‹ L'Empire MexicainChapitre 19 sur 127 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

qu’il avait bâtie sur les ruines de l’ancienne cité tollèque de Gatleniclico.

Quinantzin se montra dès le commencement de son règne le protecteur ardent et éclairé de l’agriculture, du commerce, de la science, de l’industrie et des arts, en un mot de tout ce qui constitue la vie policée. Il fit construire par les Ghichimèques un grand nombre de villes et de villages pour achever de les soustraire à la vie sauvage. Gette conduite irrita plusieurs des chefs de la nation, parmi lesquels se trouvaient les quatre fils aînés du roi. De formidables révoltes éclatèrent. Quinantzin prit les armes et soumit successivement tous les rebelles. Il refoula derrière les âpres rochers de la cordillère les bordes encore barbares qui refusaient de se soumettre à la discipline nouvelle, et bientôt toute la vallée fut à ses pieds. Il s’allia alors avec les souverains de Gulliuacan etd’Azcapotzalco, capitale desTecpanèques; ainsi se forma une nouvelle confédération de trois États; Tenayocan et Xaltocan rentrent dans l’ombre, Tezcuco resta la métropole de l’empire.

Quinantzin réussit au delà de ses espérances à pousser ses peuples dans les voies de la civilisation ; il attira autour de sa personne les savants et les artistes du pays, accueillit favorablement et établit, à Tezcuco et dans différentes villes de f empire, les Tlaitolaques et les Gbimalpanèqiies, peuplades de race toltèque, très-babiles dans l’art de peindre et de rédiger les histoires, et qui étaient arrivées dans l’Analiuac au commencement de son règne. Quinantzin mourut âgé de cent deux ans, dans la seconde moitié du treizième siècle.

Son fils Techotlala fut désigné pour lui succéder, bien qu’il fût le plus jeune de ses enfants. On le choisit à cause de ses vertus, de ses grandes qualités, et parce que, seul entre ses frères, il avait toujours été soumis à son père. Sous le règne glorieux de ce prince, les merveilles dont Tollan avait été le théâtre aux temps de Quetzalcohuatl se.

reproduisirent à Tezcuco. La capitale de l’empire se vit enrichie de tous les avantages que la sagesse de l’administration, la douceur du culte, la parfaite exécution des lois, la magnificence, le commerce, le développement de l’industrie, des arts et des sciences avaient procurés autrefois aux plus illustres cités toltèques.

Techotlala avait eu pour nourrice Papaloxochitl, dame cullma; il en apprit la langue nahuatl, qui avait été celle des Toltèques, et qui fut plus tard la langue mexicaine. Il fut le premier prince de sa race qui parla cet idiome, et il ordonna à la nation cliicliimèque , particulièrement aux personnes qui remplissaient des emplois publics, de l’adopter, parce que tous les noms des lieux étaient en cette langue, et que seule elle pouvait servir à expliquer les lois et les peintures hiéroglyphiques. Cet ordre, dit à ce propos l’historien Ixtlilxochitl, fut très-facile à exécuter, car à celte époque déjà les Chichimèques étaient presque entièrement mêlés avec les Toltèques.

Tandis que le royaume de Tezcuco parvenait à un haut degré de gloire sous le gouvernement de Techotlala, les deux autres États se trouvaient dans une situation fort embarrassée. Le royaume tecpanèque d’Azcapotzalco restait dans une position inférieure, et Culhuacan, dernier débris de la monarchie toltèque, s’affaiblissait après avoir civilisé les nouveaux maîtres de l’Aiiahuac. On y marchait à grands pas vers une ruine complète. Les sectes religieuses divisaient le pays, etCoxcox, roi des Culhuas, en persécutant les unes, en prenant parti pour les autres, rendait les haines plus violentes et les résistances plus obstinées. Il expulsa de ses États ceux de ses sujets qui refusaient d’adopter son symbole. Quatre des tribus exilées se réfugièrent à Tezcuco et demandèrent à Techotlala de leur assigner des terres sur' lesquelles elles pussent se fixer. Le roi , reconnaissant au milieu d’elles des gens très-entendus qui pourraient servir ses projets, les autorisa à s’établir dans sa caiiitale et à y

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fonder quatre quartiers qui furent bâtis eu l’année 1301. Ces nouveaux habitants de Tezcuco y apportèrent un grand nombre d’idoles, parmi lesquelles on distinguait celles d’Huitzilopochtli, dieu de la guerre, et de Tlaloc, dieu des eaux. « Techoliala, ajoute la tradition indigène, aimait tant les Culhuas que non-seulement il leur permit de demeurer au milieu des Chichimèques, mais encore d’élever des temples et d’y faire des sacrifices publics, ce que son père Quinantzin n’avait jamais voulu souffrir. Ce fut de son temps que commencèrent à prévaloir les rites et les cérémonies toltèques. »

Cependant le désordre avait été sans cesse croissant dans le royaume de Culhuacan. Rientot les différents partis prirent les armes, et le pays devint le théâtre de toutes les horreurs qui accompagnent d’hahitude la guerre civile. Les partisans des dieux Ouetzalcohuatl et Xochiquetzal, Tlaloc et Tetzcatlipoca, se battaient avec acbarnement dans les rues de la capitale et jusque sous les parvis des sanctuaires les plus révérés. Coxcox fut détrôné par ses fils Acamapichtli et Achitometl, qui se disputèrent la couronne. Le premier régna quelque temps, mais le second finit par remporter, il massacra toute la famille de son frère, sauf un jeune enfant nommé Acamapichtli comme son père, et qu’une princesse appelée Ilancueitl parvint à soustraire à ses fureurs. Nous retrouverons plus tard Acamapichtli et sa libératrice. La guerre prit alors des proportions de plus en plus désastreuses à Culhuacan. Une partie de la population alla chei’cher un asile à Tezcuco, sous le sceptre paternel de Techotlala ou en d’autres lieux de fAnahuac. Achitometl lui-mème eut une fin digne de ses crimes.

La somptueuse capitale des Culhuas resta ainsi sans autres habilanls que ceux qui la désolaient par leurs démêlés. Ils ne tardèrent pas à f abandonner à leur tour; les eaux du lac voisin envahirent les ruines de la ville, et la végétation vigoureuse des tropiques couvrit les débris des

temples et des [)alais que leur situation élevée empêchait d’étre engloutis par les marécages L

Le royaume de Gulhuacan ne se reconstitua plus après la chute de sa résidence royale. Quelques-uns de ses feudataires proclamèrent leur indépendance, et s’emparèrent des provinces situées auprès de leurs domaines. Les principautés voisines se partagèrent le reste de ses États.

Tandis que le dernier débris de l’empire toltèque s’affaissait pour jamais, Aculhua, roi d’Azcapotzalco, mourait après un règne plus que séculaire, et léguait la couronne à son fils le perfide Tezozomoc, destiné, nous le verrons, à devenir le tyran de FAnahuac. En même temps aussi une nation nouvelle, les Aztèques ou Mexicains, arrivés les derniers dans le pays, commençait à prendre part aux affaires publiques. Le grand rôle que ce peuple jouera dans la suite de notre récit nous oblige à reprendre son bistoii’e de plus haut.

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