CHAPITRE NEUVIÈME
Suite du précédent. — Les brigantins. — Conimenceinent du siège de Mexico.
Trois mois s’étaient écoulés depuis l’arrivée de Cortès à Tezcuco. Il apprit alors que les Rois et les autres matériaux destinés à la construction des treize brigantins étaient prêts à Tlaxcalla.
Le capitaine général enjoignit à Sandoval de diriger l’expédition qui devait les transporter à Tezcuco, et de châtier les habitants de Zaltepec, qui avaient immolé à leurs dieux quarante Espagnols et trois cents Tlaxcallans, dont ils s’étaient emparés sur la route delaVcra-CruzL Sandoval, jeune homme plein d’un bouillant courage, se conforma aux ordres qu’il avait reçus; après avoir fait passer au til de l’épée la population mâle de Zaltepec, il dirigea avec une admirable habileté le convoi chargé du transport des bois et le disposa de façon à le mettre à l’abri de toute surprise. Ce convoi, protégé par une troupe espagnole et par vingt -huit mille Tlaxcallans, s’étendait, au rapport des contemporains, sur une distance de six milles, une forte avant-garde le précédait; plusieurs détachements veillaient sur ses côtés. Malgré la difficulté de sentiers à peine frayés, Sandoval ne perdit pas un homme, et entra à Tezcuco dans un ordre aussi parfait que s’il fût venu d’une revue. Fernand l’accueillit avec les plus grands honneurs. Castillans et indigènes le saluèrent de frénétiques acclamations.
Le capitaine général ordonna qu’on procédât immédiatement à la construction des navires, et huit mille ouvriers acolhuas furent chargés par Ixtlilxochitl de creuser un canal de douze pieds de profondeur, sur une longueur de deux milles, pour conduire les brigantins de Tezcuco au lac.
‘ D’après D. Fernand d’Alva Ixtlilxochitl, Colmanacoch , le roi détrôné de Tezcuco , avait été l’instigateur de ce guet-apens.
Cependant Giiatimozin et ses deux collègues * , bien qu’abandonnés de la plupart de leurs vassaux et alliés, étaient résolus à défendre leurs couronnes et à ne pas se laisser imposer le joug des étrangers. Le jeune roi de Mexico était Fàme de la résistance; il fit attaquer plusieurs des provinces qui s’étaient déclarées pour les Espagnols, celle de Chalco entre autres; mais Cortès, envoyant de prompts secours à ses alliés, et se rendant lui-même fort souvent sur le théâtre des combats, déjouait toutes ces tentatives.
En même temps le capitaine général poursuivait le cours d'e ses explorations et de ses conquêtes; il poussait des reconnaissances autour du grand lac, se rendait maître, après un combat très-vif, de Tlacopan, capitale du troisième royaume de l’Anabuac, et tous les jours, pour ainsi dire, il recevait les envoyés de quelques seigneurs ou de cités importantes, qui, excités par Ixtlilxocbitl, s’empressaient de faire leur soumission à la couronne d’Espagne. Celle-ci s’arrondissait de la sorte aux dépens de celle de l’Anabüac. Toutefois les Castillans et leurs alliés eurent à subir en plusieurs occasions des luttes acharnées; l’entrée des villes de Xaltocan ^ et de Quaulmahuac leur fut disputée avec beaucoup de courage. Xocbimilco % située sur le lac de Chalco, et célèbre par ses îles flottantes, ses jardins et ses fleurs incomparables, se défendit plus énergiquement encore; vingt mille hommes, portés sur deux cents canots, attaquèrent les assaillants plusieurs jours de suite; le capitaine général eut son cheval tué sous lui, et fut délivré par lesTlaxcallans au moment où l’ennemi, maître de sa personne, allait l’immoler aux dieux A
* Les trois rois étaient réunis alors à Mexico , et y restèrent pendant la durée du siège.
^ Signifie pays sablonneux.
^ La fleurie, àe xochitl , fleur.
