il été question déjà dans la première partie de notre travail. Le jeune roi , âgé de vingt ans à peine s'était distingué à la guerre pendant les dernières années du règne de Montézuma ; ennemi irréconciliable des Espagnols, il adopta les plans et la politique de son oncle Cuitlahuatl, acheva de mettre sa capitale sur un pied de défense respectable, et fil faire de grands travaux pour en rendre les abords de plus en plus difficiles.
' Quelques auteurs disent même qu'il n'avait que dis-liuit ans.
SECONDE PARTIE
Tellepan-Quelzal monta sur le trône de Tlacopan.
Les deux nouveaux rois adressèrent un chaleureux appel à leurs vassaux et allies, et envoyèrent une ambassade à Tangaxoan II, qui venait de ceindre la couronne de Michoacan , pour l'engager a se joindre à eux lorsqu'il s'agirait de repousser les odieux étrangers qui menaçaient la vallée de l'Anahuac d'une seconde invasion. Tangaxoan accueillit favorablement les envoyés mexicains, et leur promit de venir au secours de l'empire.
Cortés, ayant pris tontes ses dispositions, i>nssa la revue de son armée et se mit en route le 26 décembre 1520. Six mois s'étaient écoulés depuis la fatale retraite des Espagnols. Le passage des montagnes s'effectua heureusement, malgré lis difficultés qu'occasionna le transport de l'artillerie.
Pendant son séjour à Tlaxcaila, Fcrnand avait envoyé deux ambassadeurs indigènes [l'un des deux était fils de Netzalmalpilli) ù Cohuanacoch, successeur de Cacama sur le trône de Tczcuco ou d'Acolbuacan, pour lui faire savoir qu'il était déterminé a continuer la guerre jusqu'à l'entière soumission des Mexicains, et a établir son quartier général à Tczcuco, ainsi qu'il en avait le droit, ce pays ayant reconnu la suzeraineté de Charles-Quint. Pour toute réponse, Cohuanacoch, ami des Aztèques, avait fuit massacrer les deux ambassadeurs.
Cependant le roi fut saisi de crainte lorsqu'il sut que le capitaine général se trouvait déjà dans la vallée. Il envoya donc à sa rencontre quatre des principaus personnages de sa cour, chargés de lui remettre plusieurs objets de trèsgrand prix et de lui dire que leur maître lui souhaitait la bienvenue, et l'invitait à venir s'établir à Tezcuco, où il serait reçu el servi comme il devait l'être. Cortès lit l'accueil le plus sévère aux quatre ambassadeurs, leur dit que les perfidies de Cohuanacoch lui étaient connues, et le déclara déchu du trône en sa qualité de rebelle à son prince légitime. Lorsqu'on rapporta cette réponse au roi , il s'embarqua
avec le plus Je ses nobles qu'il put rassembler et se rendit à Mexico pour y sonlcnir Gualimozin.
Cependant après le désastre du t" juillet, Ixllilxochitl, dont chacun connaissait le dévouement îiux Espagnols, avait Été obligé de se retirer, avec quelques-uns de ses frères qui suivaient son parti, dans une maison de campagn» qu'il possédait à Tepepulco, l'une des provinces qui lni étaient soumises. Aussitôt qu'on l'eut informé du relour de Cortès, i! alla au-devant de lut jusqu'à Tlcpebuacan , renouvela son alliance avec lui, et lui offrit une élégante enseigne eu or comme gage de son amitié. Il le conduisit ensuite à Tezuuco dans son propre canot. Les Espagnols y arrivèrent le 31 décembre; ils trouvèrent la ville presque déserte, et craignant que cet abandon ne cachât quelque trahison , ils voulurent la saccager pour punir les fauteurs de troubles. Ixtlilxoehill prévint ce malheur en les suppliant d'avoir pitié du pauvre peuple qui était parfaitement innocent, mais il ne put empêcher les Tlaxcallans d'assouvir leurs vieilles haines en mettant le feu aux demeures de quelques seigneurs et au magnifique palais de Netzahualpilii; les anciennes annales du pays et une quantité prodigieuse de documents du plus haut intérêt périrent dans cet incendie.
Au bout de peu de jours, la tranquillité se rétablit a Tezcuco, beaucoup de nobles y revinrent.
