CHAPITRE QUINZIÈME
a. Ramire de Fuenlcal remplace NnEo de Guiman. — TrayauK. des mîaaimmaircs. — Dernier séjour île Curies en Amérique. — 1). Aulunio lie Memloia ïice-roi de la NouvelIe-EsyagiLe. — Destinées finales (le Certes et d'Iitlilxochia
Les dépêches et les rapports de Zurnarraga causèrent une vive irritation à Charles-Quint, parce qu'ils lui prouvèrent qu'on n'avait tenu aucun compte de ses ordres dans son royaumede la Nouvelle-Espagne; ils jetèrent le trouble dans la conscience de l'impératrice Isabelle. La pieuse princesse comprenait que Dieu, en ajoutant ce magnifique fleuron à la couronne de son époux, avait eu le dessein de répandre parmi les populations païennes du nouveau monde les lumières de l'Évangile et la civilisation chrétienne; et elle savait qu'il lui faudrait rendre un jour un compte sévère des biens et du pouvoir que lui confiait la Providence. Elle fut épouvantée en lisant le récit des horreurs dont ses nouveaux États étaient le théâtre, et elle résolut d'y porter remède.
Les partisans de Velasquez de Léon , ancien gouverneur de Cuha, et les adversaires de Fernaitd Corlès soutenaient Guzman ; ce dernier comptait des amis même parmi les membres du conseil des Indes, chargé de la direction suprême des affaires relatives aux colonies; mais, en cette occasion, leur influence ne l'emporta pas, elle dut eéder à celle d'Isabelle. Une nouvelle audience fut nommée sous la présidence de don Ramirc de Fuenleal, êvêque de Saint- Domingue. On n'eût pu faire un choix plus heureux; Fucnleal unissait aux vertus et ù, la douceur du prêtre digne de ce nom, une haute idée du devoir; il savait le remplir, en toute occasion, avec la plus inéhrauliilile fermeté.
Il arriva au Mexique en 1530, et Fernand flortès y revint à la même époque, comblé des faveurs royales, avec son titre
SECONDE PARTIE
de marquis d'Oaxaca. Son prestige était resté le même dans le nouveau monde ; il y reçut un accueil enthousiaste.
Le président de l'audience mit résolument la main à l'œuvre aussitôt après son installation ; les abus déjà enracinés , grâce aux desordres qui avaient suivi la conquête , trouvèrent en lui un adversaire dont la vigilance n'était jamais en défaut. Fuenlcal visita les provinces, en compagnie des religieux, afin de juger de l'étendue du mal et des moyens qu'il fallait employer pour le combattre.
I! sut faire respecter les décrets royaux qui interdisaient l'esclavage, et se montra le défenseur intrépide des indigènes. Il leur assura la paisible possession de leurs propriétés, et les soutint contre les violences et les injustices de.- Européens avec une extrême impartialité.
Les Indiens commencèrent enfin à respirer sous cette administration paternelle, et l'action bienfaisante du clergé, se trouvant soutenue, multiplia les conversions. La plupart des princesses du pays épousèrent des Espagnols; beaucoup de familles, issues de ces mariages, existenl encore.
Poussé par son ardente charité , Fuenieal lit construire à Mexico plusieurs hôpitaux, orna la ville de fontaines, qui contribuèrent à sa salubrité, et introduisit dans les campagnes la culture du blé, du lin, du chanvre, l'éducation du bétail et le tissage de la laine. Il fonda Ptiebla delos Angelos, à sept lieues à l'est de Cholullan, et à vingt-huit lieues de Mexico.
Les anciens oppresseurs des naturels, irrités de la conduite du président de l'audience, qui mettait u» terme a leurs exactions, lui suscitèrent une foule de difficultés, crièrent à l'injustice, et firent parvenir des plaintes contre son administration à la mère pairie. Fuenieal se rendit en Espagne en 1532, plaida la cause des Indiens, fut soutenu par l'impératrice, et revint, muni des plus amples pouvoirs, pour continuer son œuvre civilisatrice et fermer la bouche ït.
à ses détracteurs. L'auditeur Yasco de Quiroga le secondi avec un zèle incomparable. .
Ému des affreux traitements que les conquérants avaient infligés aux vaincus, cet homme apostolique consacra sa vie à ces derniers, à partir de l'année 1531. Il fonda, pour les indigènes abandonnés, l'immense hospice de Santa-Fe, vaste bourgade dans laquelle i! réunit jusqu'à trente mille individus des deux sexes. Ceux-ci trouvaient, sous sa protection, les secours dont ils avaient besoin, et il sut les faire arriver doucement à la pratique des vertus chrétiennes. La cour accorda de très-grands privilèges à cet admirable établissement.