^ Xous n’entrons pas dans le détail des expéditions diverses qui précédèrent le siège de la capitale , et qui eurent pour résultat l’isolement de
SECONDE PARTIE
Tandis que Cortès, brave entre les plus braves de son armée, remplissait à la fois les devoirs du général et du soldat, une conjuration se tramait contre lui dans son propre camp. Quelques-uns des anciens partisans de Velasquez, excités par un soldat nommé Antonio Villafana, avaient résolu d’assassiner le capitaine, ainsi que ses amis les plus dévoués, notamment Bernai Diaz, Sandoval, Alvarado et Olid, et de s’en retourner ensuite à Cuba. La veille du jour où le complot devait éclater, l’un des complices, pris de remords, le dévoila à Fernand, et lui remit la liste des conjurés et celle des victimes désignées au fer des assassins. Cortès arracha l’aveu de son crime à Villafana, le lit juger le soir même et pendre à la porte de sa maison. Il feignit de croire que cet homme avait été le seul coupable, parce qu’il ne voulait pas qu’on sût qu’il avait tant de traîtres autour de lui; mais il connut, à partir de ce temps, quels étaient ses véritables amis et quels étaient les hommes dont il devait se défier et faire surveiller les démarches.
Sur ces entrefaites, les brigantins se trouvèrent prêts, et après cinquante jours d’un travail très- opiniâtre le canal était achevé. Cortès décida que la flottille serait lancée le 28 avril 1521, avec la plus grande solennité, et en présence de l’armée castillane et indigène. Le père Olmedo célébra une grand’messe, à laquelle tous les Espagnols communièrent; puis, revêtu de ses ornements sacerdotaux, il s’avança vers les brigantins, les bénit, et donna un nom à chacun d’eux au moment où il pénétrait dans les eaux du canal. Le succès complet de l’opération fut considéré par les assistants comme le présage d’une victoire prochaine; et au moment où on vit les navires, arrivés au lac, se l)alancer avec grâce sur leurs quilles et mettre à la voile, de longues acclamations les saluèrent du rivage. On entonna un
plus en plus complet des Mexicains. Les indications générales suftisent pour dessiner la position ; un récit circonstancié fatiguerait inutilement le lecteur et serait de peu d’intérêt.
Te Deum, auquel le bruit formidal)le de l’artillerie servit d’accompagnement.
Fernand Cortès, tout en faisant ses préparatifs, regrettait d’exposer aux horreurs d’un siège la supei be ville de Mexico, capitale du nouvel empire dont il dotait la couronne de son maître. Il fit faire encore à plusieurs reprises de pacifiques propositions à Guatimozin, lui demandant simplement de se reconnaître vassal de Charles-Ouint ; à cette condition il devait conserver sa couronne. Guatimozin rejeta fièrement toutes les propositions et fit massacrer les envoyés de son ennemi. Cortès proclama en conséquence le siège de Mexico et demanda à ses alliés de lui amener leurs troupes; elles vinrent, fortes de cent cinquante mille bonnnes, suivant quelques auteurs, de deux cent mille d’après les écrivains indigènes*, commandées par des chefs qui portaient, chacun suivant son rang et son office, une devise différente, en plumes, en or et en pierreries. Le général avait reçu récemment encore quelques renforts européens; il se trouvait à la tète de neuf cents hommes d’infanterie, de quatrevingt -six cavaliers, et disposait de quinze pièces de campagne en bronze, de trois grosses pièces de siège en fer et d’une grande quantité de halles et de boulets; quant à la poudre, il n’en avait que douze cents livres.
Fernand distribua les commandements; il se réserva celui de la flottille, et s’adjoignit le prince indigène Ixtlilxocbitl ; ce jeune rejeton de Netzabualpilli , partisan zélé des Espagnols dès la première invasion de fAnabuac, s’était familiarisé avec leurs mœurs et meme avec leur langue, et il était devenu pour Fernand, on a pu s’en convaincre déjà, le plus utile et le plus dévoué des coopérateurs. Au moment de feutrée en campagne, un envoyé des ti’ois rois vint lui
' Don l'ernand d’Alva altirme qu’on avait réuni cimiuanto mille ouvriers pour construire les ponts et pour les autres travaux. Cet auteur fait l’énuinération des contingents des différentes provinces dépendantes du royaume de Te/xuco ou alliées, et arrive au chiffre de deux cent mille hommes.
