CHAPITRE SEIZIEME
Don Antonio âo Mendoza vice-roi de la Nouvelle-Espagne. — Situation du pays et des indigènes. — Extension du christianisme. — Ein de la conquête.
.Malgré ce que Fuenleal avait fait durant ses trois années de présidence, don Antonio de .Mendoza* trouva encore
* Il était comte de Tendilla et frère du marquis de Mondéjar.
SECONDE PARTIE
iinniensément à faire lorsqu’il arriva au Mexique. Après une perturbation aussi complète que celle qu’avaient occasionnée la conquête et les passions des vainqueurs, il fallait un temps considérable pour établir de l’ordre et de la stabilité. Mendoza était heureusement à la hauteur de sa tâche , et très-digne de succéder à don Ramire. Son administration dura dix-sept ans; elle fut aussi humaine que ferme et sage; et après avoir été le bienfaiteur du Mexique, il devint encore celui du Pérou, également en qualité de vice-roi.
En arrivant au lieu de sa destination, il commença par procéder à la vérilication exacte des comptes, afin de mettre de l’ordre dans l’administration financière.
Il vit de suite qu’en beaucoup de localités les ordonnances royales rendues en faveur des indigènes étaient éludées, et il se déclara aussitôt le défenseur de leurs droits et de leurs intérêts. Pour être sûr de l’accomplissement de ses volontés , il proposa à Charles-Quint d’instituer des alcades-majors dans les provinces éloignées du siège de l’audience royale, et de les charger spécialement de veiller sur les Indiens et de s’occuper de leur conservation et de leur bon traitement.
Le roi ayant hésité à adopter cette mesure, Mendoza lui écrivit une seconde fois, et lui tint le noble langage d’un homme qui a le sentiment de son devoir et le ferme dessein de l’accomplir. « Si l’on instituait les alcades que je propose, dit-il dans sa lettre, on empêcherait le mauvais traitement des Indiens, et on pourvoirait à leur conservation et à leur conversion , chose qui ne se fait pas aujourd’hui et à laquelle on ne pense pas en bien des endroits. Si A'otre Majesté pensait que l’institution des corrégidors dans les villages fût suffisante, je lui ferais savoir qu’il n’y a rien de plus convenable pour décharger sa conscience royale que d’abolir ces fonctions; car elles sont remplies par des personnes inhabiles qui négligent les intérêts des Indiens, ne s’occupent que de la perception des tributs et dépouillent les naturels
le plus qu’elles peuvent , toutes choses qui retombent sur la conscience de Votre Majesté. Ces abus ne peuvent s’éviter; il m’est impossible de faire ce que je dois pour le service de Voire Majesté, et de remplir les autres obligations de ma charge, si l’on n’institue pas des alcadesmajors. »
On lit droit enfin à la requête de Mendoza. Il nomma alors dans les provinces des magistrats chrétiens indigènes, afin d’être sûr que ses bienveillantes intentions seraient partout respectées. Ces magistrats étaient spécialement chargés de veiller au bien-être et à l’instruction des Indiens, de paraître devant les tribunaux pour les défendre et de les protéger contre les violences des Européens. Les princes et les seigneurs d’origine américaine refusèrent en général de remplir ces fonctions, ne voulant pas se trouver en qualité d’employés dans les lieux où ils avaient dominé jadis. De ces refus résulta la prompte décadence de la vieille aristocratie du pays; les hommes du peuple, mus par des motifs différents, et qui d’ailleurs avaient |irofité les premiers de l’éducation européenne, acceptèrent les places dont leurs anciens seigneurs ne voulaient pas, et s’élevèrent à mesure que ceux-ci s’effacaient.
Les indigènes, se voyant protégés par leurs magistrals, par le vice-roi, les évêques et le clergé, perdirent insensiblement leur timidité, et prirent l’habitude de porter hardiment leurs réclamations aux cours de justice, lorsque les conquérants, jadis assurés de l’impunité, essayaient encore de s’emparer de leurs biens, de violer leurs droits et de s’opposer à l’exécution des ordonnances rovales. Les audacieuses prétentions des colons tombaient devant la ferme volonté de Mendoza et des membres de l’audience.
Ré[)uiés hommes libres comme les autres sujets de la couronne, les Américains espagnols ne furent plus soumis qu’à une taxe modique, qui variait dans les dilïérentes provinces.
SECONDE PARTIE
Tout Indien était ou vassal immédiat du roi ou dépendant de quelque autre vassal, à qui le district dans lequel il habitait avait été accordé pour un temps limité at)rès la conquête % sous le titre de commandene. Les souverains de l’Espagne réunirent la plupart des commanderies au domaine royal, à l’expiration du temps pour lequel elles avaient été concédées.
Les indigènes des commanderies payèrent au fisc les trois quarts de leur taxe, le quatrième quart revenait à rusiilVui- (ier du domaine; le bénéfice de leurs services se partageait dans la même proportion. Les services étaient de deux sortes; les premiers comprenaient les travaux d’utilité publique, tels que la culture des grains, la garde des troupeaux, la construction des ponts, des routes, etc.; les seconds avaient rapport à fexploitation des mines et à la purification des métaux, travaux pénibles et malsains. Des lois réglèrent la manière dont ces services devaient s’accomplir, et, en dépit des réclamations souvent renouvelées par les avides possesseurs des mines, les vice-rois mirent énergiquement la main à leur. stricte exécution L
Mendoza ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer au bien-être du pays; il le lit explorer par des hommes intelligents sur la fidélité desquels il pouvait compter, afin de déraciner partout les abus, qui trouvèrent en lui un infatigable adversaire. Il introduisit dans la Nouvelle- Espagne la culture des céréales et d’un grand nombre d’arbres utiles, féducation du bétail et des vers à soie; il
' C’était en général pour deux générations. Fuenleal n’avait point partagé l’opinion de Zumarraga, et, au lieu de demander que les commanderies fussent établies à perpétuité , il lui avait semblé que le moyen le plus sûr de mettre les Indiens à l’abri des vexations , était de les rendre peu à peu tous vassaux directs de la couronne; son avis prévalut.