Mais Quiroga devait entreprendre d'autres œuvres encore. Depuis la mort de Tangaxoan II, victime du féroce Nufio de Guzman, le royaume, du Michoacan était livré à l'anarchie et à l'avidité des employés espagnols. Quiroga fut chargé d'y rétablir l'ordre. II se dévoua à cette nouvelle tache avec toute l'ardeur de sa charité. Bientôt le pays sortit de ses ruines, les populations dispersées se réunirent à la voix de leur gouverneur, et trouvèrent en lui un énergique bienfaiteur. Il fonda un second hospice sur le modèle de celui de Santa-Fe, et travailla avec succès à réveiller parmi ses subordonnés les anciennes industries du pays, à peu près abandonnées à la suite des désastres de la conquête. Ses travaux trouvèrent leur récompense dans l'extension du christianisme et dans le progrès de la civilisation.
Quiroga finit par entrer dans les ordres et devint évèquc du Michoacan. Il peupla son vaste diocèse d'églises, fonda le séminaire de Saint-Nicolas et d'autres établissements en faveur des indigènes, qui le chérissaient, et chez lesquels sa mémoire est restée en haute vénération. Ce saint prélat, trouva dans les franciscains des coopérateurs aussi zélés que. charitables.
Les religieux, bafoués et persécutés par Guzman et ses subordonnés, étaient au contraire soutenus par Fuenleal.
SECONDE PARTIE
Les indigènes qui se trouvaient en contact avec les missionnaires éprouvaient pour eux la plus haute vénération et un attachement filial qui rcsla invariablement le môme durant les trois siècles de la domination espagnole. Ils leur témoignaient une confiance illimitée, se confessaient à eux et leur demandaient le baptême. D'aussi heureux résultats animaient d'une nouvelle ardeur ces hommes apostoliques; des religieux de différents ordres arrivaient d'Europe pour s'associer à leurs travaux.
L'on vit débarquer successivement en Amérique de nombreux disciples de saint François, qui venaient renforcer la phalange des premiers venus, des dominicains, des augustins et des frères de la Merci. Ces pères donnèrent a l'envi des missions dans le continent central ainsi qu'au Pérou, et firent beaucoup de fruit.
N'oublions pas de faire mention ici de Jacques de Testera , issu d'une famille noble de Bayonne et frère du chambellan de François I", roi de Fi ance. Prédicateur très en renom , il quitta l'Europe pour se consacrer à l'instruction des peuples du nouveau monde. Ne pouvant pas apprendre leurs langues aussi vite qu'il l'eût désiré, il lit représenter sur toile les principaux mystères de la foi , et parcourut le pays accompagné d'un interprète indigène, qui expliquait à ses compatriotes les sujets des images. Le succès prodigieux de cette méthode si simple la fit adopter généralement'.
Jacques de Testera, digne émule de Pierre de Gand, fut élu gardien de San-Francisco eu 1533, et, au rapport de Torquemada, il n'y eut pas un pouce de terre découvert en Amérique qu'il ne parcourût. Il retourna en Europe en 1")41, pour assister au chapitre général de Manloue, et rc-
1 En adoptant cette méthode, les religieuï crurent devoir détruire les livres hiéroglyphiques des indigènes dont ils parvinrent ù s'emparer. Ils les estimaient dangereuï, parce qu'ils rappelaient, soit ilirccletticnt , soi: indirectement, l'idolâtrie. Due foule de documents d'inestimable valeur pour l'histoire du pays ont «lé perdus de la sorte.
vint aussitôt après en Amérique, avec le titre de commissaire général des Indes occidentales, et accompagné de cent quarante franciscains de diverses nations. Ces religieux se dispersèrent pour évangélisiT li; i*a\>.
Ce que les Fuenleal, les Zumarraga', les Quiroga, les Werre de Gand, les Martin de Valence, les Sahagnn, les Testera, etc., faisaient au Mexique et au Michoacan , d'autres évéques et d'autres religieux le faisaient dans les diverses provinces réunies à la couronne d'Espagne. Les dominicains attaquaient avec succès l'idolâtrie parmi les Zapolèques (1533), et en amenaient beaucoup au christianisme. Juan de Zarate érigeait l'évéché d'Oaxaca. François Marroquien, évéque de Guatemala, secondé par les fils de Saint-Dominique et des religieux de la Merci, se montrait le père et le défenseur des infortunées populations guatémaliennes, soumises à la tyrannie de l'impitoyable Alvarado ; et Maldonado , successeur du despote , se réunissait an prélat pour réparer, par une administration douce et sage, les maux dont son prédécesseur avait accablé le pays.
