‹ L'Empire mexicain histoire des Toltèques, des Chichimèques, des Aztèques et de la conquête espagnole par le vicomte Th. de BussierreChapitre 30 sur 45 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Suite du précédent. — Les hriganlina. — Cnwinenwmpnl du siégr de Mexico.

Trois mois s'étaient écoulés depuis l'arrivée de Cortès à Tozcuco. Il apprit alors que les bois et les autres matériaux destinés a la consl roc lion des (reize briganlins Étaient prèls à Tlaxealla.

Le capitaine général enjoignit à Sandoval de diriger l'expédition qui devait les transporter à Tezcuco, et de châtier les habitants de Zallèpec, qui avaient immolé à leurs dieux quarante Espagnols et trois cents Tlaxcallans, dont ils s'étaient emparés sur la route delà Vera-Cruz'. Sandoval, jeune homme plein d'un bouillant courage, se conforma aux ordres qu'il avait reçus; après avoir l'ait passer au lil de l'épée la population mâle de Zallèpec, il dirigea avec une admirable Iiabilelé le convoi chargé du transport des bois el le disposa de façon à le mettre a l'abri de toute surprise. Ce convoi, prolégé par une troupe espagnole el par vingt-huit mille Tlaxcallans, s'étendait, au rapport des contemporains, sur une distance de six milles, une forte avant-garde le précédait; plusieurs détachements veillaient sur ses cûlés. Malgré la difficulté de sentiers à peine frayés, Sandoval ne perdit pas un homme, et entra à Tezcuco dans un ordre aussi parfait que s'il fût venu d'une revue. Feriiand l'accueillit avec les plus grands honneurs. Castillans et indigènes le saluèrent de frénétiques acclamalions.

Le capitaine général ordonna qu'on procédât immédiatement à la construction des navires, et huit mille ouvriers acolhuas furent chargés par Ixllikochitl de creuser un canal de douze pieds de profondeur, sur une longueur de deux milles, pour conduire les brigantins de Tezcuco au lac.

' D'après D. Fernand d'Àlva Ixllikochitl , Cohuanacoch , le roi dulraiie d« Teîcuco, avait été l'instigateur de ce guet-apcna.

Cependant Guatimozin et ses deux collègues', bien qu'abandonnés de la plupart de leurs vassaux et alliés, fiaient résolus à défendre leurs couronnes et à ne pas se laisser imposer le joug des étrangers. Le jeune roi de Mexico était l'àme de la résistance; il fit attaquer plusieurs des provinces qui s'étaient déclarées pour les Espagnols, celle de Chalco entre antres; mais Cor lès, envoyant de prompts secours à ses alliés, et se rendant lui-même fort souvent sur le théâtre des combats, déjouait toutes ce3 tentatives.

En même temps le capitaine général poursuivait le cours de ses explorations et de ses conquêtes; il poussait des reconnaissances autour du grand lac, se rendait maître, après un combat Irès-vif, de Tlacopan, capitale du troisième, royaume de l'Anahuac, et tous les jours, pour ainsi dire, il recevait les envoyés de quelques seigneurs ou de cités importante!;, qui, excités par Ixtlilxochiil, s'empressaient de faire leur soumission à la couronne d'Espagne. Celle-ci s'arrondissait de la sorte aux dépens de celle de l'Anahuac. Toutefois les Castillans et leurs alliés eurent à subir en plusieurs occasions des luttes acharnées; l'entrée des villes de Xaltocan 1 et de Quauhnabuac leur l'ut disputée avec beaucoup de courage. Xocliimilco ', située sur le lac de Clialco, et célèbre par ses iles lloltantes, ses jardins et ses tlcurs incomparables, se défendit plus énergiquement encore ; vingt mille hommes, portés sur deux cents canots, attaquèrent les assaillants plusieurs jours de suite; le capitaine général eut son cheval tué sous lui, et fut délivré par les Tlaxcallans au moment où l'ennemi, maître de sa personne, allait l'immoler aux dieux \

' Les trois rois étaient réunis alors à Meiicû , et y restèrent pendant la durée du siège.

3 Signifie pays sablonneux.

5 La fleurie, dexochill, fleur.

' Sous n'entrons pas daus le détail des expéditions diverses qui précédèrent le siège de la capitale , et qui eurent pour résultat l'isolement de

SKC0N11E PARTIE.