SECONDE PARTIE
rcproclier de trahir sa pairie et ses parents pour se ineltre au service des fils du soleil; mais Ixtlilxocliitl lui répondit :
« Je veux être l’ami de ceux qui m’apportent les lumières de la foi; je leur serai toujours favorable; je les aiderai en tout, et, s’il le faut, je saurai mourir pour eux. »
On divisa l’armée en trois grands corps, de forces à peu près égales, et dirigés par Alvarado, Olid et Sandoval; plusieurs chefs espagnols et indigènes furent placés sous les ordres de ces commandants principaux. Le corps d’armée d’ Alvarado fut chargé d’occuper Tlacopan ; celui d’Olid, d’aller prendre poste à Cuyoacan; enfin Sandoval devait attaquer et détruire Iztacpalapan, s’avancer ensuite par la chaussée du lac, appuyé par les hrigantins, forcer les palissades et s’établir à Tepeaquilla, lieu où fut érigée plus tard l’église de Notre-Dame de Guadahq^e. Cortès, avant de partir, publia, pour le maintien de la discipline, une ordonnance qui nous a été conservée, et dans laquelle se trouve le passage suivant, digne d’étre rapporté : « Nul d’entre vous, » y est-il dit, « ne blasphémera les saints noms de Dieu et de la Yiei'ge Marie; vous ne vous prendrez pas de (pierelle avec vos camarades et vous ne tiierez pas l’épée contre eux. Celui qui usera de violence envers les femmes sei’a puni de mort. Nul d’entre vous ne s’emparera de la propriété d’autrui, ne punira un indigène ou ne pillera sa maison, à moins que le général n’ait permis le pillage. Les Espagnols feront tout ce qui dépendra d’eux pour se maintenir en bonne intelligence avec leurs alliés indiens. »
On se mit en mouvement le dixième jour du mois de mai. Les trois cités situées en tête des grandes chaussées qui servaient d’avenues à la capitale furent emportées après nnc très-vigoureuse résistance. Cette opération eut pour résultat de refouler les assiégés dans la ville et de les séparer de la terre ferme. Une autre mesure prise par le capitaine général, et qu’ils ne purent empêcher, leur devint plus fatale encore ; on rompit les aqueducs qui menaient l’eau douce à Tenoch-
titlan, et dès lors la nombreuse population de celte vaste cité se vit condamnée aux horreurs de la soif. C’était le prélude des épouvantables calamités (|ui devaient fondre sur elle.
Mexico ne ressemblait en rien aux places fortes du vieux monde; ses principaux moyens de défense consistaient dans sa position au milieu des eaux, dans ses digues et ses innombrables canaux. Ce fut par conséquent i)ar le lac que Cortès résolut de l’attaquer séiieusement, après que ses lieutenants se lurent rendus maîtres des différents postes qu’il leur avait assignés. Le 30 mai, vendredi après la Fête-Dieu, il mit en ligne ses treize brigantins; mais les Aztèques, décidés à défendre leurs foyers avec l’énergie du désespoir, et à s’ensevelir tous sous les ruines de leur capitale plutôt que de se rendre, ayant vu le mouvement de la tlottille ennemie et en saisissant le but, se précipitèrent dans leurs barques et se portèrent rapidement à sa rencontre. Les esquifs des indigènes étaient au nomljre de cinq mille; ils manœuvrèrent pour entourer les navires ennemis, leur couper la retraite et les aborder. Pendant quelques moments, la position de la Hotte fut des plus critiques; un calme plat la tenait clouée à sa place et favorisait le projet des Mexicains; mais soudain une brise fraîche s’éleva et gonfla les voiles des brigantins; dès lors la scène changea : la majeure partie des esquifs fut coulée, les autres prirent la fuite, après une résistance désespérée et un si effroyable carnage, que le lac présentait l’apparence d’une mer de sang. A la suite de cette victoire navale, le général, maître du lac, établit scs quartiers plus ])rès de la ville assiégée, et coupa ses dernières communications avec le dehors. Un premier assaut lui ouvrit la grande rue méridionale de la ville, et lui permit d’arriver, au milieu d’une grêle de traits, au temple de lluitzilopochtli, qui fut saccagé; Cortès et Ixtlilxochitl y [)énétrèrcnt ensemble; celui-ci abattit la tête de l’idole aux pieds de laquelle il s’était prosterné jadis, Fernand lui enleva son masque d’or, enrichi de turquoises et d’émeraudes. Les alliés pillèrent
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plusieurs rues et y mirent le feu. Le nouveau roi de Tezcuco fit des prodiges de valeur dans ce premier condiat; les Mexicains continuaient à le traiter de traître et de parricide, mais il persistait à repousser leurs reproches avec un dédain superbe, et à leur répondre qu’il n’y avait de salut pour eux que dans la soumission.
