CHAPITRE QUIXZIÈAIE
D. Ramire de Fuenleal remplace Xuno de Guzman. — Travaux des missionnaires. — Dernier séjour de Cortès en Amérique. — D. Antonio de Mendoza vice-roi de la Nouvelle-Espagne. — Destinées finales de Cortès et d’Ixtlilxochitl.
Les dépêches et les rapports de Zimiarraga causèrent une vive irrilation à Charlcs-Quint, parce qu’ils lui prouvèrent qu’on n’avait tenu aucun compte de ses ordres dans son royaume de la Nouvelle-Espagne; ils jetèrent le Irouble dans la conscience de l’impératrice Isabelle. La pieuse princesse comprenait que Dieu, en ajoutant ce magnitique lleuron à la couronne de son époux, avait eu le dessein de répandre parmi les populations païennes du nouveau monde les lumières de l’Évangile et la civilisation chrétienne; et elle savait qu’il lui faudrait rendre un jour un compte sévère des biens et du pouvoir que lui confiait la Providence. Elle fut épouvantée en lisant Je récit des horreurs dont ses nouveaux États étaient le théâtre, et elle résolut d’y porter remède.
Les partisans de A'elasquez de Léon , ancien gouverneur de Cuba, et les adversaires de Fernand Cortès soutenaient Guzman ; ce dernier comptait des amis môme parmi les membres du conseil des Indes, chargé de la direction suprême des affaires relatives aux colonies; mais, en cette occasion, leur inüuence ne l’emporta pas, elle dut céder à celle d’Isabelle. Une nouvelle audience fut nommée sous la présidence de don Ramire de Fuenleal, évêipie de Saint- Domingue. On n’eût pu faire un choix jilus heureux; Fuenleal unissait aux vertus et à la douceur du prêtre digne de ce nom, une haute idée du devoir; il savait le remplir, en toute occasion, avec la plus inél)ranlal)le fermeté.
11 arriva au Mexique en 1530, et Fernand Cortès yVevint à la même époque, comblé des faveurs royales, avec son titre
SECONDE PARTIE. 371
de marquis d’Oaxaca. Son prestige était resté le même dans le nouveau inonde ; il y reçut un accueil enthousiaste.
Le président de l’audience mit résolument la main à l’œuvre aussitôt après son installation ; les abus déjà enracinés , grâce aux désordres qui avaient suivi la conquête, trouvèrent en lui un adversaire dont la vigilance n’était jamais en défaut. Fuenleal visita les provinces, en compagnie des religieux, afin de juger de l’étendue du mal et des moyens qu’il fallait employer pour le combattre.
Il sut faire respecter les décrets royaux qui interdisaient l’esclavage, et se montra le défenseur intrépide des indigènes. Il leur assura la paisible possession de leurs propriétés, et les soutint contre les violences et les injustices des Européens avec une extrême impartialité.
Les Indiens commencèrent enfin à respirer sous cette administration paternelle, et Faction bienfaisante du clergé, se tmuvant soutenue, multiplia les conversions. La plupart des princesses du pays épousèrent des Espagnols; beaucoup de familles, issues de ces mariages, existent encore.
Poussé par son ardente charité , Fuenleal fit construire à Mexico plusieurs hôpitaux, orna la ville de fontaines, qui contribuèrent à sa salubrité, et introduisit dans les campagnes la culture du blé, du lin, du chanvre, l’éducation du bétail et le tissage de la laine. Il fonda Pucbla de los Angeles, à sept lieues à l’est de Gbolullan, et à vingt-huit lieues de Mexico.
Les anciens oppresseurs des naturels, irrités de la conduite du président de l’audience, qui mettait un terme à leurs exactions’, lui suscitèrent une fouie de difficultés, crièrent à l’injustice, et firent parvenir des plaintes contre son administration à la mère ])atrie. Fuenleal se rendit en Espagne en 1532, plaida la cause des Indiens, fut soutenu par l’impératrice, et revint, muni des plus amples pouvoirs, pour continuer son œuvre civilisatrice et fermer la bouche
L’E.MPIRE MEXICAIN.
à ses détracteurs. L’auditeur Vasco de Ouiroga le seconda avec un zèle incomparable.
Ému des affreux traitements que les conquérants avaient infligés aux vaincus, cet homme apostolique consacra sa vie à ces derniers, à partir de l’année 1.531. Il fonda, pour les indigènes abandonnés, l’immense hospice de Santa-Fe, vaste bourgade dans laquelle il réunit jusqu’à trente mille individus des deux sexes. Ceux-ci trouvaient, sous sa protection, les secours dont ils avaient besoin, et il sut les faire arriver doucement à la pratique des vertus chrétiennes. La cour accorda de très-grands privilèges à cet admirable établissement.