La conséquence la plus remarquable du gouvernement paternel de ce pieux magistrat fut la pacifique conquête des régions situées au nord du fleuve Molagua. Barthélémy de Las Casas, l'immortel apôtre de Saint-Domingue, l'énergique avocat de la race indienne auprès des cours de Rome et de .Madrid, était alors vicaire général des dominicains à Guatemala. Aidé de ses religieux, il composa, en langue qoiebée , une suite de chants en vers, exposant la doctrine catholique et les mystères de la foi ; il les fit apprendre à quatre marchands indigènes, intelligents, déjà chrétiens,
1 Zumarraga reçut enfin ses bulles et la consécration épiscopalc en 1 532, Il Tut créé archevêque de Mexico vers le milieu ilu seizième siècle, lorsque l'on constitua défini li veinent la hiérarchie ecclésiastique en Amérique, Mexico et Lima devinrent les métropoles des deu\ royaumes de la Nouvelle» Espagne et du Pérou. Les sièges suffragants de ilaicalta , de Michoacan , d'Oaxaca, de Guadalaxara, de l'hiapa, de Guatemala, de Honduras et de Nicaragua, dépendirent de l'arclddiocèse de Mexico.
et les envoya dans les contrées qu'il voulait convertir, en leur remettant quelques objels de vente européens, propres
piquer la curiosité des Indiens. Les marchands pénétrèrent dans le pays, vendirent leur pacotille, et chantèrent tous les soirs leurs vers en public, le prince de la contrée en fut t lès-frappé, s'entretint avec les marchands, et parut charmé de ce qu'ils lui dirent de la religion des blancs et de la douceur des religieux. Jusqu'alors il avait entendu parler des étrangers comme d'hommes avares et cruels. Il chargea son frère d'aller à Guatemala avec les marchands, et de voir si lout ce qu'ils lui racontaient était vrai.
L'arrivée du jeune prince indien à Guatemala fut considérée comme le présage de la réussite des plans charitables de Las Casas ; on l'y accueillit cordialement. Le père Louis Cancer l'accompagna à son retour vers le pays des montagnes, et ravit les Indiens par son affabilité et par la simplicité de son extérieur. Las Casas le suivit de près avec quelques-uns de ses religieux; leur prédication eut les plus heureux résultats. Ils fondèrent dans la plaine le bourg de Rabinal, et s'y établirent avec leurs néophytes. Cette conquête chrétienne ne fil couler ni une larme, ni une goutte de sang.
Les faits que notis venons de constater et les résultats obtenus par le clergé étaient consolants sans doule, et donnaient de grandes espérances pour l'avenir; toutefois, nous devons le reconnaître, bien des ombres rembrunissaient encore le lableau.
L'affeclion que les Indiens portaient à ceux qui avaient amélioré leur sort et la reconnaissance qu'ils leur rouaient ne s'étendait pas aux autres Espagnols; durant de longues années , ils continuèrent à ne voir en eux que des oppresseurs, des persécuteurs et des bourreaux, contre lesquels il fallait constamment se tenir en garde. Le souvenir des guerres et des massacres qui avaient accompagné la conquête, la vue des villes ruinées, des campagnes les plus
riches dépeuplées el converlies en déserts, la tyrannie exercée par les colons el même par les employés du gouvernement, dans les lieux, ou la surveillance de l'audience ne pouvait constamment les atteindre; toutes ces causes empêchaient les haines de s'éteindre dans bien des cœurs, rendaient plus diflicile la lâche du clergé et plus vivace l'opposition de ceux qui n'avaient pas encore été régénérés par le baptême. Identifiant de plus en plus l'idée du christianisme avec celle de l'oppression , de la perte de leurs biens et de leur indépendance, ces derniers repoussaient avec horreur la religion des vainqueurs, et évitaient de se trouver en contact avec les religieux '.
Une partie considérable de la population retirée dans les montagnes, 0C1 la seule charité des missionnaires pouvait quelquefois les atteindre, restait foncièrement atlachée à l'ancien culte. Huilzilopochtii ut les autres divinités des Aztèques, des Tecpanèques, des Quichês, des Cakchiquels, des Zapolèques, etc., comptèrent pendant longtemps de nombreux adorateurs dans l'Amérique centrale.