La nouvelle du succès obtenu au cœur même de Tenochtitian répandit une grande consternation dans le royaume de Mexico, et donna de nouveaux alliés aux vainqueurs; les villes du lac et les autres lieux qui avaient hésité jusqu’alors ne résistèrent pas davantage, firent leur soumission, et amenèrent à farinée un renfort de vingt mille hommes et une grande quantité de provisions fraîches.
Cortès voulait préserver la ville; Ixtlilxochitl , plus au fait des mœurs du pays, lui représenta que le seul moyen de s’en rendre maître était de détruire successivement les quartiers dont 011 s’emparait, et d’employer les matériaux à combler les canaux; le général s’y résigna avec un profond regret. Bientôt après, l’œuvre de destruction commença par le palais d’Axacayatl, où le malheureux Montézuma avait offert aux étrangers une hospitalité si cruellement récompensée, et par celui de Totocalco, qui renfermait les volières et les ménageries royales.
Plusieurs assauts successifs permirent aux Espagnols de pénétrer dans divers quartiers, mais les Aztèques s’y défendaient avec une incomparable énergie; ils passaient les nuits à réparer les brèches et les désastres des journées, à élever de nouveaux retranchements, à creuser de nouveaux fossés. Le siège n’avançait presque pas, bien que, par les chaussées, on resserrât de plus en plus les assiégés.
L’armée était fatiguée de ces attaques incessantes et désirait en finir d’un coup. Cortès, voyant cette disposition, réunit son conseil et lui demanda s’il était d’avis de poursuivre le même système, ou de faire avancer simultanément vers le centre de la ville les trois divisions de l’armée et la
HoKille, pour tenter une allaqiie générale. La question fut longuement débattue, et décidée enfin dans le sens de l’attaque générale.
Le jour suivant, après une messe solennelle, les Espagnols et leurs alliés se mirent en mouvement; Cortès et I\tlil\ocbitl prirent la direction d’une colonne toi le de cent Es[)agnols et de huit mille Indiens. Ce corps d’armée fit d’abord des prodiges de valeur, et rien ne semblait devoir lui résister, il poursuivait les Mexicains l’épée dans les reins; ceux-ci s’arrêtaient de temps en temps comme pour combattre, puis ils avaient l’air de lâcher pied et de prendre la tuile; c’était une manœuvre habile, au moyen de laquelle ils cberchaient à attirer à leur suite Cortès et ses gens. En eftet, ceux-ci n’avaient pas songé, dans l’ardeur du combat, à combler les fossés qu’ils laissaient derrière eux; mais au moment où ils eurent passé le jioint le plus étroit de la cbaussée, les Aztèques firent brusquement volte-face, se ruèrent avec impétuosité sur les assaillants, et au même instant des barques chargées d’hommes et qui s’étaient tenues caebées derrière les palissades, parurent aux deux cotés de la digue et attaquèrent les Espagnols en flanc. Un grand nombre d’entre eux furent pris, d’autres jetés dans les canaux; un désordre affreux se mit dans leurs rangs. Six chefs mexicains se saisirent de la personne de Cortès et l’entraînaient déjà pour le sacrifier à leurs dieux, mais trois de ses gens le délivrèrent au péril de leur vie. H allait être repris lorsque son major, don Cbristoval de Guzman, lui céda son cheval. Cet ami fidèle tomba vivant aux mains de l’ennemi, et inouiut sous le couteau du sacrificateur. Fernand se précipita dans le canal, et sa monture le traversa à la nage. « Au moment où il le passait, dit 1). Fernand d’Alva, dans sa relation de la conquête, un Mexicain l’atteignit et s’apprêtait à lui couper la tête, mais Ixtlilxochitl survint, et sa forte épée coupa le Mexicain en deux. On trouve ce fait d’armes représenté sur la porte de l’église de Saint-
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Jac(jues à Tlatilolco; il a été fausscn^cnt attribué à un Espag-uol. Comme le jeune roi de Tezcuco rendait ce bon service à Cortès, il reçut à l’oreille gauche une pierre qui manqua lui faire jaillir la cervelle. Il mit de la terre dans sa blessure, puis il quitta ses vêlements, ne gaulant que son bouclier rond et sa massue, et combattit coi'ps à corps un autre chef mexicain ; il eut dans cette affaire le bras traversé d’une flèche et le genou atteint d’une pierre, ce qui ne l’empêcha pas d’assommer encore un général ennemi qui l’avait défié. Après ce troisième ex[)loit, par un grand effort de courage, il arracha de son bras la flèche qui lui causait une douleur excessive. Ses soldats pansèrent sa blessure, et lui appliquèrent certains médicaments qui le giiéidrcnt en peu de jours. La blessure pansée, Ixtlilxochitl rejoignit Cortès dans la rue de Tlacopan, et tous deux, toujours vivement poursuivis par rcnnemi, eurent beaucoup de peine à regagner le camp. »
