CHAPITRE QUATORZIÈME
Gouvernement de la première audience, soas la présidence de Nuno de Guiman. — Rapports de Ziimarraga, évèque de Mexico. — Conquêtes de Gimuan.
Peu de jours après l'arrivée des deux auditeurs à Mexico, on apprit que Nuilo de Giizman avait quitté Panuco, pour se rendre à son nouveau poste. Salazar, remis en liberté, s'empressa d'envoyer au-devant du président de l'argent, des rafraîchissements, des étoffes et des tailleurs pour lui faire des vêtements, ainsi qu'aux personnes de sa suite. Albornos se porta à sa rencontre avec des lévriers de chasse. Les auditeurs, endoctrinés par Salazar, chargèrent Antonio de Carvajal et Hojeda , les régidors de Mexico, d'aller trouver Nuno à mi-chemin et d'accuser devant lui Corlès et ses amis; Nuno fut ravi de ces confidences.
Il arriva a Mexico, très-étormé de la grandeur et de la ricliiissc île la Nouvelle -Espagne, qu'il avait traversée presque entièrement pour se rendre dans cette ville. On lui fit une magnilique réception; des Espagnols allèrent au-devant de lui, à quelque distance de la capitale, les uns à pied, les autres à cheval; les indigènes, couverts de leurs plus beaux vêtements, exécutèrent en son honneur leurs danses et leurs jeux nationaux; des arcs de triomphe décoraient les rues par lesquelles Guzman devait passer. Tout le inonde, en effet, se réjouissait de son arrivée, car on espérait que l'installation de la nouvelle, autorité mettrait un tenue définitif aux désordres auxquels l'Anahuac avait été livré pendant rabsence de Gortès.
SECONDE PARTIE
Mais ces espérances forent promptement détruites. Le président et les membres de l'audience accordèrent une confiance illimitée à Salazar, et celui-ci en profita pour accumuler les accusalions contre le conquérant du Mexique et ses amis, et pour faire inlliger aux indigènes les traitements les plus barbares.
Les premiers se virent dépouillés de lenrs ripartimenlet, de leurs vassaux et de leurs mines, de leurs meubles, de tout ce qu'ils possédaient, en un mot, au prolit de Kuno, des auditeurs et de leurs créatures.
Quant aux seconds, Guzman et ses acolytes commencèrent par envoyer de tous cùlés des messagers indiens chargés d'intimer aux chefs et aux caciques l'ordre de se présenter devant eux. C'était nu certain Garcia dcl Pilar, interprète, très-dévoué à Salazar, ,ct que Cortès avait voulu faire pendre deux ou trois fois, en punition de ses méfaits, qui les recevait , et malheur à ceux qui arrivaient les mains vides !
Après avoir extorqué ainsi aux indigènes leurs bijoux , leurs étoffes, leurs provisions, on confisqua leurs prés, leurs champs, leurs troupeaux et leurs moulins; an bout de quelques mois, les membres de l'audience et leurs complices possédaient chacun vingt-cinq à trente mille pesos d'or, fruits de leurs rapines.
Quant aux emplois, le président les distribua à ceux qui consentaient à partager leurs vols avec lui, sans s'inquiéter de la capacité des sujets. Les fonctions judiciaires entre autres furent confiées aux mains les plus indignes ; ainsi un muletier, nommé Juan Gonzalez, vérilable brigand, débauché et ignorant, devint juge de résidence et alcade major de la Vcra-Cruz, charge qui passait pour la meilleure dû pays.
Guzman inventa encore un autre trafic pour augmenter sa fortune. Au mépris des ordres souvent répétés de son souverain, il dépeupla des provinces entières, notamment celle de Panuco , et, après en avoir marqué les habitants au
moyen d'un fer rouge, il les vendit aux marchands d'esclaves de Saint-Domingue et de Cuba. Beaucoup de ces infortunés Indiens se précipitaient à la mer, pendant la traversée, pour éviter l'esclavage, el lous ils auraient fait de môme si on ne les eût surveillés jour el nuit. Ceux qui arrivaient aux iles étaient si fatigués du voyage, du manque de nourriture et d'air, que des maladies contagieuses ne lardaient pas à se déclarer parmi eux, et ils mouraient par milliers. Une quantité prodigieuse d'indigènes périrent à la peine; beaucoup d'entre eux aussi quittèrent le pays et allèrent se réfugier parmi les tribus sauvages des provinces du nord.