Mais Quiroga devait entreprendre d’autres œuvres encore. Depuis la mort de Tangaxoan II, victime du féroce Xuno de Guzman, le royaume du Michoacan était livré à l’anarchie et à l’avidité des employés espagnols. Quiroga fut chargé d’y rétablir l’ordre. Il se dévoua à cette nouvelle tache avec toute l’ardeur de sa charité. Bientôt le pays sortit de scs ruines, les populations dispersées se réunirent à la voix de leur gouverneur, et trouvèrent en lui un énergique bienfaiteur. Il fonda un second hospice sur le modèle de celui de Santa-Fe, et travailla avec succès à réveiller parmi ses subordonnés les anciennes industries du pays, à peu près abandonnées à la suite des désastres de la conquête. Ses travaux trouvèrent leur récompense dans l’extension du christianisme et dans le progrès de la civilisation.
Quiroga finit jiar entrer dans les ordres et devint évêque du Michoacan. Il jieupla son vaste diocèse d’églises, fonda le séminaire de Saint-Xicolas et d’autres établissements en faveur des indigènes, (iiii le cbéi-issaient, et chez lesipiels sa mémoire est restée en haute vénération. Ce saint prélal trouva dans les franciscains des coopérateurs aussi zélés que charitables.
Les religieux, bafoués et persécutés par Guzman et ses subordonnés, étaient au contraire soutenus par Fuenleal.
SECONDE PARTIE
Les indigènes qui se trouvaient en contact avec les missionnaires éprouvaient pour eux la plus haute vénération et un attachement filial qui resta invariahlement le meme durant les trois siècles de la domination espagnole. Ils leur témoignaient une confiance illimitée, se confessaient à eux et leur demandaient le baptême. D’aussi heureux résultats animaient d’une nouvelle ardeur ces hommes apostoliques; des religieux de différents ordres arrivaient d’Europe pour s’associer à leurs travaux.
L’on vit débarquer successivement en Amérique de nombreux disciples de saint François, qui venaient renforcer la phalange des premiers venus, des dominicains, des augustins et des frères de la Merci. Ces pères donnèrent à l’envi des missions dans le continent central ainsi qu’au Pérou, et firent beaucoup de fruit.
N’oublions pas de faire mention ici de Jacques de Testera, issu d’une famille noble de Bayonne et frère du chambellan de François Pn roi de France. Prédicateur très en renom, il quitta l’Europe pour se consacrer à l’instruction des peuples du nouveau monde. Ne pouvant pas apprendre leurs langues aussi vite qu’il Feiit désiré, il fit représenter sur toile les principaux mystères de la foi , et parcourut le pays accompagné d’un interprète indigène, qui expliquait à ses compatriotes les sujets des images. Le succès prodigieux de cette méthode si simple la lit adopter généralement*.
Jacques de Testera, digne émule de Pierre de Gand, fut élu gardien de San-Francisco en 1533, et, au rapport de Torqueniada, il n’y eut pas un pouce de terre découvert en Amérique qu’il ne parcourût. Il retourna en Europe en 1541, pour assister au chapitre général de Mantouc, et re-
* En adoptant cette méthode, les religieux crurent devoir détruire les livres hiéroghphiques des indigènes dont ils parvinrent à s’emparer. Ils les estimaient dangereux, parce qu’ils rappelaient, soit directement, soit indirectement, l’idolâtrie. Tne foule de documents d’inestimahle valeur pour riiistoire du pays ont été perdus de la sorte.
L’EMPIHE MEXICAIN.
vint aussitôt après en Ainéiique, avec le titre de commissaire ;?énéral des Indes occidentales, et accompagné de cent quarante franciscains de diverses nations. Ces religieux se dispersèrent pour évangéliser le pays.
Ce que les Fuenleal, les Zumarraga*, les Quiroga, les l^ierre de Gand, les Martin de Valence, les Sahagun, les Testera, etc., faisaient au .Mexique et au .Miclioacan , d’autres évêques et d’autres religieux le faisaient dans les diverses provinces réunies à la couronne d’Espagne. Les dominicains attaquaient avec succès l’idolâtrie parmi les Zapotèques (1533), et en amenaient beaucoup au cliristianisme. Juan de Zarate érigeait l’évêché d’Oa.xaca. François .Marroquien, évêque de Guatemala, secondé par les fils de Saint- Dominique et des religieux de la .Merci, se montrait le père et le défenseur des infortunées populations guatémaliennes, soumises à la tyrannie de l’impitoyable Alvarado ; et Maldonado , successeur du despote , se réunissait au pi’élat pour réparer, par une administration douce et sage, les maux dont son prédécesseur avait accablé le pays.