Cor tes leur promit de faire reconnaître comme roi et maître légitime, à la place de Cohuanacocb, le prince qui serait généralement préféré. Cette proposition ayant été accueillie avec de grandes démon si râlions de joie, toutes les voix se portèrent sur Tccocoltzïn , i'un des tils naturels de Netzahualpilli, récemment baptisé sous le nom de Fernande t C'était, disent les annales du pays, un homme très-grand , des manières les plus nobles et les plus agréables; sa carnation était aussi belle et aussi blanche que celle des Européens. On voyait à sa personne et à son langage
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qu'il descendait d'illustre race; il parlait l'espagnol, et Certes aimait à traiter avec lui des affaires qui avaient rapport à la guerre et lui demanda II souvent ton avis. »
Le prince Ixtiilxochitl, loin de se montrer jaloux de cette élection, l'approuva hautement. Teeoeollzin commença à. gouverner avec beaucoup de prudence; il fit préparer un grand nombre d'armes offensives et défensives, fortifia sa capitale pour la mettre à l'abri des atlaques de l'ennemi et expédia des envoyés dans les villes et provinces dépendantes du royaume de Tczcuco; elles abandonnèrent toutes, successivement , le parti de Cohuanacoch, pour embrasser celui des Castillans.
Sur ces entrefaites, les principaux chefs de h province de Cbalco, tt'Ès-iniporlanle pour l'uppruvismiiiK-mcnt de Tezcuco et de l'armée, se réunirent afin de décider de la conduite qu'ils devaient tenir. Les uns étaient d'avis de réunir leurs forces à celles des Mexicains, les autres de faire alliance avec Curies. Ne pouvant lomber d'accord, ils chargèrent deux des leurs d'aller consulter Ixtlilxochifl, et celuici leur dit : t Recommandez aux seigneurs de Cbalco de bien se garder de prendre les armes conlre le général espagnol el ses compagnons; car, s'ils le font, ils n'en recueilleront que de la honte, s Les chefs, ayant reçu cette réponse, s'empressèrent d'envoyer à, Cortcs des ambassadeurs pour contracter alliance avec lui.
Fernand fit partir de Tezcuco plusieurs expéditions; il dirigea les unes en personne, et lit commander les autres par ses officiers et par le prince Ixtiilxochitl. Son but était de réduire Mexico à ses propres forces; il y réussit, battit ics Aztèques en diverses rencontres, vainquit plusieurs des villes situées le long du lac, en détruisit d'autres et reçut la soumission d'un grand nombre de cités el de seigneurs qui, fatigués du joug mexicain, vinrent humblement solliciter son alliance.
Gitatimozin et Cohuanacoch, le roi détrôné des Acolbuas,
furent trûs-irrités lorsqu'ils apprirent qu'un des princes légitimes de Tczcuco se signalait dans les rangs de leurs ennemis. Ils prévoyaient qu'Ixililxochill serait d'un puissant secours pour les Espagnols, et qu'il ferait un mal incalculable aux indigènes. Ils promirent, en conséquence, do trèsgrandes récompenses à celui de leurs capitaines qui parviendrait à s'emparer du redoutable prince ou à le tuer. Un noble très-brave de la maison d'Iztacpalapan 1 se détermina à tenter l'enlreprisc, et promit aux deux rois de leur amener Ixtlilxochitl prisonnier à Mexico. Mais celui-ci, en ayant été informé, résolut d'en tirer vengeance, et envoya un déli à son adversaire. Les deux guerriers se rencontrèrent dans les plaines d'Izfacpalapan, et se livrèrent un combat singulier dont les deux armées restèrent spectatrices. Ixtlilxochill vainquit le ebampion des Mexicains , lui atlacha les pieds et les mains et le brûla vif sur un bûcher composé de glaïeuls secs. « Annoncez a votre maître Quauhtemoch et à mon frère Coliunacoch, dit-il ensuilc aux Mexicains, qu'avant d'être prisonnier, je ferai de leurs personnes ce que je viens de faire de ce chef. »
Vers ce temps, Telocoltzin, roi de Tezcuco , mourut, à la Heur de l'âge et Irès-regretté de Corlès; les Acolhuas désignèrent Ahuaxpitzaclzin, l'un des fils naturels de Nelzahualpilli, pour lui succéder 1 . Mais, peu de jours après cette élection, Corlès cl plusieurs nobles personnages du pays demandèreni qu'on décernât la couronne au valeureux prince Ixtlilxochitl, auquel d'ailleurs elle revenait de droil en sa qualité de prince légitime. Il fut acclamé avec enthousiasme.
