PREMIÈRE PARTIE
Xolotl fit entourer d’ime enceinte une vaste forêt dans les montagnes de TezcucoÈ et l’on y réunit une quanlité trèsconsidérable de cerfs, de lapins et de lièvres. Le roi érigea ensuite un téocalli ou temple, dans lequel il offrait au soleil les prémices du gibier que lui et ses fils prenaient cliaquc matin. Les Ghichimèques appelaient le soleil leur père, la terre leur mère, et leur rendaient un culte très-solennel.
L’illustre fondateur de la monarcliie, Xolotl, mourut à Tenayocan la cent douzième année de son règne ^ et cent dix-sept ans après la destruction de la monarchie toltèque. On lui fit de magnifiques funérailles, et son corps fut déposé dans une des cavernes de sa résidence, en présence de presque tous les princes et seigneurs de l’empire.
Nopaltzin, fils et héritier légitime de Xolotl, lui succéda en qualité de seigneur suprême ou d’empereur; et pendant un règne glorieux de trente-deux ans, il continua l’œuvre civilisatrice de son père. Après lui vint son fils Huetzin; — suivant la coutume chichimèque, il fut couronné avec une herbe des montagnes appelée pachxochitl'^ , on lui mit sur la tête des panaches de plumes d’aigle royal , montés dans des tuyaux d’or ornés de pierreries, et d’autres panaches de plumes vertes attachés avec des courroies de cuir de cerf teintes en rouge. Les anciens de la nation accomplirent cette cérémonie, puis Huetzin reçut le serment de tous ses vassaux; — rassemblée se rendit ensuite dans une espèce de parc, où l’on avait réuni une grande quantité de bêtes féroces. On les combattit. Après les avoir tuées et dépecées, après avoir couru, sauté, tiré des flèches et fait mille prouesses, on se réunit dans les grottes royales, où
' Tezcuco signifie endroit où Von s'arrête.
^ Il paraît, dit Ixtlilxochitl , d’après toutes les histoires , que les anciens seigneurs aculhuas et chichiinèques vivaient deux ou trois cents ans; leurs descendants ne conservèrent pas cet avantage quand ils se furent livrés aux festins, à la volupté et à la polygamie.
3 De pachœ, endroit resserré , et ocochitl, Heur.
un immense festin, composé de gibier grillé, fut servi à tous les assistants.
Huetzin, élevé par un précepteur de race toltèque, en avait appris, dès sa première jeunesse, la manière de cultiver la terre, et était devenu fort habile dans cet art. Comprenant que le maïs, le grain et les légumes étaient nécessaires au soutien de la vie humaine, il ordonna d’en planter dans les différentes provinces, et prescrivit dans les terres chaudes la culture du coton pour servir à rhabillement.
Huetzin mourut en 1141, après un règne de trente-six ans. — Aussitôt après son décès, son cadavre, revêtu de tous les insignes royaux, fut placé sur le trône, puis ses enfants, ses parents, les princes et les seigneurs de l’empire vinrent se ranger autour de lui et lui adresser la parole avec des larmes et des gémissements. Ils restèrent ainsi jusqu’au moment où l’on enleva le corps pour le porter à la caverne où il devait être enlerré à côté de son père et de son aïeul. On y avait creusé un trou circulaire ayant sept pieds de profondeur, dans lequel il fut enseveli.
Pendant les trois règnes dont nous venons de rendre un compte sommaire, Cullmacan, sagement gouvernée et héritière directe de la civilisation toltèque, continua à exercer une grande inlluence sur le pays entier. L’infériorité politique des princes chichimèques, seigneurs suprêmes de l’empire, était entretenue par les instincts encore barbares de leur noblesse et d’un grand nombre de leurs sujets, lesquels étaient peu disposés à renoncer à leur nomade et farouche indépendance, pour jouir des douceurs de la vie civilisée.
Les choses changèrent de face lorsque Quinantzin succéda à son père Huetzin. Quinantzin, grand justicier et l’un des princes les plus illustres dont les annales américaines nous aient conservé le souvenir, ne s’établit point à Tenayocan , première capitale de l’empire chicliiinèquc : il la donna eu apanage à son tils Tenancacatl, et fixa sa résidence à Tezcuco, ville ornée d’un grand nombre de beaux édifices, et