La conséquence la plus remarquable du gouvernement paternel de ce pieux magistrat fut la pacifique conquête des régions situées au nord du fleuve .Motagua. Barthélemy de Las Casas, l’immortel apôtre de Saint-Domingue, l’énergique avocat de la race indienne auprès des cours de Rome et de .Madrid , était alors vicaire général des dominicains à Guatemala. Aidé de ses religieux, il composa, en langue quichée, une suite de chants en vers, exposant la doctrine catholique et les mystères de la foi ; il les fit apprendre à quatre marchands indigènes, intelligents, déjà chrétiens,
' Zuinarraga reçut enfin ses bulles et la consécration épiscopale en 1532. Il fut créé archevétiue de Mevico vers le milieu du seizième siècle, lorsque l’on constitua définitivement la hiérarchie ecclésiastique en Amérique. Mexico et Lima devinrent les métropoles des deux royaumes de la Nouvelh?- Lspagne et du Pérou. Les sièges suffragants de Tlaxcalla, de .Michoacan, d’Oaxaca, de Guadalaxara, de Chiapa, de Guatemala, de Honduras et de Nicaragua , dépendirent de Parchidiocèse de Mexico.
SECONDE PAUTÎE.
et les envoya dans les conlrées qn’il voulait coiivei’tir, en leur i*emettant quelques objets de vente européens, propres
piquer la curiosité des Indiens. Les marchands pénétrèrent dans le pays, vendirent leur pacotille, et chantèrent tous les soirs leurs vers en public. Le prince de la contrée en fut ti’ès-frappé, s’entretint avec les marchands, et ])arut charmé de ce qu’ils lui dirent de la religion des blancs et de la douceur des religieux. Jusqu’alors il avait entendu parler des étrangers comme d’hommes avares et cruels. Il chargea son frère d’aller à Guatemala avec les marchands, et de voir si tout ce qu’ils lui racontaient était vrai.
L’arrivée du jeune prince indien à Guatemala fut considérée comme le présage de la réussite des plans charitables de Las Casas; on l’y accueillit cordialement. Le père Louis Cancer l’accompagna à son retour vers le pays des montagnes, et ravit les Indiens par son affabilité et par la simplicité de son extérieur. Las Casas le suivit de près avec quelques-uns de ses religieux; leur prédication eut les plus heureux résultats. Ils fondèrent dans la plaine le bourg de Rabinal, et s’y établirent avec leurs néophytes. Cette conquête chrétienne ne fit couler ni une larme, ni une goutte de sang.
Les faits que nous venons de constater et les résultats obtenus par le clergé étaient consolants sans doute, et donnaient de grandes espérances pour l’avenir; toutefois, nous devons le reconnaître, bien des ombres rembrunissaient encore le tableau.
L’affection que les Indiens portaient à ceux qui avaient amélioré leur sort et la reconnaissance qu’ils leur vouaient ne s’étendait pas aux autres Espagnols; durant de longues années , ils continuèrent à ne voir en eux que des oppresseurs, des persécuteurs et des bourreaux, contre lesquels il fallait constamment se tenir en garde. Le souvenir des guerres et des massacres qui avaient accompagné la conquête, la vue des villes ruinées, des campagnes les plus
L’EMPlUE MEXICAIN.
riches dépeuplées et coiiverlies eu déserts, la tyrannie exercée par les colons et même par les employés du gouvernement, dans les lieux où la surveillance de randience ne pouvait constamment les atteindre; toutes ces causes empêchaient les haines de s’éteindre dans bien des cœurs, rendaient plus difticile la tâche du clergé et plus vivace l’opposition de ceux qui n’avaient t)as encore été régénérés par le baptême. Identifiant de plus en plus l’idée du christianisme avec celle de l’oppression , de la })erte de leurs biens et do leur indépendance, ces derniers l’epoussaieiit avec horreur la religion des vainqueurs, et évitaient de se trouver en contact avec les religieux ‘ .
Une partie considérable de la i)opulation retirée dans les montagnes, où la seule charité des missionnaires pouvait quelquefois les atteindre, reslait foncièrement attachée à l’ancien culte. Hiiitzilopochtli et les autres divinités des Aztèques, des Tecpanèques, des Quichés, des Cakchiquels, des Zapotèques, etc., comptèrent pendant longtemps de nombreux adorateurs dans l’Amérique centrale.