Le royaume de Michoacan, vassal de l'Espagne, lui était toujours demeuré fidèle depuis le moment de sa soumission, et le roi Tangaxoan 11 avait reçu le baptême. Guzman résolut de s'enrichir à ses dépens, et de convenir le Michoacan en une simple province. II fit enlever et conduire à Mexico ie malheureux roi, le jeta dans une étroite prison
vissaient, informés de ses souffrances, envoyèrent, à plusieurs reprises, une très-grande quantité de boucliers d'or et d'argent, de bijoux et de lingots, pour le racheter : toujours Guzman en exigeait davantage. Lorsqu'il les eut dépouillés de la sorte, il ramena le roi dans sa capitale, après deux mois de captivité, et lui fit endurer tous les supplices inventés par les persécuteurs des premiers chrétiens, pour Je forcer à lui livrer ce qu'il possédait encore. Quand il comprit qu'il n'en pourrait plus rien tirer, il le fit traîner à la queue d'un cheval en liberté, el termina son marlyre en le faisant étrangler.
Le président de l'audience et ses adhérents se livraient ■> des abominations d'un autre genre. Hs enlevaient de force aux seigneurs du pays leurs filies et leurs sœurs, lorsqu'elles étaient jolies, et ils poussèrent l'impudence jusqu'à forcer
SECONDE PARTIE
la clôture d'une maison fondée à Tezcuco par une pieuse matrone espagnole, pour s'emparer de deu* jeunes néophytes indigènes dont on vantait la beauté.
Fernand Cortès avait fait construire, au bout de la chaussée qui conduisait de Mexico à Tacuba, une église dédiée à saint Lazare. Les habitants de la capitale allaient y faire des stations, surtout en temps de carême, et fort souvent le père gardien des franciscains de Mexico s'y rendait pour dire la messe et instruire les Indiens dans la religion cbrélienne. On avait élevé auprès de l'église un hôpital duquel dépendait un vasle jardin potager. Guzman , ayant remarqué qu'on trouvait en ec lieu de fort beaux arbres et des eaux abondantes, oublia ce qu'il devait à Dieu et aux pauvres , rasa l'église et s'y bâtit une grande maison , munie de quatre tours percées de meurtrières. 11 força les indigènes d'acheter à leurs frais les matériaux de cetle construction, et de les porter sur leur dos à la place indiquée; les nobles du pays, les femmes enceintes, les enfants, furent obligés de travailler jour et nuit à cet édifice, sans qu'on leur donnât ni salaire, ni nourriture; on ne leur accordait pas même de repos aux jours de fête; et lorsque les malheureux, accablés de lassitude, s'arrêtaient un moment , le tyran s'amusait à lancer ses chiens sur eux. Il en mourut un grand nombre de fatigue et de misère.
Zumarraga, témoin de ces horreurs, adressa d'abord a Nuùo des reproches en .particulier; ses représentations obtinrent pour toute réponse d'insolentes menaces. L'évêque élu n'en fut pas effrayé; il annonça, dans ses serinons, qu'il informerait le roi d'Espagne de ce qui se passait, son devoir étant de ne rien lui cacher; le président, furieux, déclara qu'à la prochaine occasion il ferait précipiter l'orateur du haut de la chaire.