Tandis que CoriÈs, brave enlre les plus braves de son armée, remplissait il la fois les devoirs du gênerai et du soldai, une conjuration se Irainait conlre lui clans son propre camp. Quelques-uns des anciens partisans de Yelasquez, excités par un soldat nomme Antonio Villafana, avaient résolu d'assassiner le capitaine, ainsi que ses amis les plus dévoués, notamment Bernai Diaz, Sandoval, Alvarado et Olid, et de s'en retourner ensuite â Cuba. La veille du jour où le complot devait éclater, l'un des complices, pris de remords, le dévoila à Fernand, et lui remit la liste des conjurés et celle des victimes désignées au fer des assassins. Cortès arracha l'aveu de son crime à Villafana, le lit juger le soir meure et pendre a la porte de sa maison. Il feignit de croire que cet homme avait été le seul coupable, parce qu'il ne voulait pas qu'on sût qu'il avait tant de traîtres autour de lui; mais i! connut, à partir de ce temps, quels étaient ses véritables amis et quels étaient les bommes dont il devait se défier et faire surveiller les démarches.

Sur ces entrefaites, les brigantins se trouvèrent prêts, et après cinquante jours d'un travail très -opiniâtre le canal était achevé. Cortès décida que la flottille serait lancée le 28 avril 1521, avec la plus grande solennilé, et en présence de l'armée castillane et indigène. Le père Olmedo célébra une grand'messe, à laquelle tous les Espagnols communièrent; puis, revêtu de ses ornements sacerdotaux, il s'avança vers les brigantins, les bénit, et donna un nom à chacun d'eux au moment ou il pénétrait dans les eaux du canal. Le succès complet de l'opération fut considéré par les assistants comme le présage d'une victoire prochaine; et au moment où on vit les navires, arrivés au lac, se balancer avec grâce sur leurs quilles et mettre à la voile, de longues acclamations les saluèrent du rivage. On entonna un

plus en plus complet des Mexicains. Les indications générales suffisent pont dessiner In position ; un récit circonstancié fatiguerait bramement le lecteur et serai! de peu d'intérêt.

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L'EHPJRE MEXICAIN.

Te Deum, auquel le bruit formidable de l'artillerie servit d'accompagnement.

Fernand Cortès, tout en faisant ses préparatifs, regrettait d'exposer aux horreurs d'un siège la superbe ville de Mexico, capitale du nouvel empire dont il dotait la couronne de son maître. Il lit faire encore à, plusieurs reprises de pacifiques propositions à Gualimozin, lui demandant simplement de se reconnaître vassal de Charles-Quint; a cette condition il devait conserver sa couronne. (Juatimozin rejeta lïÈrement toutes les propositions et lit massacrer les envoyés de son ennemi. C.ortès proclama en conséquence le siège de Mexico et demanda à ses alliés de lui amener leurs troupes; elles vtnrcnl, fortes de cent cinquante mille hommes, suivant quelques auteurs, de deux cent mille d'après lus écrivains indigènes 1 , commandées par des chefs qui portaient, cha-

plumcs, en or et en pierreries. Le général avait reçu récemment encore quelques renforts européens; il se trouvait à la tète de neuf cents hommes d'infanlcric, de quatrevingt-six cavaliers, et disposait de quinze pièces de campagne en bronze, de (rois grosses pièces de siège en fer et d'une grande quantité de balles et de boulets; quant à la poudre, il n'en avait que douze cents livres.

Fernand distribua les commandements; il se réserva celui de la flottille , et s'adjoignit le prince indigène Ixtlilxochitl; ce jeune rejeton de N'elzahualpifli, partisan zélé des Espagnols dès la. première invasion de l'Anahuac, s'étail familiarisé ;i ver leurs mœurs et même avec leur langue, et il était devenu pour Fernand, on a pu s'en convaincre déjà, le plus mile et le plus dévoué des eoopéntlcurs. Au moment de l'entrée en campagne, un envoyé des trois rois vint lui

' lion Fernand d'Àiva afliriue qu'un avait n'uni (jmjiiiirile milli- miviii'r- |x>ur construire les pouls et pour les autres travaux. Cet auteur fait l'enuuidralioii des roiiti np'iits des ilMIéivulcï piminces dépendantes 6a royaume de Tiwiwri nu alliées , et arrive au chiffre de deux cent mille bonimcs.