En bien des lieux aussi , l’ivraie était mêlée au bon grain. Les religieux, en ouvrant les portes de l’église à des millions d’indigènes, en les arrachant à la destruction, à l’oppression et à l’esclavage, en détruisant le côté le plus hideux de l’idolâtrie, c’est-à-dire les sacritices humains et l’anthropophagie, ne réussirent pas du premier coup à faire de tous ces hommes des chrétiens parfaits, lleaucoup de superstitions locales restèrent vivaces parmi les nouveaux couvertis.
Il était aussi des indigènes qui, soumis en apparence aux lois du gouvernement et se conformant extérieurement aux préceptes de l’Église, se rassemblaient de nuit dans des
‘ On eut une preuve l)ieu frappante de cette liorreur lorsque le tils d’Axotecatl, i)rince d’Atlyhueza , reçut le baptt'ine sous le nom de Christophe : son père, furieux, le tua. Il fut lui-inèine condamné à mort pour ce crime, et exécuté, malgré l’appel qu’il adressa aux Tlaxcallans, atin de les pousser à se soulever en masse contre les Espagnols.
SECONDE PARTIE
lieux retirés ou dans le secret de leurs demeures, pour célébrer les cérémonies usitées chez leurs ancêtres. Les débris de la noblesse indienne et du sacerdoce idolâtre se réunissaient, à cet effet, dans les grottes les plus inaccessibles des Cordillères, et durant bien des années ils y recrutèrent l’ancienne chevalerie, dans l’espoir qu’elle leur permettrait un jour de ressaisir le pouvoir. Ainsi s’organisa mystérieusement une redoutable société, qui s’étendit sur l’Amérique centrale et fonctionna en secret pendant deux siècles environ. Les ministres de celte société réorganisèrent dans l’ombre un système de cérémonies tirées de leur rituel, et destinées à atténuer dans l’esprit des populations l’effet des cérémonies catholiques. Partout où les chefs du sacerdoce ancien crurent pouvoir compter sur la négligence des prêtres, ils reprirent leurs fonctions, et souvent ils réussirent à se faire de noinl)reux prosélytes. Le principal siège de cette renaissance de l’idolâtrie était à Zamayac, ville de la province de Xuchiltepec, dans les États guatémaliens, et son ])ontife avait sous ses ordres mille ministres d’un rang inférieur. Un autre siège de la société se trouvait à Tehuantepec; elle y était soutenue par le roi Cocyopy, qui avait reçu le haptêine, par complaisance pour Cortès. Cocyopy fut poussé, par le ressentiment qu’il conçut contre les Espagnols , à retourner au culte de ses pères; il en célébrait, de nuit, les rites dans son palais , en qualité de grand prêtre , mais il continuait à suivre publiquement les offices chrétiens. Découvert par les dominicaiîis et conduit à Mexico, il fut condamné à perdre son titre et ses dignités, et en mourut de chagrin.
Cependant la secte continua à faire des progi ès après la mort de ce prince, et l’idolâtrie latente exista longtemps dans bien des cœurs; elle se mêla souvent non -seulement aux jeux publics, mais aussi aux cérémonies du culte catholique.
Retournons une fois encore à Fernand Cortès. Son der-
L’EMPÏUE MEXIEAIX.
nier séjour en Ainéi’ique lut accompagné de inécoinples et d’ainertnmes. Le dénombrement des domaines que lui avait concédés la couronne lut accompagné de diflicuUés et de lenteurs interminables, et il se vit en grande partie frustré du juste prix de ses services. En sa (pialité de conquérant du nouveau monde, il se crut peut-être en droit d’adopter des allures trop indépendantes, et de se mettre au-dessus des décrets royaux ; l’audience lui lit sentir fort souvent qu’il n’était qu’un sujet , qu’elle seule commandait au nom de Charles-Quint, et que les lois étaient faites pour lui aussi bien que pour tout autre, malgré son titre de capitaine général.
Notre béros ne put s’babituer à obéir dans les lieux où il avait vu naguère les rois à ses pieds, et où chacune de ses pai’oles avait eu force de loi. L’isolement augmenta sa tristesse ; la plupai t de ses anciens compagnons d’armes n’existaient plus; ceux qui vivaient encore étaient disséminés ou engagés dans différentes expéditions; l’entbousiasme et le dévouement du temps de la conquête s’étaient effacés, le nom même de Cortès avait perdu son prestige sur le théâtre de ses exploits.