Mais Zumarraga, auquel Charles-Quint et l'impératrice Isabelle avaient confié la charge de protecteur des Indiens, était décidé a la remplir en conscience. Il réunit au couvent
de Saint-François les chefs indigènes et leur fit expliquer par Pierre de Gand , déjà Ires-capable de remplir les fonctions d'interprète, les intentions de la cour à leur égard. Il leur dit que ic roi voulait les protéger, les défendre, empêcher qu'on ne les dépouillât de ce qui leur appartenait, et que tous ceux qui le feraient seraient punis très-sêvôremcnl. Il leur représenta aussi la grâce que Dieu leur accordait en permettant qu'ils fussent instruits des vérités du christianisme.
Les seigneurs et les caciques, voyant Zumarraga résolu a prendre en main leurs intérêts, arrivèrent de tous les poinfs de l'ancien empire de l'Analiuac, et se plaignirent à lui des criantes injustices dont ils étaient victimes. L'évèque commença aussitôt une enquête contre les coupables.
Mais Salazar, à l'instigation duquel s'étaient accomplies les abominations dont nous avons rendu compte, se bâta d'aller trouver ses complices, !o président et les auditeurs ; il leur représenta que si on laissait faire le protecteur, il n'y aurait plus moyen de tyranniser el de piller le pays, que les chefs , au lieu d'obéir à l'audience , iraient se plaindre à l'évèque, que les naturels refuseraient de se soumettre aux corvées , et que finalement Zumarraga en arriverait peut-être à les rechercher eux-mêmes pour toules les vexations dont ils s'étaient rendus coupables.
Guzman partagea les craintes de Salazar; il fit défendre en conséquence à l'évèque, au nom du roi et sous les peines les plus graves, de se mêler en rien des affaires des Indiens. Zumarraga, doué d'un courage à toute épreuve,, répondit que Sa Majesté lui avait confié ses fonctions, et que, dût-il lui en coûter la vie, il remplirait son devoir jusqu'au bout. On chargea alors des espions d'observer ceux qui entraient chez lui ou en sortaient; on défendit aux Espagnols qui avaient des ripartimientos d'avoir aucun rapport avec lui, sous peine de les perdre, el on enjoignit à Pilar de faire savoir aux indigènes que ceux qui iraient
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trouver le protecteur seraient pendus. Cette défense jcla un tel effroi dans le pays que les Espagnols et les Indiens fuyaient l'évêque comme un excommunie ; et, pour prouver le peu de cas qu'ils faisaient de ses menaces et de ses représentations, Nmîo et ses adhérents multiplièrent les corvées , les exigences de tributs et les supplices, ils firent déchirer par leurs chiens, pendre ou mettre en croix plusieurs chefs, parce qu'ils ne purent leur fournir l'or ou les provisions qu'on leur demandait.
Par le conseil de Salazar et pour effrayer Zttmarraga ; le président et les auditeurs lui firent signifier un écrit rempli d'abominations contre lui-même , contre Pierre de Gand et les religieux qui étaient arrivés dans le nouveau monde sons la conduite de Pierre de Valence. Cette nouvelle infamie n'abattit pas le courage du saint évèque; il réunit à Tlaxcalla les gardiens et les principaux religieux des différents couvents établis dans les pays conquis , et l'assemblée décida qu'un religieux se rendrait le jour de la Pentecôte à Mexico, et y prêcherait un sermon dans lequel il exhorterail les membres de l'audience à rentrer dans le devoir, et déclarerait hautement que, grâce à Dieu, ni lui ni aucun de ses confrères n'étaient coupables ni des infamies dont on les accusait, ni d'avoir violé leurs vœux et leurs règles, et qu'il était de son devoir de repousser le mépris dont on voulait couvrir les prédicateurs de l'Évangile, et qui retomberait immanquablement sur leur doctrine.
Guzman assista à la prédication ; il ordonna plusieurs fois à l'orateur de se taire et de descendre de la chaire; celui-ci n'ayant pas tenu compte de ses injonctions, il l'en fit arracher violemment par un alguazil, le condamna au bannissement de tous les Étals dépendants de la couronne d'Espagne, et voulut le faire conduire immédiatement au lieu de l'embarquement, sans lui permettre d'interjeter appel. Le religieux ayant refusé de quitter l'église où la scène s'était passée, on mit des gardiens autour, et on
défendit , sous peine de mort, do lui porter des 'vivres. Zumarraga intervint et déclara i'audienec excommuniée. Nuiio, furieux, le menaça de la corde; mais l'évoque tint bon, l'auditeur Matienzo fut obligé de se rendre au couvent de Saint -François pour recevoir l'absolution au nom de l'audience, et le réquisitoire injurieux qui avait été lancé contre les religieux fut brûlé publiquement.