SECONDE PARTIE

reprocher de trahir sa pairie et ses parents pour se mettre au service des fils du soleil; mais Ixtlikochiil lui répondit : « Je veux être l'ami de ceux qui m'apportent les lumières de la foi ; je leur serai toujours favorable; je les aiderai en tout, et, s'il le faut, je saurai mourir pour eux. t

On divisa l'armée eu trois grands corps, de forces à peu près égales, et dirigés par Alvarado, OJid et Sandoval; plusieurs chefs espagnols et indigènes furent placés sous les ordres de ces corn mandants principaux. Le corps d'armée d' Alvarado fut chargé d'occuper Tlacopan; celui d'Olid, d'aller prendre poste à Cuyoacan; enfin Sandoval devait attaquer et détruire Iztacpalapan, s'avancer ensuite par la chaussée du lac, appuyé par les brigantins, forcer les palifsailes et s'établir a Tepcaquilla, lieu où fut érigée plus lard l'église de Notre-Dame de Guadalupe. Corlès, avant de partir, publia, pour le maintien de la discipline, une ordonnance qui nous a été conservée, et dans laquelle se trouve le passage suivant, digne d'être rapporté : ' Nul d'entre tous, » y est-il dit, i ne blasphémera les saints noms de Dieu et de la Vierge Marie; vous ne vous prendrez pas de querelle avec vos camarades et vous ne tirerez pas l'épéc eonlre eux. Celui qui usera de violence envers les femmes sera puni de mort. Nul d'entre vous ne s'emparera de la propriété d' autrui, ne punira un indigène ou ne pillera sa maison, a moins que le général n'ait permis le pillage. Les Espagnols feront tout ce qui dépendra d'eux pour se maintenir en bonne intelligence avec leurs alliés indiens. »

Ou se mit en mouvement le dixième jour du mois de mai. Les trois cilés situées en tèle des grandes chaussées qui servaient d'avenues à la capitale furent emportées après une très- vigoureuse résistance. Cette opération eut pour résultat de rerouler les assiégés dans la ville et de les séparer de la terre ferme. Une autre mesure prise par le capitaine général, et qu'ils ne purent empêcher, loin- devint plus fatale encore : on rompit les aqueducs qui menaient l'eau douce à Tcnocli-

titlan, et dès lors In nombreuse population de celte vaste cité se vît condamnée aux horreurs de la soif. C'était le prélude des épouvantables calamités qui devaient fondre sur elle.

Mexico ne ressemblait en rien aux places fortes du vieux monde; ses principaux moyens de défense consistaient dans sa position au milieu des eaux, dans ses digues et ses innombrables canaux. Ce fut par conséquent par le lac que Corlès résolut de l'attaquer sérieusement, après que ses lieutenants se furent rendus maîtres des différents postes qu'il leur avait assignés. Le 30 mai, vendredi après la Fète-Dicu, il mit en ligne ses treize briganlins; mais les Aztèques, décidés à défendre leurs foyers avec l'énergie du désespoir, et ù s'ensevelir tous sous les ruines de leur capitale plutôt que de se rendre, ayant vu le mouvement de la lloltille ennemie et en saisissant le but, se précipitèrent dans leurs barques et se portèrent rapidement à sa rencontre. Les esquifs des indigènes étaient au nombre de cinq mille; ils manœuvrèrent pour entourer les navires ennemis, leur couper la retraite et les aborder. Pendant quelques moments, ia position de la flotte fut des plus critiques; un calme plat la tenait clouée à sa place et favorisait le projet des Mexicains; mais soudain une brise fraîche s'éleva et gonfla les voiies des briganlins; dès lors la scène changea : la majeure partie des esquifs fut coulée, les autres prirent la fuite, après une résistance désespérée et un si effroyable carnage , que le lac présentait l'apparence d'une mer de sang. A la suite de cette victoire navale, le général, maître du lac, établit ses quartiers plus près de la ville assiégée, et coupa ses dernières communications avec le dehors. Un premier assaut lui ouvrit la grande rue méridionale de la ville, et lui permit d'arriver, au milieu d'une grêle de traits, au temple de Huitzilopochtli, qui fut saccagé; Cortès et Ixtlilxochitl y pénétrèrent ensemble; celui-ci abattit la tète de l'idole aux pieds de laquelle il s'était prosterné jadis, Fernand lui enleva son masque d'or, enrichi de turquoises et d'émeraudes. Les alliés pillèrent

SECONDE PARTIE

plusieurs rues el y mirent le feu. Le nouveau roi de Tezcuco lit des prodiges de voleur dans ce premier combat; les Mexicains continuaient à le traiter de traître et de parricide, mais il persistait à repousser leurs reproches avec un dédain superbe, et à leur répondre nu'il n'y avait de salut pour eux que dans la soumission.