Cependant Fernand avait toujours la même activité, le même besoin de grandes émotions; il voulut augmenter sa gloire en organisant des voyages de découverte. Il lit explorer les côtes de l’Amérique septentrionale et de l’islbme de Panama, espérant qu’on trouverait enlin un passage entre les deux Océans; mais les bâtiments qu’il chargea de ces explorations périrent tous. Alors il se flatta de vaincre le sort contraire, en s’eml)arquant lui-même. Il équij)a une Hotte, et s’il ne découvrit pas le passage désiré, il aborda à la grande presqu’île de Californie, après avoir couru des dangers et essuyé des fatigues extrêmes, et il navigua le premier dans la mer intérieure, désignée sous le nom de mer Vermeille.
Taudis que le coïKjuérant du Mexique courait de nouvelles
SECONDE PARTIE
et périlleuses aventures, don Rainire de Fiienleal , auquel son âge et son état inspiraient le désir de ne plus s’occuper des alïaires publiques, suppliait Charles-Quint d’agréer sa démission. Ce prince admit la requête, pourvut Fuenleal de l’évêché de Guença en récompense de ses services, et se décida à ériger la Nouvelle-Espagne en vice-royauté, afin d’y consolider son autorité.
11 confia les fonctions de vice-roi à don Antonio de Mendoza. Cortès apprit, pendant son expédition de Californie, l’arrivée de ce haut dignitaire. Il se décida, en conséquence, à l'etourner en Es[)agne, afin de faire valoir ses droits de capitaine général, et de revendiquer le remboursement des sommes qu’il avait dépensées dans l’intérêt de l’Etat.
Mais déjà ses services étaient oubliés; la conquête du Pérou, plus récente que celle du Mexique, absorbait alors l’attention publique, et l’homme qui aurait pu, s’il l’avait voulu, placer sur sa tête la couronne de Montezuma et se déclarer souverain indépendant de la Nouvelle -Espagne, fut froidement reçu par le roi, se vit traité avec insolence par les ministres, et lebuté par leurs commis. Fernand suivit encore l’empereur dans son expédition d’Alger en loil, et y donna de grandes preuves de valeur. Mais on continua à le négliger, et il n’obtint même plus d’audience.
Il revint en Espagne. Un jour on lui vit fendre la presse qui entourait le carrosse du monarque, et monter sur le marchepied. Qui donc êtes-vous? lui demanda Charles étonné. — Je suis un homme, répliqua fièrement Cortès, qui vous a donné plus de provinces que vos ancêtres ne vous avaient laissé de villes. — Cette franchise déplut à rorgueilleux Charles-Quint; le conquérant de l’Analiuac, abandonné, humilié, se retira en un lieu solitaire, aux environs de Séville, et y mourut le 2 décembre 1547, dans sa soixantetroisième année. Il avait survécu à la plupart des hommes qui avaient été les compagnons de ses travaux, et dont les noms figurent à côté du sien dans la conquête du Mexique.
L’EMPIKE MEXICAIN.
Ixtlilxochitl, l’ami dévoué do Cortès et l’indigène qui avait le plus contribué à l’introdiiclion du christianisme eu Amérique, était mort depuis longtemps. Il avait disparu de la scène à la fleur de l’àge, rongé par le chagrin que lui causait l’ingratitude des Espagnols. Son trésor, celui de ses frères et de ses parents, les tributs et revenus royaux qui se trouvaient dans les caisses de son père ou de son aïeul, et ceux qu’il recevait journellement de ses sujets ou des })rovinces soumises à l’empire, avaient été employés à satisfaire la cupidité des conquérants. A sa mort, il ne laissa aucune fortune à ses héritiers qui étaient en has âge; il fut bien vite oublié; ses descendants tombèrent dans l’obscurité, ayant à peine de quoi vivre.
Les autres familles royales de l’Anahuac ne furent pas plus heureuses. Quelques années après l’invasion , la plupart de leurs membres se trouvaient dans un état voisin de la misère, et demandaient en vain qu’on leur assurât une existence aisée, en leur rendant quelques-uns des domaines possédés par leurs ancêtres.
Après le décès d’Ixtlilxochitl, on lui donna pour successeur son fi-ère don George A^oyontzin, qui mourut un an plus tard. Don Pedro Tetlahuehuequitiltzin , l’aîné des fils légitimes de Nezahual])illi , fut ensuite nommé roi des Acolbuas [)ar l’Espagne. 11 eut un semblant de règne de vingt ans, et avec lui finirent les souverains indigènes de l’Analniac.