^ Ainsi Velasco, le digne successeur de Mendoza à la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne, fit affranchir cent cinquante mille esclaves qui, en dépit des ordres de la cour, gémissaient encore sous des maîtres cruels, avec leurs femmes et leurs enfants.
élablit à Mexico une imprimerie, un hôtel des monnaies, une fonderie et un arsenal.
Le noble vice-roi donna des soins particuliers à l’éducation des indigènes, car il reconnaissait que c’était pour eux le premier des besoins, et pour lui-méme le plus important des devoirs. Il fonda divers collèges, à la tête desquels il plaça des religieux aussi distingués par la science que recommandables par la vertu. Parmi ces écoles, on doit citer en particulier celle de Tlatilolco, où le célèbre Arnaud de Bassac ouvrit une classe latine pour cent jeunes gens du pays. L’aptitude extraordinaire qu’ils montrèrent pour les sciences les plus abstraites causa un étonnement général. Au bout de quelques années, on compta dans leurs rangs des savants très-distingués, qui faisaient autant d’honneur à leurs maîtres qu’à la race à laquelle ils appartenaient.
L’éducation des femmes ne fut pas négligée non plus. Des religieuses du tiers ordre de Saint-François, arrivées d’Europe, réunirent les jeunes indigènes, et leur enseignèrent la religion et les travaux propres à leur sexe. La veuve du roi Guatimozin fonda pour ces religieuses, à Mexico, sur les ruines du palais d’Axayacatl, le monastère de la Conception, dans lequel on élevait les jeunes tilles nobles du pays. Elle y entra elle-même.
Les successeurs immédiats de Mendoza marchèrent sur ses traces. Quant aux évêques, soutenus par les vice-rois et secondés i)ar les ordres religieux, ils continuaient à se constituer en tous lieux les protecteurs des opprimés, et à travailler à l’extension du catholicisme dans le nouveau monde.
Aux franciscains, aux dominicains, aux frères de la Merci, qui avaient évangélisé les premiers les Indiens, vinrent se joindre les membres (k diflérents ordres religieux, en particulier les lils spirituels de Saint-Ignace de Loyola. Nous ne nous étendrons pas ici sur les admirables œuvres des jésuites en Amérique ; elles sont connues.
SECONDl^ PARTIE.
On sait que sans autres armes que la prière et la persuasion, ils surent convertir des peuplades anthropo[)liages en chrétientés dignes de la primitive Église.
Le zèle et la charité des évêques, des religieux et des vice-rois éclatèrent surtout pendant les ditïérentes épidémies, notamment de petite vérole, qui désolèrent le nouveau monde, entre les années 1538 et 1576, et qui tirent immensément décroître la population américaine. Ils fondèrent un grand nombre d’iiôpitaux, les dotèrent avec une munitîcence royale, et veillèrent personnellement à ce que les secours temporels et spirituels ne vinssent jamais à manquer à ceux qu’on y recevait.
Cependant la conquête n’était pas achevée. De nombreuses tribus de Ghichimèques insoumis s’avancaient jusqu’à trente lieues de Mexico; c’étaient des voisins trop dangereux et trop braves pour qu’on les laissât tranquilles. Soutenus par une armée de cinquante mille hommes, composée en majeure partie de ces mômes Tlaxcallans et Cholullans qui avaient déjà si puissamment contribué à mettre l’empire de l’Aiiabuac au pouvoir des Espagnols, les vice-rois parvinrent, sinon à soumettre, du moins à vaincre les Cbicbimèques. Pour se garantir des invasions de cette race fière et belliqueuse , on garnit les frontières de places fortes.
Diverses peuplades de l’Amérique centrale essayèrent, en différents temps, de secouer le joug. Ces tentatives de rébellion furent promptement comprimées, et n’eurent d’autre résultat que d’affermir la domination étrangère.
Enfin, on entreprit plusieurs expéditions, qui ajoutèrent aux conquêtes primitives des conquêtes nouvelles ; le vaste l’oyaume de la Nouvelle-Espagne prit ainsi peu à peu son extension définitive. Ces expéditions furent presque toutes ])rovoquées par les récits, généralement empreints d’exagération, de certains aventuriers qui s’étaient avancés dans des contrées jusqu’alors inexplorées, poussés par l’espoir d’y découvrir des mines d’or et d’argent ; en quelques
occasions cependant, les religieux missionnaires avaient pénétré les premiers dans des régions encoi*e inconnues aux Européens, alin de les arracher aux ténèbres de l’idolàtrii* et de leur porter la bonne nouvelle de l’Évangile. Ils avaient servi ainsi en quelque sorte d’avant -garde à la découverte et à la colonisation
Nous nous bornons à donner ici ces indications très-sommaires, car, nous le rappelons une fois encore, c’est à l’empire de l’Anahuac (|ue se rapporte notre récit; d’ailleurs, les scènes de détail auxquelles nous aurions à nous attacher maintenant, seraient loin de présenter le même intérêt que l’histoire de la première conquête.
Peu à peu, plusieurs des cités anciennes sortirent de leurs ruines, des villes nouvelles s’élevèrent sur divers points, des colons arrivèrent d’Espagne, de Cuba et de Saint-Domingue, attirés par la fertilité et la richesse du sol; et, grâce surtout aux admirables travaux des jésuites, le christianisme s’étendit sur les pays nouvellement découverts, et l’idolâtrie disparut graduellement ^