La nouvelle du succès obtenu au cœur même de Tenoehlillan répandit une grande consternation dans le royaume ù\; Mexico, el donna de nouveaux alliés aux vainqueurs; les ïiltes du lac et les autres lieux qui avaient hésité jusqu'alors ne résistèrent pas davantage, firent leur soumission, et amenèrent à l'armée un renfort de vingt mille hommes et une grande quantité de provisions fraîches.

Cariés voulait préserver la ville; IxtlUxochitl, plus au fait des mœurs du pays, lui représenta que le seul moyen de s'en rendre maître ûlail de détruire successive ni eut les quartiers dont on s'emparait, et d'employer les matériaux à combler les canaux; le général s'y résigna avec un profond regret. Bientôt après, l'œuvre de destruction commença par le palais d'Axacayatl, où le malheureux Montézuma avait offert aux étrangers une hospitalité si cruellement récompensée, el par celui de Tolocalco, qui renfermait les volières et les ménageries royales.

Plusieurs assauts successifs permirent aux Espagnols de pénétrer dans divers quartiers, mais les Aztèques s'y défendaient avec une incomparable énergie; ils passaient ies nuits à réparer les brèches et les désastres des journées, à élever de nouveaux retranchements, à creuser de nouveaux fossés. Le siège n'avançait presque pas, bien que, par les chaussées, on resserrât de plus en plus les assiégés.

L'armée était fatiguée de ces attaques incessantes et désirait en finir d'un coup. Corfès, voyant cette disposition, réunit son conseil et lui demanda s'il était d'avis de poursuivre le même système, ou de faire avancer simultanément vers le centre de la ville les trois divisions de l'aimée et la sa.

flotlille, pour tenter une allaque générale. La question fui

l'attaque générale.

Le jour suivant, après une messe solennelle, les Espagnols el leurs alliés se mirent en mouvement; Cortès el Ixllihocliitl prirent la direclion d'une colonne forte de ccnl Espagnols et de huit mille Indiens. Ce corps d'armée fit d'abord des prodiges de valeur, el rien ne semblait devoir lui résister, il poursuivait les Mexicains l'épée dans les reins; ceux-ci s'arrêtaient de temps en temps comme pour combattre, puis ils avaient l'air de lâcher pied et de prendre la fuite; c'était «ne manœuvre habile, au moyen de laquelle ils cherchaient à attirer à leur suite Cortés et ses gens. En effet, ceux-ci n'avaient pas songé, dans l'ardeur du combat, à combler les fossés qu'ils laissaient derrière eux; mais au moment où ils eurent passé le point le plus étroit de la chaussée, les Aztèques firent brusquement volte-face, se ruèrent avec impéluosité sur les assaillants, et au même instant des barques chargées d'hommes et qui s'étaient tenues cachées derrière les palissades, parurent aux deux céiés de la digue cl attaquèrent les Espagnols en flanc. Un grand nombre d'entre eux furent pris, d'autres jetés dans les canaux; un désordre affreux se mil dans leurs rangs. Six chefs mexicains se saisirent de la personne de Corlès et l'entraînaient déjà pour le sacrifier a leurs dieux, mais trois de ses gens le délivrèrent au péril de leur vie. Il allait être repris lorsque son major, don Chrisloval de Guzmau, lui céda son cheval. Cet ami fidèle tomba vivant aux mains de l'ennemi, et mourut sous le couteau du sacritiealeur. Fernand se précipita dans le canal, et sa monture le traversa à la nage, a Au moment où il le passait, dit D. Fernand d'Alva, dans sa relation de la conquête, un Mexicain l'atteignit et s'apprêtait à lui couper la têtu, mais Ixtlilxochil! survint, et sa forte épée coupa ic Mexicain en deux. On trouve ce fait d'armes représenté sur la porte de l'église de Saint-