Bientôt après, Guzman fit violer ce infime couvent de Saint-François, pour y saisir deux Espagnols qui s'y étaient réfugiés, et qui furent pendus le jour suivant. Zumarraga mil alors la ville de Mexico en interdit; les membres de l'audience voulurent le forcer de lever la sentence, et lui déclarèrent que s'il s'y refusait , ils le chasseraient lui-même de la Nouvelle-Espagne, et le feraient transporter aux Iles Açorcs, en sa qualité d'intrus dans l'épiscopat, ses bulles n'étant pas encore arrivées; mais Zumarraga ne fléchit pas 1 .
Cependant l'évfique avait essayé de faire parvenir la vérité aux pieds du trône, et d'informer Charles-Quint et Isabelle du peu de compte qu'on tenait de leurs ordres, de la manière hideuse dont la Nouvelle-Espagne était exploitée par les hommes qu'ils honoraient de leur confiance, et du tort immense que les employés royaux faisaient à la propagation de l'Évangile. Il avait chargé trois religieux qui partaient pour l'Espagne de remettre à l'empereur de volumineuses dépèches. Mais Nuiio, craignant que ses crimes et ses exactions ne finissent par être révélés à la cour, exerçait une surveillance ombrageuse sur les personnes qui partaient pour l'Europe. Il réussit à faire arrêter les trois religieux à Panuco, et à s'emparer des paquets dont ils étaient porteurs.
Cet échec ne découragea pas Zumarraga. Il se réunit à Martin de Valence , à Pierre de Gand et aux principaux reli-
1 Voyez pièce justificative de la demiime partie. — Mandement de Fr.-J. de Zumarr.iKa, értqae de Mexico, contre l'andicnce , par lequel il ordonna la casât io a dlvinff.
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gieux, afin de s'entendre avec eux sur les mesures qu'il élait urgent d'employer pour faire prospérer le pays et y répandre la foi chrétienne. A la suite de cette conférence, l'évêquc rédigea un très-long rapport, daté du 27 août 1529, et adressé à l'empereur. Il le confia à d'habiles mains, qui le lirent parvenir à sa destination 1 .
Dans ce rapport, il commence par dévoiler les infamies, les violences , les forfaits innombrables dont se sont rendus coupables Guzman, Salazar, les auditeurs et leurs principaux acolytes. Il rend compte de leur indigne et calomnieuse conduite envers Cortès, le conquérant du Mexique, el il ose dire à Charles-Quint que s'il ne met un terme â tant d'horreurs, la main de Dieu s'appesantira sur lui.
Il passe ensuite aux moyens à mettre en usage pour faire succéder l'ordre et la justice à l'anarchie et au pillage.
Il pense qu'avant toutes choses, il faut placer à la téte du gouvernement un homme capable et désintéressé, et envoyer un juge de résidence pour faire rendre compte à Nuflo, aux auditeurs et à Salazar, et les forcer à restituer les biens qu'ils ont volés.
Il supplie le roi de faire rendre au clergé la maison et les jardins que Guzman a construits sur l'emplacement de l'ermitage et de l'hospice de Saint-Lazare, atin que les Indiens reconnaissent qu'on doit respecter ce qui appartient à l'Église.
i Ce que Voire Majesté peut faire de plus utile pour les Espagnols et pour les naturels, dit-il ensuite, est de donner aux premiers des riparlimientos perpétuels, sans que les gouverneurs puissent les suspendre ou les retirer, et qu'ils en jouissent comme de majorats pour eux et leurs héritiers. .... Cela sera fort heureux pour les indigènes, qui ne savent aujourd'hui à quel maître obéir, parce qu'on les
1 Ce rapport, qui exisle , « éW. puMii- dmiJ rin(rn;ss.-i;ilr; roll.-Hirm Tcrnauï-Coiopans. Nous en avons tiré la plupart des fails rapportés daus ce ebapitre.