En bien des lieux aussi , l'ivraie était mêlée au bon grain. Les religieux, en ouvrant les portes de l'église à des millions d'indigènes , en les arrachant à la destruction , à l'oppression et à l'esclavage, en détruisant lecùté le plus hideux de l'idolâtrie, c'est-à-dire les sacrifices humains el l'anthropophagie, ne réussirent pas du premier coup à faire de tous ces hommes des chrétiens parfaits. Beaucoup de superstitions locales restèrent vivaces parmi les nouveaux convertis.
Hélait aussi des indigènes qui, soumis en apparence aux lois du gouvernement et se conformant extérieurement aux préceptes de l'Église, se rassemblaient de nuit dans des
1 On eut une preuve bien frappante île cette horreur lorsque le (ils J'Awl.-cill , [iriiur tl'AthhuLV.a , rmil le baptême sous le nom de Christophe : son père, furieux, le lua. Il fut lui-même condamné à mort pour ce cri rue , f t i:\i'ui!ii, imI^l 1 i'ujijicI i[u'il .ni rossa .ïu\ T]a\ca]laiis, a!in île les pousser à se soulever eu masse contre les Espagnols.
SECONDE PARTIE
lieux retirés ou dans le secret de leurs demeures, pour célébrer les cérémonies usitées chez leurs ancêtres. Les débris de la noblesse indienne et du sacerdoce idolâtre se réunissaient, à cet effet, dans les grottes les plus inaccessibles des Cordillères, et durant bien des années ils y recrutèrent l'ancienne chevalerie, dans l'espoir qu'elle leur permettrait un jour de ressaisir le pouvoir. Ainsi s'organisa mystérieusement une redoutable société, qui s'étendit sur l'Amérique centrale et fonctionna en secret pendant deux siècles environ. Les ministres de celte société réorganisèrent dans l'ombre un système de cérémonies tirées de leur rituel, el destinées à atténuer dans l'esprit des populations l'effet des cérémonies catholiques. Partout où les chefs du sacerdoce ancien crurent pouvoir compter sur la négligence des prêtres, ils reprirent leurs fonctions, et souvent ils réussirent à se faire de nombreux prosélytes. Le principal siège de celte renaissance de l'idolâtrie était à Zamayac, ville de la province de Xuchiltepec , dans les États guatémaliens, et son pontife avait sous ses ordres mille ministres d'un rang inférieur. Un autre siège de la société se trouvait à Tehuantepec; elle y était soutenue parle roi Cocyopy, qui avait reçu le baptême, par complaisance pour Cortès. Cocyopy fut poussé, par le ressentiment qu'il conçut contre les Espagnols, à retourner au culte de ses pères; il en célébrait, de nuit, les rites dans son palais, en qualité de grand prêtre, mais il continuait à 'suivre publiquement les offices chrétiens. Découvert par les dominicains et conduit à Me\ico, il fut condamné fi perdre sou titre et ses dignités, et en mourut de chagrin.
Cependant la secte continua a faire des progrès après la mort de ce prince , et l'idolâtrie latente exista longtemps dans bien des cœurs; elle su mêla souvent non-seulement aux jeux publics, mais aussi aux cérémonies du culte catholique.
Retournons une fois encore à Fernand Cortès. Son der-
1/EMIMRK MEXICAIN.
nier séjour en Amérique fut accompagné de mécomptes et d'amertumes. Le dénombrement des domaines que lui avait concédés la couronne fut accompagné de difficultés et de lenteurs interminables, et ii se vit en grande partie frustré du juste prix de ses services. En sa qualité de conquérant du nouveau monde, ii se crut peut-être en droit d'adopter dos allures trop indépendantes, et de se mettre au-dessus des décrets royaux ; l'audience lui fit sentir fort souvent qu'ii n'élait qu'un sujet, qu'elle seule commandait au nom de Charles-Quint, et que les lois étaient faites pour lui aussi bien que pour tout autre , malgré son litre de capitaine général.
Notre héros ne put s'habituer à obéir dans les lieux où il avait vu naguère les rois à ses pieds, et où chacune de ses paroles avait eu force de loi. L'isolement augmenta sa tristesse ; la plupart de ses anciens compagnons d'armes n'existaient plus; ceux qui vivaient encore étaient disséminés ou engagés dans différentes expéditions; l'enthousiasme et le dévouement du temps de la conquête s'étaient effacés, le nom même de Cortès avait perdu son prestige sur le théâtre de ses exploits.