SECONDE PARTIE

Jacques à TIalilolco ; il a été faussement attribué à un Espagnol, domino le jeune roi de Tezcuco rendait ce lion service à Cortès, il reçut à l'oreille gauche une pierre qui manqua lui faire jaillir la cervelle. Il mit de la terre dans sa blessure, puis il quitta ses vêtements, ne gardant que son bouclier rond et sa massue, et combattit corps à corps un autre chef mexicain; il eut dans cette affaire le bras traversé d'une flèche et le genou atteint d'une pierre, ce qui ne l'empêcha pas d'assommer encore un général ennemi qui l'avait délié. Après ce troisième exploit, par un grand effort de courage, il arracha de son bras la (lèche qui lut causait une douleur excessive. Ses soldats pansèrent sa blessure, et lui appliquèrent certains médicaments qui le guérirent en peu de jours. La blessure pansée, Jxtlilxochitl rejoignit Cortès dans la rue de Tlacopan, et tous deux, toujours vivement poursuivis par l'ennemi, eurent beaucoup de peine a regagner le camp. »

Tandis que le capitaine général courait ces dangers, la

lancèrent dans ses rangs les tèles de quelques Espagnols en criant que le même sort attendait tous les ennemis de l'empire. A celte vue, les alliés indigènes épouvantés prirent -la fuite dans le plus grand désordre, et les Castillans, attaqués de tous les cotés à la t'ois, durent battre en retraite. Laissons parler ici Bernai Diaz, le premier des historiens de la conquête; il se trouvait lui-même dans cette division, a Pendant que l'ennemi nous poursuivait, dit-il, le bruit terrible des timbales et des trompettes retentissait sur la (errasse du temple principal et appelait tous les Mexicains aux armes. Celte affreuse et lugubre musique; comparable à celle de l'enfer, s'entendait à trois lieues à la ronde. En ce moment, elle annonçait qu'on allait sacrifier nos infortunés camarades prisonniers. Nous finies halte un moment, nous tes vîmes entraînés sur la plate-forme du sanctuaire, la tète chargée de plumes, forcés de danser devant la hideuse idole avant

d'être étendus sur la pierre fatale. Celle vue nous plaça (l'horreur, fit en même temps nous avions nos propres vies à défendre, car l'ennemi nous pressait avec une indescriptible fureur. Nous dûmes notre retour dans nos quartiers à la seule protection de Dieu, o

La troisième division, commandée par Sandoval, rencontra la même résistance que les deux autres, mais elle éprouva moins de pertes. Lorsqu'elle eut repris son ancienne position, Sandoval vint trouver Corlés. Le général le reçut les larmes aux yeux. » C'est à cause de mes péchés que ce malheur est arrivé, mon fils, lui dit-il, mais la faute en est au trésorier Alderete qui a négligé l'ordre que je lui avais donné de combler les fossés à mesure que nous avancions. • Alderete, présent à l'enlrelien, s'écria avec beaucoup d'aigreur que jamais il n'avait reçu d'ordre semblable, et que c'était le général qui avait manqué à toutes les règles de la prudence en avançant sans avoir de retraite assurée. Faisons observer cependant que, dans sa relation, don Fcrnand d'Alva Ixtlilxochitl, le mieux informé des historiens, dit en termes formels que le trésorier avait été chargé d'abattre let maisons et de combler les canaux.

Quoi qu'il en soit, la dispute n'alla pas plus loin, Cortès comprit qu'à tout pris il fallait éviter les divisions parmi les siens; mais il n'en est pas moins vrai que toute l'armée le blâma, et qu'à la suite de cette fatale journée la démoralisation fut grande parmi les Castillans, plus grande encore parmi les alliés. Soixante Espagnols au moins avaient été tués pendant le combat, ou pris et sacrifiés, onze ou douze cents hommes des troupes auxiliaires étaient restés sur le champ de bataille, on avait perdu un canon, plusieurs chevaux, un grand nombre d'armes, de canots et de munitions.

La victoire releva le courage des Aztèques. Ils la célébrèrent par huit jours de fêtes, de danses, d'illuminations et de cérémonies religieuses ; ils ouvrirent de nouveau les

SECONDE PARTIE

canaux et rétablirent les ponts. (iualimozin envoya par des messagers royaux des tûtes d'Espagnols dans les provinces voisine» de Tenochtillan, et il eut soin de répandre que Huitzilopochtli , satisfait d'avoir tu couler le sang ennemi sur ses autels , avait annoncé qu'avant huit jours révolus il n'y aurait plus un Espagnol dans l'empire de l'Anahuac. Cette prophétie lit des dupes parmi les indigènes , différentes villes qui jusqu'alors avaient cherché prudemment à l ester neutres, afin de voir venir les événements, se prononcèrent pour les Mexicains. Mais la fidélité des Tlaxcallans, des Otomis , des autres alliés des Castillans et le dévouement d'ixtlilxochitl ne se démentirent pas dans ces circonstances critiques.

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