change à chaque iuslant, de sorte qu'aucune affection ne peut s'établir entre eus. Ils sont maltraités et s'enfuient dans les forêts; s'ils avaient des seigneurs perpétuels, ils se calmeraient. ... et ceux-ci les Épargneraient pour les conserver et les léguer à leurs enfants. On s'occuperait alors à cultiver dans les villages la vigne et les oliviers , tandis qu'aujourd'hui personne n'oserait planter un arbre , dans la crainte qu'on ne le lui prenne le lendemain. . . . Mais il faut choisir avec soin la personne qui sera chargée de faire celte répartition.
> Il est indispensable que Votre Majesté rende la charge de protecteur des Indiens tellement indépendante, que les autres fonctionnaires ne puissent intervenir daus leurs affaires. Le protecteur, qui les connaîtra mieux que personne, rendra les ordonnances nécessaires, et nommera les alcades chargés de décider leurs causes civiles et criminelles. Je désignerai pour cet emploi Fr. Martin de Valence et Fr. Domingo de Betanzos, qui sont deux apôtres.
■ Ceux qui sont chargés de distribuer les ripartimientos, les fonctionnaires salariés et les religieux, ne doivent pas posséder d'Indiens, car cela donne naissance à de hideux abus; d'ailleurs, ce qu'ils reçoivent de Votre Majesté suffit pour vivre daus l'aisance. »
Zmnarraga W prononce ensuite énergiquement contre l'esclavage, et demande qu'on mette un terme au trafic de chair humaine, qui se pratique sur une immense échelle, notamment dans la province de Panuco. Il se plaint de la façon dont les Espagnols qui voyagent maltraitent les indigènes ; ils les chargent avec excès, dit-il, en font des bétes de somme et ne leur donnent pas même à manger; aussi en meurt-il un très-grand nombre par les chemins.
« Il est nécessaire, ajoule-t-il, que Votre Majesté donne aux religieux des inarques éclatantes de sa protection, afin que les Indiens apprennent à les respecter, et alin de contre-balancer la fâcheuse influence que les mépris des
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membres de l'audience exercent sur la propagation de la foi. n faut aussi que la manière de traiter les indigènes qui sont en commanderic soit réglée par des ordonnances sur lesquelles leur protecteur puisse s'appuyer. Il importe que l'Espagnol sur la terre duquel ils se trouvent soit obligé, sous peine d'encourir les censures ecclésiastiques, d'entretenir un religieux qui les instruise dans la religion chrétienne, et de leur abandonner le dimanche pour se livrer à la prière. Beaucoup de ceux qui possèdent des Indiens les font administrer par des agents méchants et brutaux. On devrait exiger qu'avant d'envoyer un agent dans les villages, il fût examiné et agréé par le prvtecUvr. II ne faut pas permettre non plus que les Indiens des commanderies soient employés au travail des mines à plus de quinze ou vingt heures de leur habitation.
» On doit punir sévèrement tout Espagnol qui enlèvera à un Indien sa fille, sa femme ou sa sœur, qui lui prendra ses biens et ses vivres, qui l'appellera chien, qui lui donnera des soufflets, des coups de bâton ou de couteau. Je ne pourrais dire à Votre Majesté toutes les plaintes de ce genre que j'ai reçues depuis que je suis dans ce pays. »
Nous avons rendu à dessein un compte détaillé de ce rapport, parce qu'il jette une vive lumière sur la situation de l'Amérique et sur la condition des indigènes durant les premières années de la domination êlrangère.