Ixtlilxochitl conliuua l'œuvre de son frère Tecocolfzin. Il fit auginenier les forlilications de l'enceinte et des principaux édifices de sa capitale. Par ses ordres, on y apporta les fèves, le maïs cl les vivres qui se trouvaient réunis dans les différents greniers du royaume; ou en eut ainsi suffisamment
1 Signifie la ville blanche.
* Ce prince fut bapliaé plus tard sous le nom de Carlos.
SECONDE PARTIE
pour nourrir l'armée espagnole et colle des alliés. Le nouveau roi fil faire aussi le recensement de ses sujels valides, et il se trouva que la seule province d'Acolhuacan pouvait lui fournir deux cent mille hommes en état de porter les armes.
Pendant ce temps, on n'était pas inactif à Mexico. Guatimoztn, Cohuanacoch , etTetlcpan-Quetzal.roido Tlacopan, y réunissaient des vivres et des soldats, afin de pouvoir résister aux assaillants, et leur faire le plus de mal possible.
Tangaxoan ÎI, roi du Michoacao , prince très-puissant et chef d'une nation belliqueuse, avait reçu favorablement, on s'en souvient, les envoyés de Guaiimozin. Un secours de deux cent mille hommes avait élé promis aux souverains de l'Anahuac, mais au moment où les trois rois amendaient d'un jour à l'antre l'arrivée de cette armée auxiliaire, ils éprouvèrent ia plus cruelle déception ; ils apprirent que Tangaxoan les abandonnait, el qu'il avai! donné à ses troupes l'ordre de se disperser sur-le-champ.
Don Fernand d'Alva ïxliilxocbill raconte dans les termes suivants cet événement si funeste pour la puissance aztèque 1 ; nous eslimons devoir nous attacher a ses propres expressions pour faire ce singulier récit : * Les ambassadeurs mexicains, dit-il, avaient rendu compte a Tangaxoan du châlimenliniligépar Corlès aux habilanls de Cholullan et du massacre de la noblesse mexicaine par ordre d'Alvarado, et lui avaient dit que c'étaient de cruels tyrans qui ne songeaient qu'à s'emparer du bien d'autrui.
> La sœur du roi assistait à ce récit, et en fut t rês-e (Travée ; elle se persuada que la prophélie de ses ancêtres allait être accomplie, et que cette nation nouvelle deviendrait maîtresse du pays; pour n'en pas être témoin, elle se décida à su laisser mourir de faim.
» Selon l'usage observé à l'égard des rois cl des gramlj
1 TTit'uire ries r/ilc/iimèr/nci, liv. Il , p. 234.
seigneurs, on plaça son corps dans un des souterrains du grand temple, où on devait le brûler pour en conserver les cendres, après l'avoir veillé pendant quelques jours.
» .Mais clic ressuscita le quatrième jour, et ordonna aux veilleurs d'aller appeler le roi son frère, parce qu'elle avait a lui communiquer des choses importantes touchant le bien de sou royaume et dcsesvassau\. Les gardiens, très-c- tonnés, allèrent prévenir le roi, qui arriva en toute hâte. Elle lui dit alors qu'elle venait lui ordonner, de la part du vrai Dîcu, Seigneur du ciel et de la terre, de déposer les ormes et de licencier l'année qu'il avait réunie pour aller au secours des Mexicains. Vous ne pourrez réussir à arrêter la nation qui a une croix pour défense et pour bouclier, et qui apporte le culte, de ce vrai Dieu , ajouia-t-elle ; recevez-la en amie dans vos Étals, afin que le Seigneur y soit connu et adoré. J'ai vu le lieu où vont ceux qui ne le connaissent pas : ils y souffrent des peines éternelles et intolérables; mais j'ai vu aussi la gloire dont jouissent ceux qui se sauvent par la foi et la religion que celle nation apporte.
» Le roi Tangaxoan fut tellement frappé de la résurrection de sa sieur et des paroles qu'elle prononça, qu'il déposa les armes, n'envoya point de secours aux Mexicains, et licencia les deux cent mille hommes qu'il avait réunis. C'étaient des Michoacans ou Taraques et des Téochicliimèques; ces derniers sont la nation la plus belliqueuse de la Nouvelle- Espagne.
» Ce que je viens de rapporter, dit en finissant le vieil historien américain, est tiré des peintures et des relations du royaume de Michoacau, et je l'ai entendu raconter fort souvent à D. Constantin lluizimengazi , petit-fils de Tangaxoan et seigneur actuel de cette province. •
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