Cependant Fcrnand avait toujours la même activité, le même besoin de grandes émotions ; ii voulut augmenter sa gloire en organisant des voyages de découverte. Il ût explorer les côtes de l'Amérique septentrionale et de l'isthme de Panama, espérant qu'on trouverait enlin un passage entre les deux Océans; mais les bâtiments qu'il chargea de ces explorations périrent tous. Alors il se flatta de vaincre le sort contraire, en s'cmbarqnant lui-même. Il équipa une flotte, et s'il ne découvrit pas le passage désiré, il aborda à la grande presqu'île de Californie, après avoir couru des dangers et essuyé des fatigues extrêmes, et il navigua le premier dans la mer intérieure, désignée sous le nom de mer Vermeille.
Tandis que le conquérant du Mexique courait de nouvelles
SECONDE PARTIE
el périlleuses aventures, don Ramire de Fuenlcal, auquel son âge et son étal inspiraient le désir de ne plus s'occuper des affaires publiques, suppliait Charles-Quint d'agréer sa démission. Ce prince admit la requête, pourvut Fuenlcal de l'évécbé de Cucnça en récompense do ses services, et se décida à ériger ia Nouvelle-Espagne en vicc-royaulé, afin d'y consolider son autorité.
Il confia les fonctions de vice-roi à don Antonio de Mendoza. Cortès apprit, pendant son expédition de Californie, l'arrivée de ce haut dignitaire. 11 se décida, en conséquence, à retourner en Espagne, afin de faire valoir ses droits de capitaine général, et de revendiquer le remboursement des sommes qu'il avait dépensées dans l'intérêt de l'État.
Mais déjà ses services étaient oubliés; la conquête du Pérou, plus récente que celle du Mexique, absorbait alors l'attention publique , et l'homme qui aurait pu , s'il l'avait voulu, placer sur sa tête la couronne de Monlrzuma et se déclarer souverain indépendant de la Nouvelle-Espagne, fui froidement reçu par le roi, se vit traité avec insolence par les ministres, et rebuté par leurs commis. Fernand suivit encore l'empereur dans son expédition d'Alger en 1541, et y donna de grandes preuves de valeur. Mais on continua à le négliger, et il n'obtint même plus d'audience.
Il revint en Espagne. L'n jour on lui vit fendre la presse qui entourait le carrosse du monarque, et monter sur le iiiiin tapied. Qui donc èles-vous? lui demanda Charles étonné. — Je suis un homme, répliqua fièrement Cortès, qui vous a donné plus de provinces que vos ancêtres ne vous avait ni hiissé de villes. — Celle franchise déplut à l'orgueilleux Charles-Quint; le conquérant de l'Anahuac, abandonné, humilié, se relira en un lien solitaire, aux environs de Sévillc, et y mourut le 2 décembre lôi7, dans sa soixantetroisième année. Il avait survécu à la plupart des hommes qui avaient été les compagnons de ses travaux, et dont les noms figurent à côté du sien dans la conquête du Mexique.
fttlilxochitl, l'ami dévoué de Cortès et l'indigène qui avail le plus contribué à l'introduction du christianisme en Amérique, élail mort depuis longtemps. Il avait disparu de In scène à la fleur de l'âge, rongé par le chagrin que lui causait l'ingratitude des Espagnols. Son trésor, celui de ses frères et de ses parents, les tributs et revenus royaux qui te trouvaient dans les caisses de son père ou de son aïeul, et ceux qu'il recevait journellement de ses sujets ou des provinces soumises à l'empire, avaient été employés à satisfaire la cupidité des conquérants. A sa mort, il ne laissa aucune fortune à ses héritiers qui étaient en lias âge ; il fut bien vite oublié; ses descendants tombèrent dans l'obscurité, ayant à peine de quoi vivre.
Les autres familles royales de l'Anahuac ne furent pas pins heureuses. Quelques années après l'invasion, la plupart de leurs membres se trouvaient dans un état voisin de la misère , et demandaient en vain qu'on leur assurât une existence aisée , en leur rendant quelques-uns des domaines possédés par leurs ancêtres.
Après le décès d'ixtlilxocbill, on lui donna pour successeur son frère don George Yoyonlzin, qui mourut un an plus tard. Don Pedro Tetlahueliuequitiltzin , famé des fils légitimes de PJezahualpiili , fut ensuite nommé roi des Acolhuas par l'Espagne. 11 eut un semblant de règne de vingt ans, et avec lui Unirent les souverains indigènes de l'Anahuac.