Il fut suivi d'une série de dépêches également intéressantes. Dans l'une d'elles, Zumarraga demande qu'on envoie dans le nouveau monde un plus grand nombre de religieux; un millier d'apôtres dévoués, et ne redoutant ni fatigue ni travail, serait à peine suffisant pour faire face à tous les besoins, et pour entreprendre une guerre en règle tontre les puissances infernales.
D'autres lettres parlent de la fertilité extraordinaire du sol mexicain et des soins qu'il importe de donner à la culture des terres. L'évèquc réclame l'envoi de laboureurs, de
tisserands, d'ouvriers en soie, d' arbres et de graines de différentes espèces , de moulons et d'ànesses.
Deux des dépêches de Zumarraga font l'éloge des indigènes , de leurs heureuses dispositions naturelles , et de ia facilité avec laquelle ils saisissent ce qu'on leur enseigne.
En effet, on commençait à avoir des preuves très-frappanles de leur aptitude pour toutes choses. L'infatigable Pierre de Gand , secondé par les autres religieux , avait continué son laborieux apostolat et fondé un grand nombre d'écoles et d'églises. Il recueillait déjà les premiers fruits de ses travaux. Les jeunes Indiens, comme pour donner un démenti à leurs détracteurs , apprenaient avec une étonnante promptitude les langues, la lecture, l'écriture, la musique, les sciences et les arts européens. Pierre établit aussi derrière la belle église de Saint-Joseph , qu'il avait érigée, une Yasle école pour les arts mécaniques. Trois années après son arrivée à Mexico, on vif déjà sortir de cette école des architectes, des peintres, des menuisiers, des charpentiers, des forgerons, etc. Les élèves de ce conservatoire étaient presque Ions doués d'une perspicacité si grande, qu'il leur suffisait de voir travailler une ou deux fois un ouvrier européen pour lui dérober le secret de son métier.
Parmi ceux qui s'associèrent avec le plus de zèle aux travaux de Pierre de Gand, nous devons citer, en première ligne, le franciscain Bernardino Ribeira, qui prit le nom de sa ville natale, Sahaynn. C'était un homme aussi distingué par les qualités du cœur que par celles de l'esprit. Une beauté peu commune, un abord noble, doux et prévenant le rendirent cher aux indigènes à première vue. Il était arrivé dans l'Anahuac en l'année 1528, et il consacra, avec une générosité sans exemple, sa vie entière à défendre, à consoler, à instruire les Indiens opprimés. II fut Tardent adversaire de toutes les tyrannies ; les naturels Je considéraient comme un père dévoué à leurs
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intérêts, et prirent l'habitude de recourir à lui dans leurs
nécessités.
Sahagun parvint à parler et à écrire si correctement la langue nahuall, que les savants aztèques et acolliuas euxmêmes le considérèrent comme un de leurs ailleurs classiques. Il est le premier Européen qui ait écrit l'histoire ancienne du Mexique, et il devint l'intime ami des derniers rejetons des maisons royales de Tenochtillan et de Tezcuco.
Nous aurons occasion de citer dans notre prochain chapitre les noms d'autres religieux également chers à l'humanité.
Cependant Nuiio de Guzman voulut ajouter à ses titres celui de conquérant. Il entreprit une expédition contre les provinces situées au nord de I'Anahuac, et qui formèrent plus tard les États de Sinaloa, de Sonora, de Durango et de Xalixco; il les soumit et fonda dans celte dernière province la ville de Gnadalaxara, qui en devint le chef-lieu.
Partout des abominations semblables à celles que nous avons signalées ci-dessus marquèrent sa présence. Mais, après avoir comblé la mesure de ses forfaits, l'impitoyable bourreau des indigènes reçut enfin le châtiment qu'avaient mérité ses crimes 1 .
sous la présidence de son successeur, don Rarnire de Puenleal. (Voyez te chapitre suivant.) Il fut arrête, et, après une année de captivité au Mexique, on le transféra en Espagne; il y iiassa encore si* années dans une prison infecte, fut exilé ensuite, et mourut enfin dans la misère et le désespoir, en 1541.
Si
3Ki L'EMPIRE MEXICAIN.