Tandis que le cajiitaine général courait ces dangers, la division d’Alvarado n’était pas mieux traitée; les Aztèques lancèrent dans ses rangs les têtes de quelques Espagnols en criant que le même sort attendait tous les ennemis de l’empire. A cette vue, les alliés indigènes épouvantés prirent la fuite dans le plus grand désordre, et les Castillans, attaqués de tous les côtés à la fois, durent battre en retraite. Laissons parler ici Bernai Diaz, le premier des hisloi iens de la conquêle; il se trouvait lui-même dans cette division. « Pendant que rennemi nous poursuivait, dit-il, le bruit terrible des timbales et des trompettes retentissait sur la teri’asse du teml)le i)rincipal et appelait tous les Mexicains aux armes. Celte affreuse et lugubre musique, conq^arable à celle de l’enfer, s’entendait à tiois lieues à la ronde. En ce moment, elle annonçait qu’on allait sacritier nos infortunés camarades prisonniers. Nous fîmes halte un moment, nous les vîmes entraînés sur la plate-forme du sanctuaire, la tête chargée de l)lumes, forcés de danser devant la hideuse idole avant
d’ètre étendus sur la pierre fatale. Cette vue nous glaça d’horreur, et en même temps nous avions nos propres vies à défendre, .car l’ennemi nous juTSsait avec une indescriptible fureur. Nous dûmes notre retour dans nos quartiers à la seule protection de Dieu. »
La troisième division, commandée par Sandoval, rencontra la même résistance que les deux autres, mais elle éprouva moins de pertes. Lorsqu’elle eut repris son ancienne position, Sandoval vint trouver Cortès. Le général le reçut les larmes aux yeux. « C’est à cause de mes pécliés que ce malheur est arrivé, mon fils, lui dit-il, mais la faute en est au trésorier Alderete qui a négligé l’ordre que je lui avais donné de combler les fossés à mesure que nous avancions. » Alderete, présent à l’entretien, s’écria avec l)caucoup d’aigreur que jamais il n’avait reçu d’ordre semblable, et que c’était le général qui avait manqué à toutes les règles de la prudence en avançant sans avoir de retraite assurée. Faisons observer cependant que, dans sa relation, don Fernand d’Alva Ixtlilxocbitl, le mieux informé des historiens, dit en termes formels que le trésorier avait été chargé d’abattre les maisons et de combler les canaux.
Quoi qu’il en soit, la dispute n’alla pas plus loin, Cortès comprit qu’à tout prix il fallait éviter les divisions parmi les siens; mais il n’en est pas moins vrai que toute l’armée le blâma, et qu’à la suite de cette fatale journée la démoralisation fut grande parmi les Castillans, plus grande encore parmi les alliés. Soixante Espagnols au moins avaient été tués pendant le combat, ou pris et sacrifiés, onze ou douze cents hommes des troupes auxiliaires étaient restés sur le champ de bataille, on avait perdu un canon, plusieurs chevaux, un grand nombre d’armes, de canots et de munitions.
La victoire releva le courage des Aztèques. Ils la célébrèrent par huit jours de fêtes, de danses, d’illuminations et de cérémonies religieuses; ils ouvrirent de nouveau les
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canaux et rétablirent les ponts. Gnatimozin envoya par des messagei’s royaux des têtes d’Espagnols dans les provinces voisines de Tenochlitlan, et il eut soin de répandre que Iluitzilppoclitli , satisfait d’avoir vu couler le sang ennemi sur ses autels, avait annoncé qu’avant huit jours révolus il n’y aurait plus un Espagnol dans l’empire de l’Analiuac. Cette prophétie fit des dupes parmi les indigènes, différentes villes qui jusqu’alors avaient cherché prudemment à rester neutres, afin de voir venir les événements, se prononcèrent pour les Mexicains. Mais la fidélité des Tlaxcallans, des Otomis , des autres alliés des Castillans et le dévouement d’Ixtlilxochitl ne se démentirent pas dans ces circonstances critiques.